30/06/25

Les fortes chaleurs, un danger pour la femme enceinte et son bébé

Maternité
La chaleur extrême peut rendre l'accouchemement compliqué chez la femme enceinte. Crédit image: Medici con l'Africa Cuamm (CC BY-SA 2.0 )

Lecture rapide

  • Le nombre annuel de jours d’extrême chaleur à risque pour la femme enceinte a doublé entre 2020 et 2024
  • Cette situation due au changement climatique peut causer des accouchements prématurés ou compliqués
  • Les experts recommandent l’adoption de politique accordant un traitement privilégié à la femme enceinte

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[LOME, SciDev.Net] La chaleur extrême, alimentée par le changement climatique, représente une menace croissante pour la santé maternelle et les problèmes de grossesse dans le monde entier, selon une nouvelle étude.

Publiée en mai dernier par des chercheurs de Climate Central, l’étude révèle qu’au cours des cinq dernières années, le changement climatique a au moins doublé le nombre moyen annuel de jours d’extrême chaleur à risque pour les personnes enceintes dans près de 90 % des pays et territoires, ainsi que dans 63 % des villes, par rapport à un monde sans changement climatique.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les températures quotidiennes de 2020 à 2024 dans 247 pays et territoires ainsi que 940 villes, afin de mesurer l’augmentation des « jours d’extrême chaleur à risque pour la grossesse ».

“La chaleur entraîne un inconfort chez la femme enceinte. Elle ne se sent pas bien et n’arrive pas à bien dormir. Or, le manque de repos agit directement sur le développement du fœtus et entraîne parfois des accouchements prématurés ou compliqués”

Issaou Latifou, ANAMET, Togo

« Cette étude s’appuie sur une combinaison de données d’observation et de modèles climatiques pour calculer le nombre de jours de grossesse à risque de chaleur par an dans le monde actuel et dans un monde hypothétique sans changement climatique. Les jours de grossesse à risque sont définis comme des jours où les températures sont supérieures à 95 % des températures typiques d’un lieu donné », explique à SciDev.Net, Kristina Dahl, co-auteure de l’étude.

Sur la même période, relève l’étude, environ un quart des pays analysés en Afrique (16 sur 62) ont connu en moyenne chaque année au moins un mois supplémentaire de jours à risque de chaleur pendant la grossesse en raison du changement climatique.

« Dans presque tous les pays africains (60 sur 62), le changement climatique a au moins doublé le nombre annuel moyen de jours de grossesse à risque. Dans environ 16 pays africains, dont la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et le Liberia, l’année moyenne compte 30 jours ou plus de jours de grossesse à risque par rapport à ce qu’elle serait en l’absence de changement climatique », précise Kristina Dahl, par ailleurs vice-présidente pour la science à Climate Central.

Selon les chercheurs, le changement climatique ne se limite pas à la chaleur extrême. Il accentue une série de risques pour les femmes enceintes, allant de la pollution de l’air aux inondations, en passant par les déplacements forcés après des catastrophes climatiques.

L’objectif de cette étude selon Kristina Dahl est de susciter une prise de conscience de l’évidence des changements climatiques et de son impact.

« Nous espérons que le fait de mettre en lumière les liens entre le changement climatique et les risques liés à la grossesse incitera les gens à considérer le changement climatique sous un angle différent », indique-t-elle.

Prématurité

Contactée par  SciDev.Net, Johanna Lepeule, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) de la France affirme que « nos travaux sur les impacts de la chaleur sur la santé des femmes enceintes au sein de cohortes mère-enfant françaises ont également montré des risques accrus concernant la prématurité et le développement pulmonaire et neurologique, avec parfois des effets plus marqués selon le sexe de l’enfant ».

La chercheure française qui n’a pas pris part à ces travaux, ajoute que « l’étude de Climate Central est très utile : elle caractérise à l’échelle mondiale, l’ampleur de ces risques, et elle complète bien nos résultats nationaux. Cela fournit davantage d’éléments pour orienter les politiques de santé et d’adaptation ».

