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  • Les technologies vocales: un moyen d'accéder au web en Afrique

Crédit image: Mikkel Ostergaard / Panos

Lecture rapide

  • Le système permet aux utilisateurs d’accéder aux ressources de l’Internet au moyen d’un poste radio ou d’un téléphone portable

  • Le projet prendra fin ce mois, mais trois associés sur treize continueront de collaborer

  • Ils vont publier un logiciel à code source ouvert pour encourager l’adoption du système

Le financement du projet VOICES, qui vise à fournir des technologies vocales permettant aux analphabètes dans les zones rurales d'Afrique d'accéder au Web – y compris ceux qui n’ont pas accès à l’Internet ou à un ordinateur – prendra fin ce mois, mais une dynamique a été maintenue, pour s’assurer que les technologies développées seront librement disponibles, à la fin du projet.
Les treize partenaires du projet se proposent d’aider les communautés vivant dans des zones reculées, en créant des contenus Internet vocaux accessibles sur téléphone portable ou par la radio.
Des services pilotes ont été lancés, en partenariat avec des fermiers, des journalistes radio, de même que des entrepreneurs du secteur des technologies de l’information et de la communication, et les associés veulent œuvrer pour qu’un volume suffisant d’activités soient générées pour assurer la survie des services, au-delà de la durée de vie du projet.
Les partenaires vont également publier des logiciels à code source ouvert (open-source) pour permettre à d'autres développeurs de mettre sur pied des services et des technologies similaires, explique Mary Allen Ballo, secrétaire exécutive de Sahel Eco, une ONG de développement impliquée dans le projet.

Un certain nombre de systèmes pilotes ont été développés dans le cadre de ce projet, d’une valeur de 4 millions de dollars, dénommé VOICES (VOIce-based Community-cEntric mobile Services), lancé en 2011. Il est géré par la Fondation World Wide Web, qui travaille à assurer un accès universel à l’Internet, en partenariat avec des ONG, des universités et des entreprises de télécommunications.

Le projet VOICES a réalisé plusieurs pilotes dans deux secteurs clés, notamment celui de la santé au Sénégal et de l’agriculture, au Mali. Les pilotes réalisés au Mali ont débouché sur des initiatives concrètes et doivent inspirer des projets similaires au Burkina Faso et au Ghana.
Plusieurs services basés sur les technologies vocales, y compris un marché virtuel d'agriculteurs, un système de messagerie basé sur la voix et une plateforme de journalisme citoyen ont été lancés, permettant à des personnes analphabètes en Afrique d’accéder à l'information et de gérer des entreprises.

En ligne sans connexion
Ces technologies vocales libres et à code source ouvert pourraient être déployées pour combler le fossé numérique, partout où le besoin se fait sentir.

Elles sont basées sur le standard VoiceXML, qui permet de créer des applications vocales, explique Stéphane Boyera, programmeur en chef à la Fondation World Wide Web.

Selon Stéphane Bovera, contrairement à la configuration standard, dans laquelle le texte est utilisé pour saisir et entrer des informations qui sont ensuite affichées sur un écran d'ordinateur, le nouveau système utilise la voix ou un clavier de téléphone portable ; par la suite, l’utilisateur reçoit des informations à partir du son joué sur son téléphone portable ou à la radio.

A l’évidence, cette technologie ouvre des opportunités pour les analphabètes ou ceux qui ne disposent pas d’une connexion Internet.

A titre d’exemple, Radio Marché, au Mali, est un système commercial qui aide les agriculteurs à trouver des acheteurs pour des produits comme le karité, le miel et le tamarin, en transformant des informations économiques envoyées par téléphone portable en messages vocaux générés par ordinateur et diffusés ensuite sur les ondes de la radio communautaire locale.
«Nous utilisons les canaux existants - les téléphones portables et la radio - comme interfaces pour le web et permettons aux gens de créer des contenus dans leurs langues locales», explique Anna Bon, conseillère principale en technologies de l’information et de la communication à l’université Libre d’Amsterdam, aux Pays-Bas, l’une des parties au projet.
“Tam-tam numérique”
Un autre outil, dénommé Tabalé, du nom d’un  tambour utilisé autrefois pour annoncer des événements importants, permet aux ONG du Mali d’envoyer des messages groupés dans différentes langues locales à des personnes disposant d’un simple téléphone portable. Ces messages peuvent porter, par exemple, sur des événements à venir.
Les destinataires peuvent ensuite répondre, en laissant des messages vocaux, pour confirmer leur participation.
L’an dernier, les chercheurs de VOICES ont mis au point un outil pour le journalisme citoyen, dénommé Foroba Blon, qui a permis à des gens au Ghana et au Kenya de publier des contenus sur le site Internet de la chaîne Al Jazeera, en soumettant des “reportages vocaux” portant sur les troubles, lors des élections dans ces pays.
Le système permettait aux gens d’appeler et de parler simplement dans leurs langues locales sans être connectés au site. Puis leurs messages audio étaient téléchargés sur le site pour permettre à d’autres utilisateurs de les écouter.

Même si le financement de l'Union européenne pour VOICES – ainsi que pour le projet à proprement parler -  prendra fin à la fin du mois, Sahel Eco, la Fondation World Wide Web et l'Université Libre d'Amsterdam continueront de collaborer dans ce cadre, affirme Mary Allen.

A la fin du projet, ajoute Anna Bon, les partenaires restants feront en sorte que quiconque soit en mesure de télécharger le logiciel ou apprendre à partir de leur étude la façon d'utiliser ces technologies pour créer leur propre entreprise ou fournir des services web basés sur la voix.

Ana Bon évoque également la possibilité pour Radio Marché d’être utilisée dans d'autres villages, d’autres marchés, voire d’autres pays.
"Beaucoup de gens ont exprimé un intérêt pour ce système de commerce basé sur la voix ; il est donc probable que des entreprises locales émergent et portent ce type de services à une plus grande échelle", conclut-elle.
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