05/02/26

Le seuil de 1,5°C de réchauffement climatique en voie d’être dépassé

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Incendies de forêt au Japon. Selon le service du changement climatique de Copernicus sur le de l'UE, la hausse des températures moyennes mondiales pourrait dépasser le seuil de 1,5 degré Celsius fixé par l'Accord de Paris au-dessus des niveaux préindustriels d'ici 2030. Crédit image: RO Kazui/Unsplash

Lecture rapide

  • 2025 a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, derrière 2023 et 2024 qui bat le record
  • Le seuil de 1,5°C d’augmentation à long terme fixé par l’Accord de Paris pourrait être dépassé dès 2030
  • Il est à craindre la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, d’où la nécessité d’agir sans plus tarder

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[LONDRES, SciDev.Net] Selon Copernicus, le programme d’observation de la terre et du climat de l’Union européenne, la hausse des températures moyennes mondiales pourrait dépasser, d’ici la fin de la décennie, le seuil de 1,5 degré Celsius (°C) fixé par l’Accord de Paris. Ce qui exposerait ainsi le monde à un risque accru d’événements météorologiques extrêmes jamais vus auparavant.

Les données publiées le 14 janvier par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, qui gère Copernicus pour le compte de l’UE, montrent que la température moyenne mondiale de l’air en surface en 2025 était de 1,47°C supérieure aux niveaux préindustriels.

L’année 2024 ayant été l’année la plus chaude jamais enregistrée, l’augmentation moyenne des températures au cours des trois dernières années a dépassé 1,5 degré Celsius, selon l’analyse de Copernicus. En 2024 , les températures ont atteint 1,6°C au-dessus de celle des niveaux préindustriels, contre 1,48°C en 2023 , d’après ces mêmes données.

“Pour les pays du Sud, le franchissement du seuil de 1,5 degré Celsius signifie que les vagues de chaleur et les inondations ne seront plus des “événements extrêmes”, mais des réalités structurelles qui anéantissent du jour au lendemain des décennies de progrès en matière de développement”

Harjeet Singh, Fondation climatique Satat Sampada

« Ces trois années se distinguent nettement de celles qui les ont précédées », a déclaré, lors d’une conférence de presse, Samantha Burgess, responsable du climat au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme et directrice adjointe de Copernicus.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a également confirmé ce même 14 janvier dans un communiqué de presse que 2025 était l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées, en publiant son analyse consolidée de huit ensembles de données, dont celui de Copernicus.

L’analyse de l’OMM indique toutefois que la température moyenne mondiale à la surface de la Terre en 2025 est de 1,44°C supérieure à la moyenne de la période 1850-1900, avec une marge d’incertitude de 0,13°C. La moyenne consolidée sur trois ans (2023-2025) se situant à 1,48° C au-dessus de l’ère préindustrielle, avec la même marge d’incertitude.

The floodwaters reached nearly 720,000 buildings, about one in every twelve buildings in the country, according to the UNDP. Copyright Aerial Vids SL Drona

En 2025, les inondations ont touché près de 720 000 bâtiments, soit environ un bâtiment sur douze au Sri Lanka, selon le PNUD. Les événements climatiques extrêmes de 2025, tels que les inondations, les sécheresses, les vagues de chaleur et les feux de forêt, ont nui à la santé humaine, aux écosystèmes et aux infrastructures. Crédit photo : Aerial Vids SL Drona

Les données Copernicus combinent des observations passées, notamment des données satellitaires, avec des modèles informatiques, tandis que certains autres ensembles de données sont basés sur des mesures effectuées par des stations météorologiques, des navires et des bouées.

« Alors qu’elle a été marquée du début à la fin par un épisode La Niña, qui induit un refroidissement, l’année 2025 a été l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle mondiale en raison de l’accumulation dans notre atmosphère de gaz à effet de serre, dont la spécificité est de piéger la chaleur », explique dans ce communiqué de presse Celeste Saulo, la secrétaire générale de l’OMM.

Elle affirme que les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les vagues de chaleur, les fortes pluies et les cyclones tropicaux intenses soulignaient « la nécessité vitale de mettre en place des systèmes d’alerte précoce ».

