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[GITEGA, SciDev.Net] Le Burundi doit « considérablement » augmenter sa capacité de production d’électricité au cours des prochaines années afin d’atteindre son objectif de faire du pays une économie émergente à l’horizon 2040.
Cette nécessité s’explique par une demande énergétique en forte croissance, sous l’effet de la croissance démographique, l’urbanisation, le développement industriel, l’augmentation des besoins des services publics et l’exploitation progressive des ressources minières.
Une étude sur l’analyse de l’expansion du secteur électrique et des émissions de gaz associées, menée dans ce pays d’Afrique de l’Est montre en effet que la demande nationale d’électricité devrait passer de 180,4 gigawattheures (GWh) en 2015 à 867,6 GWh en 2040.
“La transition ne doit pas dépendre uniquement de grandes hypothèses de réseau ou d’importation, mais aussi de solutions modulaires, mesurables et déployables rapidement”
Giovanni Marchica, e-Kinergy
Outre l’augmentation de la capacité de production, les auteurs de l’étude recommandent aussi l’élaboration d’une plus solide stratégie nationale de planification de l’électricité.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont utilisé la plateforme LEAP (Low emissions analysis platform), un outil internationalement reconnu pour l’analyse prospective des systèmes énergétiques, afin d’évaluer plusieurs scénarios de développement du secteur électrique jusqu’en 2040.
Trois politiques énergétiques, définies comme priorités stratégiques pour le Burundi, ont été analysées ; à savoir : l’éclairage efficace, l’accès universel à l’électricité et la réduction des émissions de Co2.
« Cette étude a été motivée par le faible niveau d’accès à l’électricité au Burundi par rapport aux autres pays de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ainsi que par l’absence de travaux de planification énergétique adaptés au contexte national », explique à SciDev.Net Égide Manirambona, auteur principal de l’étude.
Les chercheurs soulignent également que près de 88 % des Burundais restent privés d’électricité, faisant du pays l’un des moins électrifiés de l’EAC.
Malgré ce faible taux d’électrification, les ménages devraient demeurer les principaux consommateurs de l’électricité, renseigne l’étude, la première à modéliser à long terme l’évolution du système électrique burundais
Déficit énergétique
Les conclusions de l’étude rejoignent les préoccupations exprimées par les autorités burundaises. Lors d’un atelier consacré aux normes internationales applicables aux systèmes solaires hors réseau, organisé en mars dernier dans le cadre du projet « Soleil Nyakiriza », Salomon Mugisha, directeur général au ministère en charge de l’Energie, a rappelé que le déficit énergétique demeure l’un des principaux obstacles à la croissance économique du pays.
« Seulement 20 % des Burundais ont accès à l’électricité. Ce taux est quatre fois inférieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne », a-t-il déclaré, ajoutant que les disparités territoriales restent particulièrement marquées : le taux d’accès atteint environ 60 % dans la ville de Bujumbura mais descend jusqu’à 2 % dans certaines provinces rurales.
Selon lui, le Burundi dispose actuellement d’environ 200 MW d’énergie disponibles. Toutefois, une partie de cette capacité ne peut être pleinement exploitée en raison de l’état vieillissant du réseau de transport et de distribution.
Pour remédier à cette situation, plusieurs projets d’interconnexion régionale sont en cours ou à l’étude.
Parmi eux figurent les lignes électriques Rusumo-Gitega, destinées à acheminer l’énergie de la centrale hydroélectrique de Rusumo Falls, Kigoma-Gitega pour interconnecter le Burundi et le Rwanda, ainsi que Kamanyola-Bujumbura qui permettra l’importation de l’énergie produite par la future centrale régionale de Ruzizi III.
D’autres projets de lignes à haute tension et de postes électriques sont également envisagés afin d’améliorer la desserte des provinces rurales. Pour les chercheurs, ces investissements seront indispensables, mais ne suffiront pas à eux seuls à atteindre l’objectif d’accès universel à l’électricité fixé pour 2040.
L’étude indique notamment que la croissance de la demande pourrait dépasser les capacités de production si les projets planifiés connaissent des retards ou des difficultés de financement.
« Les projections sont atteignables, mais elles reposent sur l’hypothèse d’une mise en œuvre efficace des projets énergétiques prévus », précise Égide Manirambona.
Approche hybride
Giovanni Marchica, directeur à e-Kinergy, une société spécialisée dans les énergies renouvelables, relève cependant que le principal risque avec le modèle LEAP est celui de produire un scénario trop « lisse », qui ne prend pas en compte les réalités du pays.
« Dans un pays comme le Burundi, les trajectoires de demande et d’offre sont souvent contraintes par des facteurs très concrets comme la capacité de financement, la stabilité des réseaux, l’acceptabilité sociale, la gouvernance des projets et la vitesse réelle de mise en œuvre », dit-il.
En d’autres termes, « un modèle peut correctement simuler un système, mais sous-estimer les frictions qui déterminent la faisabilité réelle », soutient-il.
Au sujet de la décarbonation, il prévient que réduire les combustibles fossiles par l’importation crée une dépendance et un « simple déplacement des émissions » mondiales. Selon lui, la transition énergétique du Burundi devrait privilégier une approche hybride combinant réseau national et solutions décentralisées.
« La transition ne doit pas dépendre uniquement de grandes hypothèses de réseau ou d’importation, mais aussi de solutions modulaires, mesurables et déployables rapidement », affirme Giovanni Marchica, directeur, plaidant pour une électrification accélérée et une décarbonisation progressive du secteur énergétique.
Cependant, plusieurs obstacles persistent, notamment le manque de données énergétiques fiables, les difficultés de financement et la faible participation des communautés aux processus de planification.
Pour Delphin Kaze, fondateur de Green economy (KAGE), une organisation engagée dans la promotion des solutions énergétiques durables, les Burundais doivent être associés dès le départ aux décisions concernant leur avenir énergétique.
« Les communautés connaissent mieux que quiconque leurs besoins, leurs contraintes et les solutions qui peuvent fonctionner dans leur contexte », estime-t-il.
Energies renouvelables
Il ajoute que l’élaboration d’une stratégie de planification du secteur de l’électricité devrait également permettre de s’attaquer à une autre réalité : la dépendance massive des ménages au bois de chauffage et au charbon de bois.
Selon lui, la pauvreté énergétique ne peut être réduite à la seule absence d’électricité. « L’accès à l’électricité et l’accès à une cuisson propre sont deux priorités complémentaires et toutes les deux urgentes », explique l’entrepreneur.
Près de 98 % de la consommation énergétique du secteur résidentiel provient de la biomasse, traditionnellement utilisée principalement pour la cuisson. Cette situation contribue à la déforestation, accentue la dégradation des écosystèmes et expose les populations à des risques sanitaires importants.
« Beaucoup de familles reconnaissent les effets de la déforestation, mais elles n’ont pas encore accès à des alternatives abordables et adaptées à leurs moyens », souligne Delphin Kaze.
Pour les spécialistes, le développement des foyers améliorés, des briquettes écologiques, du biogaz ou encore des systèmes solaires domestiques pourrait contribuer simultanément à la protection des forêts, à l’amélioration de la santé publique et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’en 2031.
L’étude met également en évidence le potentiel de l’efficacité énergétique. Selon les simulations réalisées, l’utilisation généralisée d’équipements plus performants permettrait d’économiser jusqu’à 124,6 GWh d’électricité d’ici 2040.
Les auteurs recommandent aussi un recours accru aux énergies renouvelables afin de limiter la dépendance aux combustibles fossiles et de réduire les émissions du secteur énergétique.