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  • Les satellites permettent d’accéder à des données capitales sur la sécurité des volcans

Geoff Wadge, expert en vulcanologie, explique comment la Charte internationale Espace et Catastrophes Majeures a contribué à la gestion d’une éruption volcanique à Montserrat.

La Charte internationale Espace et Catastrophes Majeures a pour objectif de fournir à temps, en cas d’urgence, des données satellitaires ciblées. Elle permet aux gestionnaires des catastrophes d’avoir accès aux zones à risques grâce aux détecteurs à bord des satellites qui sont gérés en partenariat par différentes agences spatiales coopératrices.

L’expérience tirée de Montserrat, une petite île des Caraïbes, montre que ces données peuvent être d’une valeur inestimable. Elles peuvent s’avérer cruciales pour l’efficacité d’une planification d’une intervention d’urgence si l’expertise locale est déjà focalisée sur le problème et prête à intervenir rapidement.

Le volcan Soufrière Hills, à Montserrat, est actif depuis plus de 14 ans. Il y a bien sûr des mois sans dangers, mais il y a souvent des périodes de très grand risque. Le gouvernement gère ce risque fluctuant en maintenant les deux-tiers du sud de l’île non habités, pendant que la population continue à vivre dans une zone qui peut être facilement évacuée en cas de danger immédiat.

Ainsi, lorsque le volcan est entré en éruption le 28 juillet 2008, faisant pleuvoir des fragments de pierre ponce de la taille d’un poing au-dessus des zones habitées, le gouvernement a ordonné l’évacuation de la population qui vivait aux abords du volcan.

Alors que le volcan rejetait du magma, les scientifiques de l’Observatoire volcanologique de Montserrat (MVO) enregistraient des séries de secousses sous le Soufrière Hills,. L’explosion a-t-elle rendu le volcan plus dangereux ? Sera-t-il moins dangereux dans les semaines à venir ? Dans ce cas de fufure l’évacuation pourra-t-elle être stoppée ?

Une enveloppe de nuages

Dans les années qui ont précédé l’explosion, un large dôme de lave de quelques centaines de mètres de diamètre s’était constitué. S’il s’était propagé, des coulées ‘pyroclastiques’ mortelles de gaz brûlant et de pierres incandescentes se seraient répandues en direction des zones occupées. L’explosion avait-elle rendu ce dôme plus instable ? Pour y répondre, les scientifiques devaient l’observer. Mais, la Soufriere Hills était recouvert de nuages.

A la même époque, l’un des scientifiques du MVO venait de suivre une formation en télédétection pour la gestion des catastrophes et avait entendu parler de la charte internationale. Connaissant mon expertise en télédétection des volcans, il m’a contacté et, le 29 juillet, nous avons activé cette charte par l’intermédiaire du gouvernement du R-U (Montserrat est un territoire dépendant du Royaume-Uni).

Nous avions besoin d’images détaillées du dôme de lave noyé sous les nuages, pour en examiner les détails et constater les changements qui s’étaient produits avant et après l’explosion. Seul un radar pouvait voir à travers les nuages. Plusieurs radars de satellites, mis à disposition par la Charte, ont alors reçu l’ ordre d’enregistrer des images.

Le monstre vu de près

Nous craignions cependant que les données transmises par ces radars n’aient pas une résolution suffisamment élevée. Or, le radar civil qui possède la plus haute résolution, le TerraSAR-X, appartient à l’Agence spatiale allemande (DLR), qui n’est pas encore signataire de la Charte. Heureusement, la DLR a accepté de collecter des données de TerraSAR-X au-dessus de la Soufriere Hills et nous avons reçu de nouvelles images le 2 août. Plus important encore, ils nous ont également transmis des images antérieures à l’explosion, qui nous ont permis de voir les changements.

L’étude des deux séries d’images nous a permis, le même jour, de constater les changements intervenus à la surface du dôme et d’apporter une réponse à notre question : l’explosion avait bien créé une autre cheminée, relativement petite, à travers le dôme de lave mais ne l’avait pas rendu moins stable pour autant.

L’OVM a soumis cette conclusion au comité de protection civile de Montserrat qui, le 6 août, a annulé l’ordre d’évacuation et autorisé les populations à retourner chez elles. Ce n’est qu’une semaine plus tard (14 août) que les nuages se sont éclaircis suffisamment pour confirmer l’interprétation des radars.

Charte, expertise... et chance

Il ne fait aucun doute que les données satellitaires obtenues grâce à l’existence de la Charte ont permis de proposer une réponse efficace à ce risque naturel. Et si l’on peut penser que la résolution du problème n’a en rien été facilité par la Charte, c’est bien son analyse qui a conduit la DLR à nous venir en aide.

Mais la Charte en elle-même n’était pas le seul facteur de notre succès. En effet, Montserrat possédait une expertise spécifique en télédétection et surveillait déjà le comportement du volcan avant cette crise. Les scientifiques ont donc procédé à l’identification des besoins, notamment en matière de satellite, et ont su à qui s’adresser pour obtenir des données rapidement (la Charte). En effet, commencer ‘par le commencement’ aurait pris plus de temps ou les aurait fait passer à côté de la solution.

L’ autre facteur de chance est le TerraSAR-X, qui avait déjà enregistré des images ‘antérieures’ du volcan.

Peut-on mieux faire la prochaine fois ? Le succès de l’opération grâce à la possession d’images « antérieures » illustre la nécessité de constituer des archives mondiales d’images satellitaires pour aider à faire face aux futures catastrophes. La signature de la Charte par la DLR permettrait d’officialiser également l’accès à ses précieuses ressources.

Par ailleurs, si le gouvernement britannique a réagi rapidement, les coordonnées dont nous avions besoin pour activer la Charte n’étaient pas facilement disponibles sur Internet. Seuls les utilisateurs autorisés provenant des pays signataires de la Charte peuvent avoir accès aux images. Ni le British National Space Centre ni la Charte elle-même n’avait l’information personne-ressource disponible en ligne.

De notre côté, nous aurions pu être mieux préparés si nous avions défini en amont les archives nécessaires à la mise en place de notre réaction face au type de scénario auquel nous nous sommes heurtés le 28 juillet 2008.

Geoff Wadge est professeur au Centre de la science des systèmes environnementaux, à l’Université de Reading, au Royaume-Uni, et président du Foreign and Commonwealth Office's Scientific Advisory Committee sur l’activité volcanique à Montserrat.