Rapprocher la science et le développement

  • La télédétection appliquée aux catastrophes naturelles : Faits et chiffres

Sian Lewis explique comment la tldtection peut contribuer l'amlioration de la gestion des catastrophes naturelles et met en vidence les initiatives et les dfis dans ce domaine.

On appelle risques naturels les vnements gophysiques ou climatiques extrmes, notamment les sismes, les ruptions volcaniques, les glissements de terrain, la scheresse, les inondations, les cyclones et les incendies qui menacent les personnes et leurs biens. Lorsque ces phnomnes dtruisent des vies humaines et des moyens de subsistance, ils deviennent catastrophes naturelles. Depuis le dbut du sicle, la base de donnes recensant ces vnements et baptise Emergency Events Database (EM-DAT) a enregistr une moyenne de 397 catastrophes naturelles chaque anne.

Plus de 95 pour cent des dcs dus aux catastrophes naturelles se produisent dans les pays en dveloppement (voir Figure 1). Cette vulnrabilit particulire est due aux fortes densits de population et la mauvaise qualit des infrastructures dans ces pays, autant de facteurs auxquels s'ajoutent des formes de relief instables et une exposition aux vnements climatiques extrmes.

La tldtection -le nom donn la science de l'acquisition de l'information sur la Terre grce l'utilisation d'instruments distance tels que les satellites - peut, de par sa nature, contribuer la gestion des catastrophes. Les satellites offrent des donnes prcises, rgulires et quasiment instantanes sur de vastes zones, n'importe o dans le monde. Quand une catastrophe se produit, la tldtection est souvent le seul moyen de voir ce qui se passe sur le terrain.

Figure 1. Nombre de victimes des catastrophes naturelles par 100.000 habitants entre 1976 et 2005. Source: EM-DAT

Pas plus tard que l'an dernier (2008), les catastrophes naturelles ont touch 214 millions de personnes, faisant plus de 235.000 victimes, et cotant plus de US$ 190 milliards. [1]

S'il est impossible d'empcher les vnements naturels, les catastrophes potentielles peuvent tre gres en vue de rduire les pertes en vies humaines.Cette gestion s'effectue dans un cycle en quatre tapes: attnuation, prparation, rponse et reconstruction (voir encadr 1).

Encadr 1 : Le cycle de gestion des catastrophes en quatre tapes

- Attnuation. Initiatives de long terme pour viter que les risques ne se transforment en catastrophes, ou pour en rduire les dgts. Il s'agit, entre autres, de mesures structurelles comme la cration de barrages anti-inondations ou le renforcement de constructions, ou de mesures non-structurelles comme l'valuation du risque et la planification de l'occupation des sols.

- Prparation. Planification pralable la catastrophe, notamment l'laboration de stratgies de communication, de systmes d'alerte rapide, et constitution de stocks d'urgence et de bien de secours.

- Rponse. Mise en uvre de plans d'urgence aprs une catastrophe. Notamment la mobilisation des services d'urgence, la coordination de la recherche et des secours, et cartographie de l'ampleur des dgts.

- Reconstruction. Rhabilitation d'une rgion, souvent travers la reconstruction et la rhabilitation des infrastructures, avant de se concentrer nouveau sur des mesures d'attnuation.

Figure 2 : Cycle de gestion des catastrophes

Les applications de la dtection la gestion des catastrophes sont nombreuses, partant de la modlisation du risque et de l'analyse de la vulnrabilit, l'alerte prcoce et l'valuation des dgts (voir Tableau 1).

Evaluation des dommages ;planification de l'occupation des sols.

Eclairer les dcisions d'attnuation des effets de la scheresse.

Evaluation du parc de logements; cartographie du risque.

Cration des voies d'vacuation pour les recherches et les secours ;

Suivi de la pluviomtrie et de la stabilit des versants.

Tableau 1 : Possibles applications de la tldtection la gestion des catastrophes

Plusieurs types de satellites sont ddis l'observation de la Terre, la zone et la frquence de leurs observations variant. Deux types de satellites sont particulirement bien adapts la gestion des catastrophes, et se rvlent complmentaires. Les satellites en orbite polaire oprent une altitude relativement basse (souvent environ 1000 km au-dessus de la Terre), fournissant une rsolution spatiale relativement haute. Mais ils ne collectent des donnes au-dessus du mme point qu'une fois tous les 5, 10 ou 20 jours. Les satellites gostationnaires, au contraire, sont positionns une altitude relativement plus leve (environ 36.000 km). Ils orbitent autour de la Terre la mme vitesse que la Terre tourne autour de son axe, restant ainsi la mme position au-dessus de la Terre et observant la totalit de la sphre de la Terre en dessous. Leurs donnes spatiales sont beaucoup plus brutes, mais sont collectes au mme point toutes les 15 minutes environ.