Prévisions pour 2030

Aux termes de l’Accord de Paris, les pays se sont engagés à poursuivre leurs efforts pour limiter le réchauffement climatique moyen à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels.

Au moment de l’accord, le programme Copernicus prévoyait que le réchauffement climatique dépasserait 1,5°C d’ici mars 2045. Cependant, il prévoit désormais que les températures pourraient franchir ce seuil dès 2030, compte tenu du rythme actuel du réchauffement.

« Globalement, la planète s’est réchauffée d’environ 1,4°C par rapport au niveau préindustriel, et si le réchauffement se poursuit au même rythme moyen qu’au cours des 15 dernières années, nous atteindrons le niveau de 1,5°C d’ici la fin de cette décennie », déclare Samantha Burgess.

« Chaque fraction de degré compte, surtout en ce qui concerne l’aggravation des phénomènes météorologiques extrêmes », ajoute-elle.

Carlo Buontempo, directeur du service du changement climatique chez Copernicus soutient pour sa part qu’il est désormais « inévitable » de dépasse le seuil de 1,5°C.

« Nous entrons maintenant dans une phase où… [il] est pratiquement inévitable de franchir ce seuil et il nous appartient de décider comment nous voulons gérer le risque accru et renforcé auquel nous sommes confrontés en conséquence », a-t-il déclaré lors du point de presse.

Phénomènes météorologiques sans précédent

Le franchissement du seuil de 1,5 degré Celsius augmentera la probabilité de phénomènes météorologiques « sans précédent dans les archives observées », selon une évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies.

« Il y a des gens dans le Pacifique qui ne verront peut-être pas ce rapport, mais ils en vivront certainement la réalité catastrophique », note Fenton Lutunatabua, responsable de programme pour la région Pacifique et Caraïbes au sein du groupe de lutte contre le changement climatique, 350.org.

Landslides triggered by Cyclone Ditwah brought down soil and boulders, burying several villages in Sri Lanka. Copyright: Aerial Vids SL Drona

Des glissements de terrain provoqués par le cyclone Ditwah ont emporté de la terre et des rochers, ensevelissant plusieurs villages au Sri Lanka. Crédit photo : Aerial Vids SL Drona

« Ces données prouvent que maintenant, plus que jamais, nous devons abandonner les énergies fossiles, » a-t-il ajouté dans un entretien avec SciDev.Net.

Patrick Verkooijen, directeur général du Centre mondial pour l’adaptation basé aux Pays-Bas affirme que « Le franchissement du seuil de 1,5°C n’est pas un échec symbolique ; pour les populations des pays à revenu faible et intermédiaire, il représenterait un changement concret dans leur vie quotidienne. »

« Cela signifie plus de jours de chaleur extrême qui mettent en danger les travailleurs en extérieur, des précipitations plus irrégulières qui fragilisent les petits exploitants agricoles, et des inondations et sécheresses plus fréquentes pouvant plonger les communautés vulnérables dans la pauvreté ».

A en croire un rapport de l’organisation caritative britannique Christian Aid, l’année dernière a été marquée par des événements météorologiques extrêmes tels que l’ouragan Melissa dans les Caraïbes, la sécheresse au Brésil et les inondations en Colombie et en République démocratique du Congo.

Au cours de l’année, SciDev.Net a rendu compte des destructions causées par le cyclone Ditwah au Sri Lanka , des glissements de terrain meurtriers au Soudan et des inondations dues aux marées en Inde , ainsi que des impacts persistants du changement climatique sur l’agriculture et la santé.

Pour Harjeet Singh de la Fondation climatique Satat Sampada, ces dernières données constituent « un avertissement existentiel » pour les pays à revenu faible et intermédiaire.

« Nous passons de l’ère de l’atténuation et de l’adaptation à l’ère des pertes et des dommages inévitables », ajoute-t-il.

« Pour les pays du Sud, le franchissement du seuil de 1,5 degré Celsius signifie que les vagues de chaleur en Asie du Sud et les inondations en Asie du Sud-Est ne seront plus des “événements extrêmes”, mais des réalités structurelles qui anéantissent du jour au lendemain des décennies de progrès en matière de développement », conclut Harjeet Singh.

La version originale de cet article a été produite par l’édition mondiale de SciDev.Net.