06/01/26
Madagascar actionne son plan d’urgence pour contrer le Mpox
Par: Rivonala Razafison
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[ANTANANARIVO, SciDev.Net] Madagascar est à son tour touché par l’épidémie de Mpox, anciennement appelée « variole du singe ». Les cinq premiers cas confirmés, après des analyses effectuées par le Laboratoire d’analyses médicales malagasy (LA2M) et par l’Institut Pasteur de Madagascar, ont été enregistrés dans la ville côtière de Mahajanga, au nord-ouest de la Grande Île.
L’épidémie s’est ensuite propagée à Antananarivo, la capitale, et dans la région du Vakinankaratra, où un cas confirmé a été signalé à Antsirabe, chef-lieu de la région. Les cas confirmés sont hospitalisés et une quarantaine de cas suspects sont sous surveillance, a indiqué le Premier ministre malgache, Herintsalama Rajaonarivelo, au cours d’une sortie médiatique le 4 janvier.
SciDev.Net a appris qu’au ministère malgache de la Santé publique, on procède actuellement à une recherche active des cas afin de briser rapidement la chaîne de transmission. Une source en service dans ce ministère indiquant que les prélèvements effectués chez les cas suspects se sont tous révélés négatifs jusqu’ici.
“Sur le plan sociologique, dès que l’existence de la maladie est signalée, il convient de mobiliser sur-le-champ tous les autres départements en prise directe avec le quotidien des habitants, comme les ministères de la Population, de la Sécurité publique, de la Défense nationale et la gendarmerie, afin de prévenir les populations à temps”
Barbin Ramahefasoa, université de Mahajanga, Madagascar
À Mahajanga, les zones de grande affluence, comme les marchés, les gares routières et les frontières (port et aéroport en particulier), sont placées sous surveillance permanente. Cependant, les origines exactes de la maladie restent encore à déterminer.
« Je ne suis pas en mesure de fournir des précisions. Tout ce que nous savons, c’est que des professionnels du sexe (hommes et femmes), auscultés par les médecins référents, ont présenté des symptômes. Au final, ils ignorent lesquels de leurs partenaires les ont contaminés », fait savoir Julio Andriatiana Ramilijaona, directeur régional de la Santé publique de Boeny, région dont Mahajanga est la capitale.
Face à cette situation, des mesures de prévention, telles que la recherche active d’autres personnes malades ou susceptibles d’avoir contracté le virus par le traçage des contacts, ont été renforcées par les autorités.
La mise en place d’un centre opérationnel d’urgence de santé publique s’est également accompagnée de la mise à jour du plan national de contingence pour enrayer la propagation de l’infection virale sur le territoire.
Toutes les personnes ayant été en contact avec les personnes infectées ont été invitées à se rendre d’urgence dans les centres de santé les plus proches. Les individus présentant des symptômes sont exhortés à faire de même.
Port du masque
Aussi, une décision du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, prise le 4 janvier, rend-elle obligatoire le port du masque dans tous les établissements qui y sont rattachés, notamment les universités, les écoles et instituts, les centres de recherche et le Centre national de télé-enseignement de Madagascar. L’objectif est d’éviter tout risque de contamination, précise le ministère.
Son homologue de l’Éducation nationale a prescrit la réactivation des comités de vigilance au niveau des écoles « face au risque de propagation et afin de gérer au mieux la situation d’urgence », selon un communiqué publié le 5 janvier.
Dans le but de préserver la santé des élèves ainsi que des personnels enseignants et administratifs, le respect strict des règles d’hygiène est recommandé.
Notamment le lavage régulier des mains à l’eau et au savon, le port du masque, le respect d’une distance physique minimale d’un mètre et l’interdiction formelle du partage d’objets à usage personnel,
Barbin Ramahefasoa, sociologue et enseignant-chercheur à l’université de Mahajanga, estime que l’insalubrité pourrait avoir favorisé la propagation de cette maladie. « Je ne connais pas les conditions d’apparition de cette épidémie. Mais, à mon sens, ses origines ne sont pas loin de celles de maladies comme la gale de Norvège », dit-il.
Pour lui, c’est désormais la gestion de l’épidémie qui importe le plus. « Toute maladie fait peur et une épidémie crée toujours un malaise dans la société. Le calme, la sérénité et l’apaisement sont donc indispensables à la gestion de la situation, même si l’apaisement total est utopique », confie-t-il à SciDev.Net.
Ce dernier émet également des réserves sur le fonctionnement du ministère de la Santé publique. Selon l’enseignant-chercheur, la déclaration de l’existence de l’épidémie à la population ne doit pas attendre les confirmations des laboratoires.
« Techniquement, il faut y passer. Mais, sur le plan sociologique, dès que l’existence de la maladie est signalée, il convient de mobiliser sur-le-champ tous les autres départements en prise directe avec le quotidien des habitants, comme les ministères de la Population, de la Sécurité publique, de la Défense nationale et la gendarmerie, afin de prévenir les populations à temps », soutient-il.
Contamination mutuelle
Il propose aussi la révision du « centralisme fort » auquel l’administration malgache reste attachée. « Avant leur diffusion, toutes les informations sont soumises au rituel de vérification à Antananarivo, alors que les faits sont ici, chez nous », relève le sociologue.
À l’en croire, rien n’est isolé dès qu’il s’agit de l’homme, de l’être humain et de la population. « La création d’un milieu apaisé face à une épidémie n’attend pas la validation technique de la capitale », ajoute-t-il.
L’annonce des cas de Mpox à Madagascar a également mis les défenseurs de l’environnement et les acteurs de l’industrie du tourisme en état d’alerte.
Le ministère de l’Environnement et du Développement durable a énoncé des mesures supplémentaires à appliquer lors de la visite des parcs et des aires protégées afin d’éviter tout contact entre les humains et les animaux sauvages, notamment les lémuriens.
En effet, les lémuriens-une espèce emblématique de Madagascar, qui représente 20 % des primates non humains dans le monde, sont susceptibles de contracter la maladie.
« Les primates et les humains sont des cousins. Le nombre de leurs chromosomes est proche. Cette proximité génétique fait qu’ils peuvent se contaminer mutuellement », explique Jonah Ratsimbazafy, président du Groupe d’étude et de recherche sur les primates de Madagascar