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Secrets de la pharmacopée : Le myrte commun
  • Secrets de la pharmacopée : Le myrte commun

Crédit image: Cokemomo

Lecture rapide

  • Le myrte est une plante connue dans les régions méditerranéennes pour son arôme

  • Mais selon plusieurs auteurs il offre des pistes de recherche inexplorées

  • Une initiative en R&D devrait apporter une contribution substantielle à la pharmacopée

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L’Algérie est un pays doté d’un patrimoine floristique très diversifié, particulièrement dans le domaine des plantes aromatiques.

Un exemple illustratif de l’importance de la richesse de la flore est le myrte commun, une espèce phare répartie sur tout le pourtour méditerranéen, qui a constitué un élément crucial dans l’instauration de plusieurs collaborations avec des universités méditerranéennes (Corse, Portugal).
 
En effet, dans l’histoire de la médecine traditionnelle, les utilisations connues, mais aussi les preuves apportées de validation scientifique de son application thérapeutique sont légion.
 
On connaît aujourd’hui une espèce du même genre saharien de répartition plus restreinte, endémique au Sahara central, très populaire auprès des Touaregs, appelée le myrte saharien. 
 
Le myrte commun Myrtus communis L. est une plante méditerranéenne connue sous le nom berbère de Tarihant, en corse sous le nom de morta ou mortula et en espagnol sous les noms de arrayan, mirto, mortella, mortin. Réputé pour son action antiseptique, il occupe une place importante dans l’histoire. Le médecin grec Hippocrate utilisait ses baies contre les métrorragies.
 
Dioscoride et Pline indiquaient ses applications médicales en médecine traditionnelle.
 
Ses feuilles, broyées en poudre, sont utilisées pour préparer un cérat contre le panaris et les maladies des ongles, tandis que les fleurs sont utilisées pour noircir les cheveux.
 
Les fruits, quant à eux, s’employaient pour le traitement des hémorragies ou bouillis dans le vin comme astringent externe. Enfin, le suc des baies est utilisé comme stomachique et diurétique [1].
 
En Algérie, les rameaux de myrte sont utilisés, dans la tradition populaire et sont déposés sur les tombes les jours de recueillement.
 
En phytothérapie, le myrte a des propriétés très intéressantes.
 
En cas de diarrhées ou de dysenteries, il assèche les écoulements et facilite la circulation. Les feuilles sont utilisées comme remède contre les affections des voies respiratoires.
 
Les préparations à base de plantes sont préconisées contre les bronchites, les sinusites, les otites, les diarrhées et les hémorroïdes. Les fruits constituent un remède contre la dysenterie, l’entérite et les hémorragies [2].
 
Aujourd’hui, le myrte est connu pour ses propriétés anti-inflammatoires et hypoglycémiantes. De plus, nos collaborations avec les tradipraticiens nous ont éclairés sur l’ethnobotanique de cette espèce utilisée en infusion (feuilles et fleurs) comme une drogue hypoglycémiante, anti-diarrhéique et anti-inflammatoire [3].
 
Au-delà de ces pratiques ancestrales documentées, des preuves scientifiques ont aussi confirmé l’importance du myrte en médecine traditionnelle.
 
De fait, le potentiel anti-inflammatoire, ainsi que l’effet antifongique de l’huile essentielle de Myrtus communis vis-à- a été démontré [4]. Plusieurs brevets ont été déposés pour mettre en évidence l’activité antitumorale de l’extrait de M. communis dû à la présence des myrtucommunlones. Le myrte est ainsi entré dans la formulation de produits naturels à propriétés anticancéreuses [5].
  
En parallèle, une étude a été entreprise sur une espèce parente du myrte commun, mais qui est saharienne et endémique au Sahara central: Myrtus nivellei Batt. & Trab.
 
Cette espèce est utilisée par les Touaregs comme aromate du thé, épice et colorant pour noircir les cheveux [6].
 
Deux nouvelles molécules à structure chimique jamais décrite auparavant ont été découvertes pour la première fois dans cette espèce.
 
Le potentiel biologique de l’huile essentielle a été également étudié et a montré un pouvoir anti-inflammatoire intéressant [7]. Cependant, ces molécules restent mystérieuses et leur spectre d’action biologique est méconnu.
 
Du mystère au défi scientifique, la valorisation de cette biodiversité doit demeurer une préoccupation majeure pour le développement durable.
 
De nouveaux travaux de recherche et développement s’imposent donc pour élucider les secrets de cette espèce saharienne.
 
Amel Bouzabata est maitre de conférences en Pharmacognosie, à  la Faculté de Médecine de l'Université Badji-Mokhtar, à Annaba (Algérie).
Elle peut être contactée à l'adresse e-mail : [email protected]

Références

[1] Gryc M.I., 1985. Contribution à l’étude botanique et chimique de Myrtus communis L. (Myrtacées). Thèse pour le diplôme d’état de docteur en pharmacie, Faculté de Pharmacie, Université Claude Bernard Lyon I.
[2] Beloued A., 1998. Plantes médicinales d’Algérie. Office des publications universitaires. Alger.
[3] Bouzabata A., 2013. Traditional Treatment of high blood pressure and diabetes in Souk Ahras District. Journal of Pharmacognosy and Phytotherapy 5(1), 12–20.
[4] Bouzabata A., Cabral C., Gonçalves M.J., Cruz M.T., Bighelli A., Cavaleiro C., Casanova J., Tomi F., Salgueiro L., 2015. Myrtus communis L. as source of a bioactive and safe essential oil. Journal of Food and Chemical Toxicology 75: 166-172.
[5] http://www.google.dj/patents/WO2000050053A1?cl=en
[6] Sahki A., Boutamine Sahki R., 2004. Le Hoggar: Promenade botanique. Éd. Ésope. Lyon, Chamonix.
[7] Bouzabata A., Bazzali O., Cabral C., Gonçalves M.J., Cruz M.T., Bighelli A., Cavaleiro C., Casanova J., Salgueiro L., Tomi F., 2013. New coumpounds, chemical composition, antifungal activity and cytotoxicity of the essential oil from Myrtus nivellei Batt. & Trab. an endemic species of Central Sahara. Journal of Ethnopharmacology 149, 613–620.
 
 
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