25/02/26

Vulgariser la culture des légumineuses pour préserver les sols et la nature

evancez
La culture des légumineuses (ici, le haricot) est de plus en plus recommandée aux producteurs agricoles. Crédit image: Evancez, CC BY-SA 4.0

Lecture rapide

  • La culture des légumineuses aide à réduire l’usage des engrais chimiques et à ralentir la déforestation
  • Utilisées avec des engrais organiques, elles préservent la fertilité des sols, augmentant les rendements
  • Les experts pensent qu’elles constituent un levier stratégique pour l'agriculture de demain

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[YAOUNDE, SciDev.Net] À la faveur d’une série de webinaires organisés en janvier 2026 par le Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophone (RJSAF), des chercheurs africains encouragent les producteurs agricoles du continent à cultiver les légumineuses parce que, disent-ils, celles-ci aident à restaurer les sols dégradés.

Essohouna Modom Banla, sélectionneur et chef du « Programme légumineuses à graines » à l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA), explique que les légumineuses aident à fixer l’azote atmosphérique, restaurant et améliorant ainsi la fertilité des sols.

Par exemple, « après une culture de l’arachide, on fait suivre une culture de maïs pour que l’azote fixé par l’arachide puisse bénéficier au maïs. Ce sont des plantes qui nécessitent peu d’engrais chimiques, lesquels produisent des gaz à effet de serre et contribuent aux changements climatiques », ajoute-t-il.

“L’intégration des légumineuses dans la rotation des cultures peut contribuer à réduire la déforestation. Car, elles réduisent la nécessité de défricher de nouvelles zones forestières en augmentant la fertilité des sols et les rendements des terres agricoles existantes”

Rajiv Srivastava, Université de Hohenheim à Stuttgart (Allemagne)

La consultante malienne Françoise Agbodjo, spécialiste des mouvements paysans et des politiques semencières, renchérit en affirmant que les légumineuses et l’agroécologie gagneraient à être intégrées dans les politiques environnementales pour soutenir le plaidoyer du retrait des engrais chimiques dans la pratique agricole. « Ces cultures sont des leviers stratégiques pour l’agriculture de demain », soutient-elle.

Ces avis rejoignent les résultats de quelques travaux scientifiques publiés récemment. A l’instar de l’étude publiée en novembre 2025 par une équipe de chercheurs sur le rôle des racines des légumineuses dans la séquestration du carbone et l’amélioration de la santé des sols. Une étude qui soutient que « l’intégration des légumineuses dans l’agriculture améliore la résilience et la durabilité des sols ».

Rajiv Srivastava, chercheur à l’Institut de pédologie et d’évaluation des terres de l’Université de Hohenheim à Stuttgart (Allemagne) et auteur principal de cette étude, fait savoir que « les légumineuses peuvent être intégrées dans les systèmes agricoles afin de favoriser une vie microbienne bénéfique, d’améliorer la structure du sol et de restaurer sa fertilité ».

Dans un entretien avec SciDev.Net, le chercheur ajoute qu’au-delà de leurs avantages agronomiques, les légumineuses peuvent contribuer à diminuer la pression sur l’écosystème.

« L’intégration des légumineuses dans la rotation des cultures peut contribuer à réduire la déforestation. [Car], elles réduisent la nécessité de défricher de nouvelles zones forestières en augmentant la fertilité des sols et les rendements des terres agricoles existantes ».

Au Cameroun, les autorités semblent avoir pris conscience de l’intérêt de promouvoir la culture des légumineuses. Déjà, en septembre 2025 lors d’un atelier national sur la fertilité des sols tenu à Yaoundé, Emmanuel Ndzié, directeur de la fertilisation des sols au ministère de l’Agriculture et du développement rural (MINADER), affirmait que « l’intégration des légumineuses dans les systèmes agricoles constitue aujourd’hui une priorité nationale pour réduire la dégradation des terres et renforcer la sécurité alimentaire ».

Sols fertiles plus longtemps

SciDev.Net apprend d’ailleurs que le MINADER a mis sur pied un projet de développement des céréales et légumineuses à grains consistant à organiser et accompagner les producteurs à travers le pays en leur apportant un soutien technique et en leur fournissant des intrants.

Du côté du Service d’appui aux initiatives locales de développement (SAILD), une ONG active dans le secteur de l’agriculture et de l’élevage, on encourage la production de légumineuses comme le soja, le haricot, le pois cajan et le niébé.

« Nous organisons des ateliers et des formations à l’endroit des agriculteurs sur les avantages de la culture des légumineuses. Nous effectuons la distribution de semences en fonction de chaque zone agroécologique. Des appuis techniques sont également offerts aux agriculteurs pour la culture, la récolte et la commercialisation des légumineuses », décrit Aristide Tchounkeu Nyamsi, assistant technique chargé des questions agricoles au programme des ressources naturelles agricoles au SAILD.

« Cet appui technique consiste en la création de champs de démonstration appelés fermes-écoles où les semences sont mises en terre et la production est suivie. Ou encore à suivre individuellement chaque bénéficiaire dans son exploitation agricole en l’orientant et surtout en résolvant les problèmes qu’il rencontre », poursuit l’expert.

Illustration à Lomié dans l’est du Cameroun où une coopérative agricole expérimente depuis 2022 l’association du niébé avec la culture du maïs. Lors d’un forum agricole organisé en juin 2025, le producteur agricole Jean-Pierre Ndzié qui est membre de cette coopérative déclarait : « Depuis que nous avons introduit le niébé dans nos parcelles, nous avons réduit presque de moitié nos dépenses en engrais chimiques et nos sols restent fertiles plus longtemps ».

Eliminer l’engrais chimique

En effet, le plaidoyer des chercheurs pour l’usage des légumineuses vise à éliminer progressivement le recours à l’engrais chimique dans l’agriculture. Car, « l’utilisation à long terme d’engrais azotés synthétiques peut détériorer progressivement la santé des sols tropicaux, d’autant plus qu’un bon nombre des sols de la région sont déjà fortement érodés et pauvres en matières organiques », explique Rajiv Srivastava.

En outre, ajoute le chercheur, « l’insuffisance des apports organiques, combinée à l’utilisation continue d’engrais, peut réduire l’activité biologique des sols, augmenter leur acidité et accroître la dépendance des agriculteurs à l’égard des apports extérieurs ».

Par ailleurs, SciDev.Net apprend des chercheurs que la fertilité générée par les intrants chimiques demeure souvent artificielle et difficilement soutenable, surtout dans les systèmes agricoles tropicaux soumis à de fortes pressions climatiques ; ce qui pousse les producteurs à souvent détruire la végétation pour conquérir de nouvelles terres agricoles.

Or, martèle Simon Djakba Basga, chercheur à l’’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) au Cameroun, « les légumineuses peuvent remplacer les engrais chimiques dans la mesure où elles sont capables de fournir l’azote, un nutriment qui constitue jusqu’à 46% de l’urée ».

Cependant, ce dernier fait savoir qu’il y a d’autres éléments comme le phosphore et le potassium que les légumineuses ne peuvent pas apporter. « Pour pallier cela, on utilise des engrais organiques comme le compost, les fientes de poules, le biochar, les poudres de roches… qui peuvent apporter ces éléments en petites quantités », dit-il.

En somme, soutient le chercheur, avec les légumineuses associées aux engrais naturels, on vise une gestion durable des sols et de l’environnement en limitant l’utilisation des engrais chimiques.