Analysant les résultats de cette étude, Issaou Latifou, directeur général de l’Agence nationale de la météorologie du Togo (ANAMET), confirme que les femmes enceintes sont vulnérables au changement climatique notamment la hausse de chaleur.

« Habituellement, la chaleur entraîne un inconfort chez la femme enceinte. Elle ne se sent pas bien et n’arrive pas à bien dormir. Or, le manque de repos agit directement sur le développement du fœtus et entraîne parfois des accouchements prématurés ou compliqués. Dans certains cas, il faut même recourir à des interventions chirurgicales pour sauver l’enfant », explique-t-il.

De fait, selon l’étude, les femmes les plus touchées vivent dans les petits États insulaires et les pays en développement qui ont un difficile accès aux soins de santé adéquats et de faibles capacités d’adaptation.

« Les pays les plus impactés comptent une grande part de population sans accès à des systèmes de refroidissement efficaces, qui, s’ils étaient disponibles, pourraient atténuer les effets sanitaires des fortes chaleurs », soulignent les auteurs de l’étude dans la synthèse de leur étude.

Ces derniers ajoutent que « les populations vivant dans ces régions font plus souvent face à des obstacles d’accès aux soins de santé et à des taux plus élevés de mortalité maternelle que les pays développés »,

Pauvreté

Kristina Dahl confie que « les données fournies par les chercheurs en santé montrent clairement que les femmes qui n’ont pas accès aux soins de santé ou qui vivent dans la pauvreté courent un risque plus élevé de souffrir de complications pendant leur grossesse en raison de la chaleur extrême que les femmes qui disposent de plus de ressources ».

Selon Kossi-Kuma Charles Fomedi, responsable climat à l’ONG Jeunes volontaires pour l’environnement, les résultats de cette étude soulignent l’urgence d’agir à travers des actions concrètes.

Il faut en premier, dit-il, sensibiliser les populations, notamment les femmes enceintes sur les potentielles conséquences des changements climatiques sur la grossesse et les nouveau-nés.

« Au-delà, il faut mettre en place des programmes de soutien aux femmes enceintes vulnérables », ajoute-t-il.

Cet acteur de la société civile, estime qu’il est impératif de renforcer les systèmes sanitaires dans les pays vulnérables, en améliorant l’accès aux soins prénatals et néonatals.

« Nous devons développer des logements résistants aux vagues de chaleur avec des matériaux durables, adaptés et économiques en énergie, et d’accélérer la transition énergétique juste en abandonnant les énergies fossiles au profit des énergies renouvelables », indique Kossi-Kuma Charles Fomedi.

Former le personnel médical

Au-delà, Issaou Latifou, recommande que la femme puisse bénéficier d’un suivi et entretien assez particulier.

« Il faut mettre en place toutes les conditions nécessaires pour lui permettre de bien dormir, de suivre correctement son traitement, et de bénéficier d’un suivi médical régulier afin de contrôler l’évolution de sa grossesse. Il est essentiel que la femme enceinte reste bien hydratée. Elle doit régulièrement se rincer le corps et évoluer dans un environnement frais », précise-t-il.

Face à l’impact du changement climatique sur les femmes enceintes et la santé en général, Gueladio Cissé, , chercheur associé spécialisé en génie sanitaire et épidémiologie environnementale au Centre Suisse de recherche scientifique en Côte d’Ivoire (CSRS) conseille de former le personnel médical sur les thématiques liées aux changements climatiques et à la santé de la reproduction.

« Les professionnels de santé doivent être formés. Par exemple le gynécologue ou la sage-femme doit prendre en compte le temps qu’il fait avant de fixer un rendez-vous à une femme enceinte, et lui prodiguer des conseils sur la conduite à tenir en cas de forte de chaleur. On peut déjà introduire ces modules dans les écoles de formation sanitaire », explique-t-il.

Les auteurs de l’étude appellent à l’adoption des politiques qui reconnaissent et réduisent les risques que les chaleurs extrêmes font peser sur les femmes enceintes. Surtout que, disent-ils, ces risques devraient s’accroître à mesure que notre climat va se réchauffer.