16/04/26

Dans l’attente de l’homologation du test qui détecte le paludisme asymptomatique

Malaria testing
Une campagne de dépistage du paludisme en Somalie. plus que le TDR traditionnel, Dragonfly peut détecter les cas ne présentant aucun symptôme. Crédit image: HIRDA Somalia (CC BY 2.0 )

Lecture rapide

  • Cet outil de diagnostic peut détecter des cas de paludisme asymptomatiques en moins d’une heure
  • Le processus d’homologation de ce test est en cours auprès de l’Organisation mondiale de la santé
  • Des chercheurs pensent que sa mise sur le marché sera un important pas vers d’élimination du paludisme

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[OUAGADOUGOU, SciDev.Net] Une équipe de scientifiques de l’Unité de recherche clinique de Nanoro (URCN), au Burkina Faso, et de l’Imperial College de Londres au Royaume-Uni a développé un nouveau test de diagnostic rapide (TDR) capable de détecter des cas de paludisme asymptomatique.

Cet outil dénommé Dragonfly peut ainsi identifier les porteurs ne présentant aucun symptôme de la maladie avec une sensibilité supérieure à 95%. Halidou Tinto, l’investigateur principal du projet et chef de l’URCN, déclare que c’est un test qui va chercher le matériel génétique du parasite.

Le chercheur explique que le test fonctionne à partir d’une simple goutte de sang obtenue par piqûre au bout du doigt. Le sang est introduit dans la plateforme de diagnostic qui comprend un kit rapide d’extraction de l’acide désoxyribonucléique (ADN) du plasmodium et un kit d’amplification de l’ADN.

“Si on veut vraiment aller vers l’élimination du paludisme, il nous faut un test très sensible qui va nous dire réellement si le parasite est là ou pas. Même s’il est là en très petite quantité dans le sang, qu’il puisse être détecté”

Halidou Tinto, URCN, Burkina Faso

Après l’introduction du sang dans la plateforme, en cas de réaction positive, la couleur vire du violet au jaune et l’on peut conclure que le sujet est positif au paludisme. Les résultats sont disponibles en moins de 45 minutes, affirme-t-il.

« Si le parasite est présent, le test va détecter son matériel génétique, l’amplifier et le mettre à la lumière pour qu’on puisse le voir. Il s’agit d’un test qui a la capacité d’aller dans le sang, rechercher la présence du parasite à travers son matériel génétique qu’on appelle ADN, et qui sera exprimé sous forme de bandes visibles à l’œil nu », explique le chercheur à SciDev.Net.

Les limites des deux tests de diagnostic (la goutte épaisse et le test rapide) utilisés au Burkina ont motivé le développement de cette nouvelle technologie, souligne l’investigateur principal.

« On s’est dit que si on veut vraiment aller vers l’élimination du paludisme, il nous faut un test très sensible qui va nous dire réellement si le parasite est là ou pas. Même s’il est là en très petite quantité dans le sang, qu’il puisse être détecté », précise Halidou Tinto.

Il ajoute que « cela va nous aider à éliminer tous les réservoirs, de sorte que, lorsque le moustique va arriver dans l’environnement, qu’il ne trouve rien à prendre pour transmettre. C’est ce qui nous a motivés à mettre au point ce test qui va avoir un rôle très important dans la perspective de l’élimination de la maladie dans notre pays », dit-il.

Essais cliniques

Pour mettre au point ce test, environ 700 personnes (400 au Burkina et 300 en Gambie) ont participé aux essais cliniques pendant trois ans.

Noufou Gansonré, chargé de l’approvisionnement, de la gestion des stocks au Secrétariat permanent pour l’élimination du paludisme (SP/Paludisme) se félicite qu’après trois ans de recherche, l’équipe de scientifiques ait pu mettre au point un test qui va apporter un plus à la lutte contre le paludisme.

