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Les Africains invités à tirer parti de l'Internet pour le développement
  • Les Africains invités à tirer parti de l'Internet pour le développement

Crédit image: Mathieu Bonkoungou/SciDev.Net

Lecture rapide

  • L’Afrique connait l’un des taux de pénétration les plus forts dans le secteur de la téléphonie mobile

  • Cette forte performance rend possible une révolution numérique qui pourrait profiter au développement

  • Mais les gouvernements doivent mettre en place des codes de bonne pratique, notamment pour lutter contre la cybercriminalité

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Organisé par le gouvernement burkinabé et l’Union internationale des télécommunications, le 4e Forum africain des meilleures pratiques dans le domaine des TIC s’est tenu du 11 au  12 octobre dernier à Ouagadougou, sous le thème : Données pour le développement (Data4Dev – 2013) - Exploiter les opportunités des données numériques pour la croissance et la sécurité. 

Selon le secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Hamadoun Touré, « en l'an 2000, le taux de pénétration du cellulaire mobile en Afrique était inférieur à 2% ; aujourd'hui, la téléphonie mobile est financièrement abordable et disponible sur l'ensemble du continent. Les données de l'UIT donnent à penser que d'ici la fin de 2013, le taux de pénétration du mobile en Afrique sera supérieur à 63% ».

Si pour l’accès à l’Internet, les progrès sont moins spectaculaires, ils existent quand même, affirme le secrétaire général de l’UIT.

« Pus récemment, explique Hamadoun Touré, nous avons assisté à l'essor extraordinaire du mobile haut débit, une technologie grâce à laquelle les personnes ayant accès à l'Internet n'ont jamais été si nombreuses et qui continue d'afficher le taux de croissance le plus rapide dans toute l'histoire de l'humanité. De fait, le taux de pénétration mobile haut débit en Afrique, à l'aube de 2014, sera proche des taux observés dans les Etats arabes et la région Asie-Pacifique, il y a tout juste deux ans, au début de 2012.»

Il reste toutefois que 70% des habitants des pays en développement et plus de 90% des pays les moins avancés ne sont toujours pas connectés et ce constat pour Hamadoun Touré est d’une importance capitale, car « la technologie doit être mise au service de l’éducation pour tous, elle doit permettre d’améliorer les soins de santé, d’autonomiser les femmes et de renforcer la protection de l’environnement, et plus globalement, d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement.


Connecter l’Afrique


« Les objectifs du millénaire pour le développement sont une première phase à laquelle nous pouvons nous atteler. Dans des secteurs comme la télémédecine, la télésanté ou la télé-éducation, utiliser l’outil informatique nous permet d’aller plus vite.  Il est clair que nous ne pourrons pas atteindre les objectifs du millénaire dans ces domaines sans utiliser les technologies de l’information et de la communication.»

Les données numériques peuvent donc impulser le développement, mais pour cela, il faut d’abord développer les TIC et l’UIT est convaincue qu’il faut nécessairement aller à des partenariats public-privé et encourager, de ce fait, tous les pays africains à essayer de mettre en place une plateforme d’économie numérique.

Et pour permettre au plus grand nombre de citoyens d’accéder aux données numériques et de les intégrer aux recherches de solutions aux problèmes de développement, le forum de Ouagadougou a recommandé aux gouvernements d’ouvrir les données pour promouvoir l’expertise en matière de production de services à valeur ajoutée basée sur les données numériques ouvertes et développer des contenus locaux, pour mieux répondre aux besoins des populations et renforcer la présence africaine dans le cyberespace.

« Nous avons lancé un appel à tous les gouvernements pour qu’ils acceptent de mettre à la disposition du public toutes les données gouvernementales.

Le public d’aujourd’hui n’est pas le public d’il y a 20 ans. Aujourd’hui, le peuple a besoin de comprendre, de savoir, de faire des commentaires, mais il faut que ce soit sur la base d’informations justes», explique le ministre du développement de l’économie numérique.


Un phénomène urbain


Pour le président Blaise Compaoré, « le Burkina Faso s’inscrit dans cette dynamique et a ainsi entrepris l’ouverture et la mise à disposition des usagers, des données publiques et numériques non nominatives, sous un format exploitable par les machines, afin de permettre aux citoyens, de les enrichir en permanence, d’accroître les performances de l’Administration et de créer ainsi, les conditions optimales de l’émergence ».

Mais l’accès du plus grand nombre à l’Internet reste un défi à relever. Dans la majorité des pays africains, l’Internet se limite aux villes et parfois même aux grandes villes.