Chaque satellite est equip d'un ou de plusieurs capteurs qui prennent des mesures en diverses longueurs d'onde. Plusieurs de ces capteurs sont utiles pour le suivi des catastrophes: les capteurs thermiques dtectant les incendies, les capteurs infrarouges pouvant dtecter les inondations, tandis que les capteurs micro-ondes (capables de percer les nuages et la fume) peuvent servir mesurer les dformations de la Terre avant et lors des sismes et des ruptions volcaniques (voir Tableau 2).

SPOT ; Landsat TM ; AVHRR ; MODIS

Tableau 2 : Applications des diffrentes longueurs d'onde la gestion des catastrophes

Acronymes : Satellite pour l'Observation de la Terre (SPOT) ; Cartographie thmatique -Thematic Mapper (TM) ; Radiomtre perfectionn trs haute Rsolution (AVHRR) ; Spectro-radiomtre Imageur Rsolution moyenne (MODIS) ; Radiomtre spatial perfectionn pour la Mesure de la Rflectance et des Emissions thermiques terrestres (ASTER) ; Instrument panchromatique Camra stro (PRISM) ; Radar Synthse d'Ouverture (SAR) ; Radar Synthse d'Ouverture, Bande L Dploiement phas (PALSAR) ; Mission de Mesure des Prcipitations tropicales (TRMM) ; Mesures globales des Prcipitations (GPM) ; Radiomtre perfectionn micro-ondes (AMSR-E) ; Sondeur infrarouge avanc (AIRS)

La scheresse, et la famine qu'elle peut entraner, constituent une catastrophe majeure dans le monde en dveloppement, surtout en Afrique. A la diffrence de nombreuses catastrophes naturelles, la famine s'installe lentement et peut tre prvue des mois l'avance.

Les prvisions climatiques long terme, dduites des observations par satellites, peuvent ainsi contribuer l'imagination de divers scnarios avant ou pendant le dbut du cycle vgtatif. Pendant toute la saison, les donnes pluviomtriques fournies par le satellite peuvent contribuer au suivi des conditions de croissance et permettre de prvoir l'humidit du sol. Et la fin de la saison, la vgtation observe par le satellite peut contribuer l'valuation du rendement probable des cultures. [2]

Le Rseau du Systme d'Alerte prcoce (Famine Early Warning Systems Network, ou FEWS NET) financ par l'USAID, assure le suivi de la scurit alimentaire au moyen de satellites. Il utilise des indices sur la vgtation, calculs partir de capteurs, dont AVHRR, MODIS et ceux monts sur SPOT, pour suivre la vigueur et la densit de la vgtation et identifier les problmes mesure qu'ils apparaissent. Il procde des estimations de la pluviomtrie grce aux donnes infrarouges fournies par Meteosat, ajoutes aux relevs pluviomtriques et aux observations par les satellites micro-ondes, afin de modliser les systmes hydrologiques et d'estimer les consquences probables des conditions climatiques sur l'agriculture. FEWS NET compare galement les tendances pluviomtriques sur le long terme.

En combinant les donnes fournies par les satellites avec les analyses rgionales de prix, les rserves de graines, les conditions politiques et les intrants agricoles, FEWS NET fournit des alertes prcoces efficaces sur les situations o la scheresse est susceptible d'entraner des pnuries alimentaires.

FEWS NET n'est pas la seule initiative ayant recours aux donnes satellitaires pour les prvisions et le suivi de la scheresse et de la famine.Le projet Global Monitoring for Food Security financ par l'Agence spatiale europenne (ESA) fournit galement des services d'alerte rapide sur la famine en Afrique sub-saharienne.

Le Programme agricole, hydrologique et mtorologique (AGRHYMET) en Afrique occidentale, le Centre de Prvisions et d'Applications climatiques (ICPAC) de l'IGAD gr par l'Autorit intergouvernementale de Dveloppement en Afrique de l'Est, et l'Unit rgionale de Tldtection de la Communaut de Dveloppement d'Afrique australe effectuent galement des activits similaires.

Le problme dans cette partie du monde rside davantage dans la rponse que dans la prvision. En d'autres termes, la difficult consiste s'assurer que l'information soit la disposition des dcideurs et qu'un plan d'urgence soit ensuite mis en uvre.

Surveillance des inondations

Les satellites peuvent galement contribuer la surveillance des inondations et livrer des informations utiles aux quipes de secouristes.

