02/06/25

Rwanda : Des semences résistantes aux aléas du climat boostent la production

INTERNATIONAL SEED FEDERATION (ISF) IN RWANDA Pace Production ISF - Horticulture center for excellent ISF - Gwiza Cooperative
Un agriculteur travaillant dans un champ de choux. Crédit image: Henry Joël / ISF

Lecture rapide

  • Un projet de semences résistant au changement climatique permet aux cultures de prospérer au Rwanda
  • La production de tomates à partir de semences hybrides est huit fois supérieure à la moyenne
  • Une approche similaire en Éthiopie a permis à 75 000 agriculteurs d'augmenter leur production de légumes

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[KIGALI, SciDev.Net] Les petits exploitants agricoles au Rwanda ont obtenu des récoltes exceptionnelles de fruits et de légumes après avoir essayé des semences résistantes au changement climatique, selon des responsables du projet.

Le Projet pour des semences résistantes (Seed Resilience Project) a été inauguré en 2023 par la Fédération internationale des semences (International Seed Federation) en lien avec l’organisation agricole à but non lucratif Fair Planet, le ministère de l’agriculture du Rwanda et certaines entreprises locales de semences.

Il a pour objectif d’améliorer l’accès aux semences résistantes au changement climatique, ainsi que la productivité agricole.

“Sans semences de bonne qualité, vous êtes voué à l’échec”

Michael Keller, International Seed Federation

La production de tomates a été multipliée par huit dans le pays depuis que des agriculteurs ont commencé à utiliser des semences adaptées, selon les données récoltées suite aux essais menés sur le terrain par Fair Planet au Rwanda.

Les petits exploitants agricoles disposent aussi de variétés de choux, brocolis, choux-fleurs, poivrons et carottes résistantes au changement climatique, qui sont vendues sur les marchés locaux et exportées.

Inside a greenhouse. Climate-resilient seed project sees vegetable crops thrive in Rwanda.

Des agriculteurs dans une serre du Projet qui a vu les récoltes de légumes prospérer au Rwanda. Credit photo : Henry Joël / ISF

Alon Haberfeld, responsable des technologies et des opérations à Fair Planet, a indiqué à  SciDev.Net que cette initiative consiste à sélectionner les semences les plus performantes tout en affinant les pratiques agronomiques pour augmenter la productivité.

« Si une semence donne de bons rendements, à terme, il y aura d’autres conséquences positives », a-t-il déclaré.

Données sur les semences

Aphrodis Zirimwabagabo, un agronome qui travaille aussi comme agent de vulgarisation agricole pour Fair Planet, indique que le projet commence au niveau de la pépinière, où les chercheurs étudient les taux de germination et les performances des semis.

Les données recueillies sont partagées avec les entreprises de semences pour affiner et améliorer la qualité des semences.

Selon Aphrodis Zirimwabagabo, les agriculteurs ont testé plus de 60 variétés hybrides – deux plantes, ou plus, ont été créées pour améliorer les récoltes ou la résistance aux maladies.

Il en a résulté des récoltes qui peuvent être jusqu’à cinq fois plus importantes, par rapport aux variétés à fécondation libre (produites par pollinisation croisée naturelle ou autopollinisation avec des semences de la même variété).

Smallholder farmers are also benefiting from climate-resilient varieties of cabbages, broccoli, cauliflower, carrots, and peppers, which are being sold in local markets

Les essais de semences résistantes au changement climatique se sont traduits par une hausse notable des rendements. Crédit photo : Henry Joël / ISF

Michael Keller, le secrétaire général de la Fédération internationale des semences, a déclaré à SciDev.Net que l’accès à des semences de qualité reste un problème, en raison de l’incohérence des politiques et de la prévalence de semences de contrefaçon ou non certifiées.

Michael Keller s’exprimait alors qu’il rendait visite à de petits exploitants agricoles dans le sud du Rwanda, en marge du congrès de l’Association africaine du commerce des semences (AFSTA) qui s’est tenu à Kigali en mars 2025.

Il a insisté sur l’importance des semences adaptées localement si l’on veut améliorer les rendements. « Sans semences de bonne qualité, vous êtes voué à l’échec », a-t-il déclaré.

Alon Haberfeld indique que le Projet pour des semences résistantes s’appuie sur le travail déjà réalisé par Fair Planet en Ethiopie, où 75 000 agriculteurs ont amélioré leurs rendements de légumes.

Au Rwanda, les essais menés en mai 2024 ont fait apparaître des améliorations notables.

Les rendements de choux sont passés de 1 400 kg à 7 000kg pour 0,1 hectare, tandis que les rendements de tomates sont maintenant huit fois supérieurs à la moyenne nationale, selon Fair Planet.

Michael Keller a indiqué à SciDev.Net que l’accès à des semences de légumes de bonne qualité peut contribuer à lutter contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.

The project helps farmers adapt to challenges including climate change and land constraints.

Le projet aide les agriculteurs à s’adapter à des défis comme le changement climatique et les contraintes foncières. Crédit photo : Henry Joël / ISF

Seulement, étant donné que seulement 15 entreprises de semences en Afrique appliquent des programmes de sélection efficaces, la disponibilité de semences améliorées reste limitée.

« Grâce à notre initiative de semences résistantes au Rwanda, nous forgeons des partenariats et développons un environnement propice aux essais de semences, mais aussi à la création d’un label de qualité et à l’homologation des variétés », ajoute Michael Keller.

‘Récolter les fruits’

Marceline Uwamahoro, qui exploite une petite ferme dans l’est du Rwanda, a adopté la culture des légumes avec les nouvelles variétés.

« Grâce à la formation dont nous bénéficions, nous travaillons de manière plus professionnelle dans nos exploitations, et les rendements sont bons », a-t-elle indiqué.

Ajoutant que « je suis agricultrice à plein temps, et c’est encourageant quand je vois que mes cultures donnent de bons résultats. »

« Je récolte les fruits de mon travail, et je gagne assez d’argent, pas seulement pour nourrir mes enfants et leur payer l’école, mais aussi pour faire des économies dans le cadre de notre coopérative d’agriculteurs. J’ai même pu souscrire une assurance pour mes récoltes », indique encore Marceline Uwamahoro.

Ce projet aide les agriculteurs à s’adapter à des défis comme le changement climatique et les contraintes liées aux terres.

Félix Bonake, qui cultive la tomate et le haricot vert dans une serre, indique qu’il ne craint plus la sécheresse, ni le risque d’appauvrissement des sols au fur et à mesure que la population augmente.

« La plus grande difficulté a été d’obtenir des semences de bonne qualité, mais nous pouvons désormais en avoir dans notre Agrovet (établissement qui propose des prestations et produits pour l’agriculture et pour l’élevage, NDLR) local », indique-t-il.

Michael Keller a mis l’accent sur le fait que le maraîchage permet de faire des cultures toute l’année, augmentant ainsi les revenus des agriculteurs. Mais il estime que des investissements supplémentaires sont nécessaires pour aider les agriculteurs à adopter des semences améliorées et des techniques agricoles adaptées.

« Cela prend du temps, a-t-il déclaré à SciDev.Net. Il s’agit de transférer les connaissances, de construire tout un réseau, et de garantir le contrôle de la qualité. »

« Les agriculteurs qui n’ont jamais utilisé de semences améliorées doivent comprendre la valeur ajoutée qu’elles représentent, et de quelle manière cultiver ces variétés. »

La version originale de cet article a été produite par l’édition de langue anglaise de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne. Traduction de l’anglais : Béatrice Murail.