« Au Burkina, ce que nous utilisons, ce sont des TDR qui sont préqualifiés par l’OMS et homologués au niveau national », indique-t-il. Pour lui, si le Dragonfly est homologué, il pourra contribuer à réduire considérablement les cas de paludisme.

Sidzabda Kompaoré, secrétaire permanent pour l’élimination du paludisme, souligne le rôle important des TDR dans la détection des cas de paludisme. « C’est ce que nous utilisons pour tester ou diagnostiquer rapidement, et pouvoir prendre en charge le plus tôt possible les enfants et les autres personnes qui souffraient de maladies » précise-t-il.

Au regard de son importance, si le test Dragonfly est homologué, il pourrait aussi jouer un rôle important dans l’élimination du paludisme, assure-t-il.

Les chercheurs déclarent que le processus d’homologation du test par l’OMS est en cours. Halidou Tinto fait savoir que le processus de développement d’un médicament, d’un vaccin ou d’un test, suit le même parcours pour son homologation et sa mise à disposition pour les populations.

« Lorsque vous avez des résultats, il faut nécessairement soumettre un dossier à l’OMS, qui va vous permettre de présenter vos résultats et répondre à toutes les questions. L’OMS va ensuite s’autoriser à venir regarder dans quelles conditions ces études ont été menées pour s’assurer de la crédibilité des données », détaille-t-il.

Une fois ce travail fait, poursuit-il, « l’OMS a un comité qui va décider d’homologuer ces tests et de les pré-qualifier. Ensuite, on pourra vous donner l’autorisation de mise sur le marché du test », clarifie le chercheur.

François Kiemdé, maitre de recherche et chef de service de la station de recherche de l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS) de Siglé, dans la région de Nando, affirme qu’il faudrait homologuer le test pour les enquêtes de terrain. Selon lui, cela permettra une meilleure évaluation des stratégies mise en œuvre pour le contrôle du paludisme.

Pour son utilisation dans le système de routine, poursuit-t-il, « nous aurons encore besoin d’études supplémentaires pour mieux évaluer son impact sur la prise en charge du paludisme, mais aussi sur les autres causes de fièvre, surtout les cas de co-infections », dit-il.

Parce que, « les cas asymptomatiques correspondent souvent à une immunité partielle, et si le facteur déclencheur est une autre infection, on risque de passer à côté de ce facteur et cela peut être fatal », explique-t-il.

Outil encourageant

Le maitre de recherche pense aussi qu’un test trop sensible peut produire un effet contraire. « C’est pourquoi, il faut toujours des études pour mieux évaluer », estime-t-il. Il affirme qu’avoir un outil de diagnostic avec plus de 95% de sensibilité pour le diagnostic des cas asymptomatiques, c’est réellement encourageant.

« L’OMS recommande une sensibilité d’au moins 95% et une spécificité d’au moins 90%. Ici, la sensibilité et la spécificité étaient au-delà de 95%. C’est dire que nous disposons d’outils efficace pour traquer les réservoirs et traiter les cas asymptomatiques » se réjouit-il.

Le chercheur relève que lorsque les cas de paludisme vont commencer à se faire rare, les TDR conventionnels utilisés dans les centres de santé ne seront plus efficaces, « car ils ne peuvent détecter des parasitémies de moins de 100 parasites par microlitre », note-t-il.

C’est pourquoi, selon lui, il faut à la fois un test sensible capable de détecter même les faibles parasitémies, et un test spécifique, permettant de s’assurer que le résultat positif obtenu est vraiment un cas de paludisme.

« Ces deux caractéristiques sont réunies dans le Dragonfly, ce qui n’est pas le cas des outils conventionnels utilisés actuellement. Un outil performant égal une meilleure prise en charge », dit-il.

Il est convaincu que ce nouveau test garantira un diagnostic beaucoup plus précis et permettra d’amorcer la phase d’élimination du paludisme avec sérénité, le moment venu.