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  • Vingt-cinquième anniversaire de la TWAS : rétrospective, et perspectives

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Pendant vingt-cinq ans, la TWAS a promu et célébré la science dans le monde en développement. Le regard de Jacob Palis sur ce quart de siècle, et sa perspective quant aux futurs défis à relever.

Cette année, la TWAS, Académie des Sciences pour les Pays du Tiers-monde, fête son vingt-cinquième anniversaire. Au cours du quart de siècle écoulé, l’Académie est devenue l’institution-phare de la recherche internationale et un porte-étendard essentiel pour la science dans le monde en développement.

Au moment de sa création, la TWAS comptait 42 membres. Aujourd’hui, ce chiffre est passé à 871. Environ 85 pour cent des membres viennent des pays en développement, témoignant ainsi du développement des capacités scientifiques dans le monde en développement.

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution positive, et notamment l’engagement croissant des gouvernements à investir dans la science et la technologie, mais aussi l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC), et l’amélioration des conditions de vie et de travail des scientifiques dans les pays en développement. Toutes ces choses ont encouragé les chercheurs à mener leurs carrières dans leurs pays.

Promouvoir et célébrer la science

L’Académie est fière de la contribution qu’elle a apportée à ces avancées. Elle a participé à la promotion de la science à la fois auprès des décideurs politiques et du grand public et, plus que tout, elle a contribué à mieux faire connaître certains scientifiques du Sud.

Lorsqu’un scientifique est fait membre de la TWAS, cette nomination est perçue comme une confirmation de sa contribution dans son domaine. Elle lui confère également du prestige et de la notoriété. Le processus d’admission est hautement compétitif, seulement 25 pour cent des scientifiques nominés chaque année deviennent membres. Par conséquent, l’Académie peut à raison prétendre que ses membres représentent l’élite de la science dans le monde en développement.

Grâce à son programme de bourses de recherche, la TWAS a également aidé des milliers de scientifiques à des étapes clés de leurs carrières. Plus récemment, elle a étendu ce programme au financement des équipes de recherche dans 80 pays en retard sur le plan scientifique

En aidant à la fois des individus et des institutions, les bourses de recherche de la TWAS apportent un soutien important à la science et à la société dans le monde en développement. Ainsi, grâce au soutien de la TWAS, la Faculté des Sciences et des Technologies de l’Université du Mali participe à l’amélioration de la qualité de l’eau par nanofiltration, tandis que l’Institut de Pathobiologie de l’Université d’Addis Abeba, en Ethiopie, conduit des travaux de recherche déterminants sur le contrôle de maladies telles que la leishmaniose et la schistosomiase. En finançant des groupes de recherche dans des pays scientifiquement moins développés, la TWAS espère réduire le fossé qui existe entre les capacités scientifiques des différents pays, pas seulement entre le Nord et le Sud, mais également entre les pays du Sud.

Les prix décernés par la TWAS dans les sciences fondamentales sont des couronnements pour les carrières de scientifiques de haut vol dans le monde en développement. Le Prix scientifique de Trieste, parrainé par illycaffè, est à la fois une reconnaissance et une récompense pour les scientifiques les plus éminents du monde en développement. Les lauréats 2008 de ce prix sont Beatriz Brabuy, honorée pour avoir amélioré notre compréhension de la composition chimique des étoiles, et l’ingénieur et physicien indien, Rodam Narasimha, récompensé pour son travail original sur la dynamique des fluides.

Un porte-étendard pour le Sud

Au cours du dernier quart de siècle, l’Académie a été une puissante voix pour la communauté scientifique du Tiers-monde, en contribuant à l’orientation des débats politiques entre les pays en développement.

La TWAS a atteint ces objectifs grâce à des stratégies variées, y compris le financement de la recherche et d’échanges scientifiques, l’appui aux conférences et réunions scientifiques, et le financement d’ateliers qui offrent aux scientifiques et aux décideurs d’importantes opportunités de formation et d’orientation sur des questions telles que l’eau potable, la biodiversité et les énergies renouvelables.

Cette Académie est également impliquée dans des projets tels que le consortium EuroAfrica-ICT, financé par l’Union européenne, qui met les TIC au service de la promotion de la recherche collaborative entre les institutions européennes, caribéennes et africaines. Ces projets aident les pays en développement à réaliser d’importantes percées dans des technologies d’avant-garde et assurent leur participation aux débats scientifiques les plus critiques de notre temps.

Une initiative du Sud pour le Sud

L’un des rôles probablement les plus importants de la TWAS est sa fonction de passerelle pour la coopération et l’entraide scientifique Sud –Sud. Le programme de bourses Sud Sud de l’Académie pour les étudiants de niveaux postuniversitaire et postdoctoral est probablement l’une des initiatives les plus ambitieuses en matière de développement des compétences scientifiques dans le Sud. Chaque année, 250 bourses sont offertes aux jeunes étudiants d’autres pays en développement par des pays tels que le Brésil, la Chine, l’Inde, la Malaisie, le Mexique et le Pakistan.

Si la TWAS conservait et parvenait même à accroître le nombre de bourses, elle pourrait aider à former des milliers de jeunes chercheurs. Ce qui contribuerait à élargir significativement le champ des connaissances scientifiques dans les pays les moins avancés. L’esprit de solidarité que ce programme crée entre les pays en développement pourrait contribuer à forger le sentiment d’un destin commun au-delà de la communauté scientifique nationale.

Les défis à venir


Mais malgré ses nombreuses réalisations au cours des 25 dernières années, beaucoup reste à faire.

L’Académie doit continuer à mieux promouvoir la recherche dans les pays en développement qui n’adoptent et ne promeuvent pas encore totalement le renforcement des capacités. Combler le fossé entre les pays du Sud sera probablement l’une des questions fondamentales de la science dans les pays en développement au cours des prochaines années.

Pour soutenir cet effort, l’Académie doit être un lieu d’échange et de débat d’idées. Les chercheurs doivent apporter leur contribution sur des questions telles que le changement climatique, l’offre d’énergie, la perte de la biodiversité et les maladies infectieuses émergentes, des questions qui ont un impact direct sur le bien-être de leurs pays.

La TWAS doit également continuer à soutenir les jeunes chercheurs et ceux qui sont en milieu de carrière. L’avenir appartient à la prochaine génération de ces spécialistes, et nous devons les aider à donner la pleine mesure de leurs potentialités.

Enfin, l’Académie doit développer son rôle de passerelle entre le Sud et le Nord pour faire progresser la recherche scientifique et élaborer des politiques internationales efficaces.

Le jubilé d’argent de la TWAS est une occasion de nous réjouir, et non de nous endormir sur nos lauriers. Je suis convaincu que les 25 prochaines années de l’Académie seront encore plus fructueuses si nous continuons à appliquer les leçons apprises et relever les défis à venir pour le bénéfice de la science et des sociétés dans le monde en développement.

Jacob Palis est le président de la TWAS.

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