Par: John Musenze
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[KAMPALA, SciDev.Net] Des chercheurs qui s’efforcent de développer un vaccin pour lutter contre l’épidémie d’Ebola qui se propage en République démocratique du Congo (RDC) affirment que des doses pourraient être prêtes pour des essais sur l’homme dans « deux à trois mois », tandis que le candidat vaccin le plus prometteur pourrait prendre jusqu’à neuf mois.
Les agences d’aide internationale ont averti que les efforts déployés pour lutter contre la propagation de l’épidémie ne parviennent pas à suivre le rythme de cette dernière qui a été déclarée urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
La Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), un organisme mondial dédié au développement de vaccins, a promis le lundi 1er juin un investissement de 62 millions de dollars américains.
“Face à la propagation rapide du virus Bundibugyo et en l’absence de vaccins homologués, chaque jour compte dans la course contre cette maladie mortelle”
Richard Hatchett, CEPI
Cette somme sera destinée à accélérer les essais de trois candidats vaccins expérimentaux afin de lutter contre la souche Bundibugyo du virus Ebola pour laquelle il n’existe pour le moment aucun vaccin ni traitement approuvés.
« Face à la propagation rapide du virus Bundibugyo et en l’absence de vaccins homologués, chaque jour compte dans la course contre cette maladie mortelle », déclare Richard Hatchett, directeur général de la CEPI.
« Le financement et le soutien urgents de la CEPI à ces trois candidats vaccins prometteurs visent à promouvoir des vaccins sûrs et efficaces pour aider à contrôler cette épidémie », ajoute-t-il.
Les trois candidats vaccins sont développés respectivement par l’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida (IAVI), la société américaine de biotechnologie Moderna et l’Université d’Oxford au Royaume Uni ; le vaccin d’Oxford devant être fabriqué par le Serum Institute of India.
Teresa Lambe, responsable de l’immunologie des vaccins au sein de l’Oxford Vaccine Group, affirme que les scientifiques tentent d’accélérer la production en tirant les leçons de la pandémie de la COVID-19.
« Les études relatives au candidat vaccin d’Oxford sur les animaux sont déjà en cours et se poursuivront avec des partenaires du monde entier », dit-elle. Avant d’ajouter : « Nous espérons disposer de doses de vaccin de qualité clinique d’ici deux à trois mois ».
Le groupe consultatif technique de l’OMS a désigné le vaccin candidat rVSV à dose unique d’IAVI, développé en collaboration avec l’University of Texas Medical Branch grâce à un financement de 3,2 millions de dollars de la CEPI, comme le plus prometteur parmi les vaccins en développement. L’OMS précise toutefois qu’il faudra encore sept à neuf mois avant que ce vaccin soit prêt pour les essais cliniques.
« Nous agissons avec diligence pour faire progresser ce candidat rapidement et de manière responsable », affirme Mark Feinberg, PDG d’IAVI.
Il poursuit en disant que « Bien qu’il reste un travail important à accomplir, notamment la définition de voies accélérées pour l’évaluation clinique et l’examen réglementaire, nous pensons qu’il est important d’accélérer le développement de ce candidat vaccin. Afin d’explorer son potentiel pour aider à faire face à un pathogène contre lequel il n’existe actuellement aucune contre-mesure et qui cause un nombre tragiquement croissant de décès, de maladies graves et de graves perturbations dans une vaste région »
Chiffres revus à la baisse
Le 2 juin 2026, l’OMS a considérablement revu à la baisse les chiffres, affirmant qu’il y a désormais seulement 116 cas suspects au lieu de 906, pour un total de 330 cas confirmés, dont 321 en RDC. Cette différence s’explique par l’arrivée sur le terrain la semaine dernière de tests et réactifs qui ont permis d’écarter l’hypothèse d’’Ebola chez de nombreux patients qui, en fait, soufraient d’autres pathologies à l’instar d’une simple fièvre..
Quant à Gavi, l’Alliance du Vaccin, elle a engagé 50 millions de dollars américains pour lutter contre l’épidémie d’Ebola par le biais de son Fonds de première intervention, dont jusqu’à 40 millions de dollars américains pour accélérer l’accès aux vaccins.
« Même si nous sommes encore loin de disposer d’un vaccin sûr et efficace contre le virus Bundibugyo, nous devons agir dès maintenant pour garantir que, dès qu’un ou plusieurs candidats vaccins seront prêts, les fabricants soient en mesure de commencer à produire des doses à grande échelle », soutient Sania Nishtar, directrice générale de Gavi.
De son côté, Jean Kaseya, directeur des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), a promis que l’Afrique disposerait d’un vaccin et d’un traitement « d’ici la fin de cette année ».
L’agence sanitaire de l’Union africaine a élaboré un plan de réponse à l’échelle du continent pour renforcer le contrôle des épidémies dans au moins 11 pays à haut risque – un plan qui, selon elle, nécessitera 319 millions de dollars américains au cours des six prochains mois.
Jean Kaseya a averti que le Soudan du Sud, la Somalie, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, l’Éthiopie, la République du Congo, le Burundi, l’Angola, la République centrafricaine et la Zambie courent un risque élevé de propagation du virus Ebola, en plus de la RDC et de l’Ouganda. Notamment en raison des mouvements transfrontaliers des populations.
S’exprimant à l’occasion d’un point de presse le 28 mai dernier, le directeur de CDC Afrique a déclaré que le continent ne pouvait plus se permettre de répondre aux épidémies récurrentes sans contre-mesures médicales.
« C’est la troisième fois que nous voyons des cas d’Ebola de souche Bundibugyo en Afrique. Si cela se produisait dans les pays occidentaux, ils auraient déjà un vaccin », dit-il.
Traitements expérimentaux
Cette souche rare n’a provoqué que trois épidémies en près de deux décennies, la première en Ouganda en 2007 et la seconde en RDC en 2012. Il n’existe aucun vaccin homologué ni aucun traitement autorisé, et les outils médicaux existants développés pour la souche Zaïre, plus courante, sont largement inadaptés à l’épidémie actuelle.
Jean Kaseya a également révélé avoir reçu un message direct du ministre russe de la Santé l’informant que le Centre national de recherche Gamaleya avait mis au point un vaccin contre Ebola. « Mon équipe travaille avec l’équipe russe et avec tous les autres partenaires pour comprendre », affirme-t-il.
Les responsables de CDC Afrique ont confirmé que le vaccin russe avait été initialement développé suite à l’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest et qu’il ciblait la souche Zaïre. Des équipes techniques évaluent cette semaine si ce vaccin peut offrir une protection ou être adapté à l’espèce Bundibugyo.
Les experts de l’OMS ont également recommandé l’évaluation de plusieurs traitements expérimentaux dans le cadre d’essais cliniques auprès de patients atteints d’Ebola confirmé. Il s’agit notamment des anticorps monoclonaux MBP134 et Maftivimab, de l’antiviral Remdesivir et de thérapies combinées associant anticorps et antiviraux.
L’OMS étudie également l’utilisation de comprimés d’Obeldesivir en traitement préventif après exposition chez les personnes ayant été en contact avec un cas confirmé. Il s’agit d’antiviraux oraux administrés avant l’apparition des symptômes afin de prévenir l’infection.
La version originale de cet article a été produite par l’édition anglophone de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.