10/04/26

RDC : Près de 97% des femmes enceintes privées d’assurance maladie

Women at the hospital
Pour les auteurs de l'étude, les femmes enceintes sont un groupe vulnérable ayant des besoins accrus en matière de santé. Crédit image: USAID Mozambique (Public Domain Mark 1.0)

Lecture rapide

  • Seulement 3% des femmes enceintes bénéficient d’une couverture d’assurance maladie
  • Le manque de financement et d’information fait partie des facteurs qui expliquent cette situation
  • L’Etat devrait développer des programmes d’assurance maladie adaptés au contexte local

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[BUKAVU, SciDeV.Net] En RDC, une étude montre que la couverture d’assurance maladie des femmes enceintes et des nouvelles mères reste extrêmement faible, à 3 %.

Cette faible couverture est, entre autres, attribuée à des contraintes financières et à un manque d’information.

Alexis Nyamugira, enseignant à l’université de Greifswald en Allemagne et principal auteur de l’étude, déclare que l’absence de couverture d’assurance maladie contribue à l’appauvrissement de millions de personnes chaque année, en raison des dépenses de santé « catastrophiques ».

“Toute la population devrait être couverte par une assurance maladie soit étatique  ou privée afin de garantir un accès à des soins de meilleure qualité, gage d’une population en bonne santé qui est un pilier du développement économique”

Liévin Muhindo, Hôpital provincial général de référence de Bukavu

« Dans ce contexte, nous avons décidé de focaliser notre recherche sur le rôle potentiel de l’assurance maladie comme mécanisme de protection financière, en particulier dans le domaine de la santé maternelle et infantile en RDC », explique le chercheur.

« Les femmes enceintes et les enfants constituent en effet des groupes particulièrement vulnérables, avec des besoins accrus en matière de soins de santé », ajoute le chercheur.

Or, poursuit-il, « en l’absence d’une couverture d’assurance maladie, il est légitime de s’interroger sur les stratégies de financement des soins adoptées par ces populations et sur les conséquences potentielles pour leur santé et leur bien-être ».

À en croire cette source, l’étude met en évidence que l’absence d’assurance maladie entraîne des répercussions négatives sur les indicateurs de santé, notamment en matière de santé maternelle et infantile.

« Notre recherche a montré que de nombreux ménages ne bénéficient pas d’une couverture d’assurance maladie, en partie parce qu’ils ne perçoivent pas pleinement l’importance de cette protection pour l’accès à des soins de qualité, en particulier en ce qui concerne la médecine préventive », confie-t-il.

Obstacle majeur

Les résultats de l’étude révèlent également une insuffisance marquée de la littératie (la motivation et les compétences des individus à accéder, comprendre, évaluer et utiliser l’information en vue de prendre des décisions, ndlr) en matière de santé et d’assurance au sein de la population congolaise, ce qui constitue un obstacle majeur au bien-être individuel et collectif.

« Cette méconnaissance limite l’utilisation des services de santé et entrave l’adoption de comportements favorables à la prévention des maladies », soutient Alexis Nyamugira, contacté par SciDev.Net.

Liévin Muhindo, chirurgien à l’hôpital provincial général de référence de Bukavu (HPGR), affirme que l’étude est bénéfique pour la communauté dans la mesure où elle met en évidence un problème social important qui touche toutes les couches de la population, en faisant ressortir la problématique, les causes et en proposant des pistes de solution.

Le spécialiste affirme qu’au regard du contexte congolais actuel (social, économique et sécuritaire) « le secteur de la santé est particulièrement touché, avec des populations sans couverture sanitaire et avec un pouvoir d’achat trop faible ne permettant pas de se faire soigner dans les structures tant privées que publiques ».

« Dans une société civilisée, toute la population devrait être couverte par une assurance maladie soit étatique (comme en France) ou privée (comme aux États-Unis) afin de garantir un accès à des soins de meilleure qualité, gage d’une population en bonne santé qui est un pilier du développement économique », précise cette source.

Nshokano Mapatano, médecin traitant à l’hôpital général de référence de Kalehe, salue les résultats de cette étude et soutient que « les femmes enceintes et les enfants ont besoin d’un accès aux soins de santé et d’une intervention rapide pour être épargnés du danger ».

Pour lui, le gouvernement congolais devrait s’impliquer activement pour pallier le problème d’accès de ces couches vulnérables aux soins de santé, en mobilisant des moyens et en renforçant les partenariats avec des organisations qui peuvent appuyer le secteur de la santé au pays.

Gratuité de la maternité

Justin Bayubasire, médecin au Programme national de santé de la reproduction à la Division provinciale de la santé au Sud-Kivu (DPS), ne semble pas partager les résultats de cette étude. Selon lui, l’accès des femmes enceintes aux soins de santé du Sud-Kivu est effectif.

« Chaque année, il y a des données que nous générons et que les structures sanitaires nous envoient ici à la DPS. En 2024, les accouchements réalisés dans notre province par un personnel qualifié concernaient 450 712 femmes enceintes », rapporte-t-il.

Il ajoute qu’avec ces statistiques, « on est à 94,6% des accouchements assistés par un personnel qualifié. Nous nous efforçons de permettre aux femmes enceintes d’accéder aux soins de santé. En 2023, l’accès des femmes enceintes dans les établissements était de 97,4 % », ajoute ce dernier.

À en croire ses explications, le Sud-Kivu bénéficie du programme de la gratuité de la maternité, « une avancée significative, estime-t-il, qui renforce l’accès des femmes enceintes aux soins de santé ».

« La gratuité de la maternité est déjà effective dans 23 zones de santé sur les 34 zones que compte la province du Sud-Kivu. Dans les 23 zones de santé, il y a des structures sanitaires qui sont sélectionnées aussi pour offrir les soins gratuitement aux femmes enceintes et aux femmes qui veulent accoucher », ajoute-t-il.

Pour lui, les autorités sanitaires au niveau national devraient plutôt renforcer l’accès des femmes enceintes aux soins de santé en mettant fin aux ruptures des intrants de santé de la reproduction dans les zones de santé du Sud-Kivu.

Elles devraient aussi doter les maternités en matériels et équipements de prise en charge, étendre la gratuité de la maternité aux 34 zones de santé de la province, mais aussi appuyer le fonctionnement des établissements de soins de santé qui offrent la gratuité de la maternité.

Elargir l’accès à l’assurance maladie

Alexis Nyamugira insiste sur « la mise en place de politiques publiques visant à élargir l’accès à l’assurance maladie, en ciblant particulièrement les groupes vulnérables tels que les femmes enceintes et les enfants ».

Pour lui, il est crucial de renforcer les mécanismes de financement de la santé et de développer des programmes d’assurance maladie adaptés au contexte local, afin de réduire les barrières financières à l’accès aux soins.

Il poursuit en précisant qu’il est indispensable d’améliorer la littératie en santé et en assurance au sein de la population, à travers des campagnes d’information et de sensibilisation.

« L’implication des acteurs communautaires et des professionnels de santé dans ces initiatives serait déterminante pour accroître l’adhésion à l’assurance maladie et instaurer une véritable culture de protection sociale en RDC », conclut-il.