Par: Thoko Elphick-Pooley
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Thoko Elphick-Pooley, Deputy Director of Program Advocacy and Communications pour l’Afrique à la Fondation Gates soutient qu’il suffit d’une réelle détermination pour éliminer les maladies tropicales négligées sur le continent.
Les maladies tropicales négligées (MTN) font rarement la une de l’actualité, mais elles compromettent l’avenir de générations entières en Afrique subsaharienne.
Elles regroupent plus de vingt maladies infectieuses différentes, parmi lesquelles le trachome, l’onchocercose – également appelée cécité des rivières – et la filariose lymphatique.
Largement évitables et traitables, ces infections touchent pourtant encore plus d’un milliard de personnes[1] dans le monde, principalement dans les communautés des régions tropicales.
Un monde où les MTN ne dictent plus les frontières de la pauvreté, de l’éducation et des opportunités est possible.
“Il ne s’agit pas d’un choix entre les MTN et d’autres priorités. Investir dans l’élimination des MTN, c’est faire avancer l’ensemble de l’agenda sanitaire. C’est pourquoi il faut, aujourd’hui, accélérer plutôt que reculer, et franchir le dernier kilomètre pendant que l’élan est encore de notre côté”
Thoko Elphick-Pooley, Fondation Gates
Et l’Afrique montre que cet objectif est à portée de main. À ce jour, au moins 24 pays africains[2] ont éliminé au moins une MTN, et plus de 500 millions de personnes sont traitées chaque année.
L’an dernier, le Niger est devenu le premier pays africain à éliminer l’onchocercose[3], communément appelée cécité des rivières. Le Sénégal a déclaré que le trachome ne constituait plus un problème de santé publique[4].
Et au Togo, la dracunculose, la filariose lymphatique, la maladie du sommeil et le trachome ont tous été éliminés depuis 2022.
Ces réussites sont le fruit de plusieurs années de leadership africain, de persévérance et de partenariats solides.
Mais l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui vise à ce qu’au moins 100 pays éliminent au moins une MTN d’ici 2030, est aujourd’hui menacé, en raison de pénuries de financement et des perturbations liées à la pandémie de Covid-19.
Les succès récents ne doivent pas être un signal pour ralentir, mais au contraire une invitation à redoubler d’efforts.
Marqueurs flagrants des inégalités
En Afrique, les MTN figurent parmi les marqueurs les plus flagrants des inégalités : plus de 40 % des personnes touchées dans le monde vivent sur le continent.[5]
Elles prospèrent là où la pauvreté est la plus enracinée, où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement demeure insuffisant, où les soins de santé primaires sont difficilement accessibles, et où les effets du changement climatique se font de plus en plus sentir.

Thoko Elphick-Pooley, Deputy Director of Program Advocacy and Communications pour l’Afrique, Fondation Gates. Crédit image : Fondation Gates.
Le changement climatique menace d’étendre les vecteurs de maladies à de nouvelles zones[6], tandis que les systèmes de santé font face à des pressions financières et opérationnelles croissantes.
La hausse des températures, les inondations et l’évolution des régimes de précipitations modifient les zones et les modes de propagation des MTN, exposant des communautés nouvelles, souvent mal préparées.[7]
Par exemple, l’augmentation des températures et des précipitations dans des pays comme le Cameroun et la Côte d’Ivoire accélère directement le cycle de vie des moustiques Aedes et élargit leur habitat, provoquant une recrudescence des épidémies de dengue.[8]
Au-delà de leurs conséquences sanitaires, les MTN alimentent également la stigmatisation et la discrimination, en particulier à l’égard des femmes et des filles, qui en supportent une charge disproportionnée : taux plus élevés de cécité liée au trachome[9], risques accrus pour la santé maternelle, et pertes d’opportunités économiques.
Les enfants touchés peinent à apprendre et à rester scolarisés, tandis que les adultes sont empêchés de travailler, ce qui coûte chaque année des milliards de dollars aux pays en pertes de productivité.[10]
58 pays ont éliminé au moins une MTN
La bonne nouvelle est que les avancées obtenues jusqu’à présent montrent ce qui est possible lorsque les pays maintiennent le cap. À l’échelle mondiale, 58 pays ont éliminé au moins une MTN[11].