Pour Ahmed Camara, directeur général adjoint de l’Agence guinéenne de la gouvernance électronique et des données de l’Etat, « la fracture numérique se ressent toujours en Guinée. Dans la majorité des zones reculées du pays, les gens qui veulent se connecter viennent au centre-ville. De manière globale, il est difficile d’accéder à l’internet dès qu’on sort de la ville de Conakry ».

Le constat est le même au Burkina, même si le ministre en charge du développement de l’économie numérique a sa petite idée sur les conditions à remplir pour assurer l’accessibilité du plus grand nombre aux TIC.

« Premièrement, c’est faire en sorte qu’il n’y ait plus de taxes sur l’importation des  ordinateurs. Nous l’avons déjà fait sur les téléphones portables pour les rendre plus accessibles. Nous avons demandé à certains partenaires de faire en sorte que le Smartphone qui peut être utilisé pour se connecter à l’Internet ne dépasse pas  20 à 30 dollars. Reste maintenant la connectivité et pour cela, le gouvernement du Burkina Faso essaie de mettre en place un réseau de fibre optique relativement dense à travers tout le pays pour que la connectivité soit présente, même dans les communes rurales », affirme Jean Couldiaty.


Lutter contre la cybercriminalité


Mais s’il s’est tenu à Ouagadougou un forum sur les meilleures pratiques des TIC, c’est qu’il y en a de mauvaises. Une face hideuse qui pourrait faire oublier tous les bienfaits de l’Internet.

Blaise Compaoré, qui préside depuis 2011 le Conseil consultatif du partenariat multilatéral international contre les cyber menaces (IMPACT), le bras armé de l’UIT contre la cybercriminalité, affirme que « les attaques criminelles dans le domaine des TIC, portent pour la plupart, sur les infrastructures essentielles dans les secteurs sensibles, dont les transports, les réseaux de communication électronique, les systèmes bancaires et financiers.»

De quoi frapper au cœur le développement de l’Afrique. Il devient donc plus que urgent de s’entendre sur un cadre juridique et règlementaire au niveau du continent pour lutter contre ce fléau qui fait courir des risques à l’économie et à la paix sociale.

Pour Ahmed Camara, directeur général adjoint de l’Agence guinéenne de la gouvernance électronique et des données de l’Etat, « les cybercriminels s’attaquent aux comptes bancaires et aux données personnelles des citoyens. Même l’agence pour laquelle je travaille a été victime d’une attaque de cybercriminels, mais nous avons réussi à parer à cette attaque en renouvelant complètement le système. Il n’y a aucune législation en matière de cybercriminalité en Guinée. Nous avons transposé les textes de la CEDEAO mais ils ne sont pas encore validés par l’Assemblée nationale, qui n’est pas encore mise en place dans le pays. Si bien que le cybercriminel qui se promène sur le territoire guinéen n’est pas facilement appréhendable ».

Mais même si une législation venait à être élaborée, Jacques Houngbo d’Africa CIRT (organisme chargé d’assister les pays africains dans la lutte contre la cybercriminalité) pense qu’avant de se décider à réprimer, il y a des préalables à régler, notamment l’éducation et la prévention.

Selon le secrétaire général de l’UIT, Hamadoun Touré, qui cite un rapport récemment publié par le spécialiste de la sécurité McAfee et le Centre d'études stratégiques et internationales, « les pertes imputables à la cybercriminalité au niveau mondial se chiffreraient, selon les estimations, à 500 milliards USD chaque année et le nombre de personnes directement touchées par la cybercriminalité se compterait par centaines de millions ».

Une situation qui pourrait ne pas se limiter aux seuls cyber délinquants mais contaminer des groupes de militants, des sociétés, voire des gouvernements obnubilés par l’atteinte de leurs objectifs.

IMPACT, qui a tenu une réunion à Ouagadougou en marge du Forum sur les meilleures pratiques, a instruit l’UIT de proposer un modèle de gouvernance ainsi qu’une approche durable pour assurer des services de cyber sécurité à tous les Etats membres, étant entendu que ces derniers seront impliqués dans le processus de gouvernance et de prise de décision.

Un projet doit être élaboré et proposé avant la fin de cette année pour être finalisé et appliqué début 2014. 

Mais comment protéger à la fois le droit à la liberté d’expression, le droit de communiquer et le droit au respect de la vie privée ?

Pour le secrétaire général de l’UIT, il faut trouver le juste équilibre et surtout veiller à la protection en ligne des enfants.


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