L’élimination de la cécité des rivières au Niger[12] est l’aboutissement de plusieurs décennies de distributions massives de médicaments, de lutte antivectorielle et d’initiatives portées par les communautés, menées dans des environnements parmi les plus difficiles.
Au Sénégal, l’élimination du trachome[13] a reposé sur un leadership national constant, l’intégration d’interventions en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène, ainsi que sur un engagement de long terme auprès des communautés.
Mais l’enjeu de l’élimination ne se limite pas aux maladies elles-mêmes. Les programmes de lutte contre les MTN renforcent durablement les systèmes de santé : amélioration de la surveillance, sécurisation des chaînes d’approvisionnement, formation des agents de santé communautaires et renforcement de la confiance entre les communautés et les services de santé.
Ce sont ces mêmes fondations qui permettent de répondre aux flambées épidémiques, de s’adapter aux évolutions liées au climat et d’assurer des soins de santé primaires de qualité.
Sans engagements renouvelés, les progrès pourraient stagner, voire reculer. Renforcer l’action contre les MTN demeure l’un des investissements les plus rentables qui soient.
Prévenir et éliminer ces maladies libère des capacités au sein des systèmes de santé, réduit les coûts de traitement à long terme et consolide les bases nécessaires pour répondre à d’autres priorités sanitaires urgentes.
Pourtant, de nombreux pays africains consacrent bien moins de 10 % de leurs dépenses publiques à la santé[14], loin de l’objectif de 15 % fixé par la Déclaration d’Abuja, tandis que les contributions internationales aux traitements contre les MTN ont chuté de 41 %.[15]
Il ne s’agit donc pas d’un choix entre les MTN et d’autres priorités. Investir dans l’élimination des MTN, c’est faire avancer l’ensemble de l’agenda sanitaire.
C’est pourquoi il faut, aujourd’hui, accélérer plutôt que reculer, et franchir le dernier kilomètre pendant que l’élan est encore de notre côté.
Renforcer les investissements nationaux
Les progrès accomplis en Afrique montrent que l’élimination est à portée de main et démontrent que lorsque l’engagement est durable, les résultats suivent.
La priorité est désormais de renforcer les investissements nationaux, d’approfondir la coopération régionale et de maintenir les efforts collectifs à travers des partenariats entre secteurs public et privé.
La voie à suivre doit privilégier des actions catalytiques ciblant les maladies ayant le plus fort potentiel de contrôle ou d’élimination.
Cette dynamique est déjà à l’œuvre sur le continent, mais les dirigeants communautaires, les gouvernements et les partenaires – parmi lesquels la Fondation Gates – doivent continuer à soutenir les acteurs locaux afin que les programmes nationaux d’élimination restent pleinement aux commandes. À la Fondation Gates, nous sommes fiers de contribuer à ces efforts.
Un exemple concret est celui de notre partenaire Sightsavers : son programme Accelerate en Afrique de l’Ouest affiche des résultats remarquables, avec la distribution de 53 millions de traitements[16] pour prévenir la perte de la vue et l’élimination complète du trachome au Bénin.
En cette Journée mondiale des MTN, le message est clair : la trajectoire est tracée, les outils existent et les partenariats ont fait leurs preuves.
Il s’agit désormais de montrer la détermination requise pour reléguer les maladies tropicales négligées au passé.
Références
[1] Neglected tropical diseases
[2] Neglected tropical diseases elimination in Africa: lessons from regional control programmes
[3] A historic milestone! WHO verifies Niger free of onchocerciasis as the first country on the African continent
[4] Senegal reaches historic milestone by eliminating trachoma
[5] Neglected Tropical Diseases (NTD)
[6] How climate change affects vector-borne diseases
[7] ‘Creeping catastrophe’: Climate change is driving global rise in infectious diseases, leading health experts warn
[8] The impact of climate change on travel-related vector-borne diseases: A case study on dengue virus transmission
[9] Women are most at risk from trachoma: here’s how we can help
[10] Ending the neglect to attain the sustainable development goals: a rationale for continued investment in tackling neglected tropical diseases 2021–2030
[11] World Neglected Tropical Diseases : Unite. Act. Eliminate.
[12] WHO verifies Niger as the first country in the African Region to eliminate onchocerciasis
[13] Senegal reaches historic milestone by eliminating trachoma
[14] African Countries Still Underfunding Health by as Much as 50 Percent
[15] World Neglected Tropical Diseases : Unite. Act. Eliminate