Les satellites tels que le TRMM peuvent mesurer et tablir la cartographie des prcipitations, aider prvoir les fortes pluies et les inondations. Sentinel Asia, une agence compose de 51 organisations de 18 pays, fournit des donnes de tldtection par Internet sous la forme d'informations faciles interprter la fois pour l'alerte rapide et l'valuation des dgts sur tout le continent asiatique.

L'agence utilise le systme de surveillance et de mesure des cours d'eau de l'Observatoire des Inondations de Dartmouth (Dartmouth Flood Observatory ou DFO), fond sur les donnes fournies par AMSR-E, pour tablir la cartographie des risques d'inondation et prvenir les gestionnaires de catastrophes et les habitants des zones exposes aux inondations sur la probabilit de sortie des cours d'eau de leur lit.

La NASA utilise galement les analyses du DFO sur les bassins hydrographiques dans le monde dans son sensorWeb inondation. Le rle du sensorWeb est d'alerter automatiquement les gestionnaires de catastrophes et les organismes publics sur les menaces imminentes d'inondations. Il dtecte les anomalies sur les dbits et les volumes des cours d'eau partir de l'Atlas actif des grandes Inondations du DFO. Une telle dtection suscite ensuite la contribution des satellites comme MODIS pour des donnes de haute rsolution sur la zone en question. Ces donnes sont alors immdiatement analyses et transmises aux scientifiques et partenaires locaux concerns. [3]

Les sensorWebs sont tout aussi utiles pour d'autres types de catastrophes, notamment les volcans, les incendies et les temptes de poussire; il leur faut simplement des donnes satellites diffrentes, en fonction des variables qui sont suivies. Le sensorWeb des volcans, ainsi, se fonde sur MODIS et AVHRR pour dtecter l'activit volcanique en se basant sur les alertes thermiques. Il cherche les points chauds, diffrents de la rgion environnante (sans briller). Les alertes dclenchent alors des observations du capteur du satellite Hyperion de la NASA, hautement sensible aux infrarouges thermiques.

Les alertes thermiques mises par MODIS alimentent galement un capteur sensorWeb ddi aux incendies. Le Systme de Rponse rapide de MODIS fournit quotidiennement des images presque en temps rel (quelques heures aprs la collecte des donnes). Ces images montrent les points chauds et provoquent des demandes adresses d'autres satellites pour qu'ils collectent davantage d'information sur l'incendie en cours.

Et MODIS produit galement des cartes monddiales du feu qui montrent les incendies au cours des dix derniers jours (voir Figure 2). Ce systme de cartographie active des incendies est utilis par une vaste gamme de programmes de surveillance des feux, dont Sentinel Asia, l'Observatoire mondial des Incendies et le systme rgional de visualisation et de surveillance SERVIR, qui couvre l'Amrique latine et les Carabes.

Figure 3 : Carte mondiale des incendies produite par MODIS entre le 9 et le 18 aot 2009

MODIS est galement l'une des composantes essentielles du Systme d'Information avance sur les Incendies (Advanced Fire Information System ou AFIS) sud-africain, qu'il aide dtecter les points chauds. Les donnes sont combines avec l'information sur le vecteur vent pour calculer la trajectoire des incendies actifs. L'AFIS utilise cette information pour dclencher un systme d'alerte automatique pour prvenir les populations au cas o un incendie volue dans leur direction (voir Feux: Localisation par satellites et alerte par tlphone portable)

A l'heure actuelle, les sismes sont difficiles prvoir. Mais la tldtection pourrait amliorer les prvisions grce au Radar interfromtrique Ouverture synthtique (Interferometric Synthetic Aperture Radar ou InSAR). Cette technique combine au moins deux images radar squentielles pour mesurer les mouvements du sol avec une grande prcision, l'chelle de quelques centimtres (voire quelques millimtres). Les instruments de l'InSaR, comme le PALSAR, sont dj couramment utiliss aprs les sismes pour valuer les dommages et l'tendue du mouvement et de la dformation du sol.

La tldtection montre toute son utilit dans la facilitation des secours d'urgence et l'valuation des dommages aprs un sisme. L'imagerie de haute rsolution capte partir de plusieurs satellites peut ainsi aider les quipes de recherche et de secours se dplacer dans les villes, et amliorer l'valuation des pertes conomiques.

L'Organisation mondiale de Surveillance plantaire pour la Rduction des Risques sismiques (WAPMERR) a recours la tldtection pour amliorer la connaissance sur le parc de logements, par exemple le nombre et la hauteur des btiments. L'imagerie de haute rsolution peut galement contribuer l'tablissement de la carte du risque pour orienter les codes de la construction et les stratgies de prparation aux catastrophes.

Encadr 2 : Le sisme du Sichuan

Au mois de mai 2008, un sisme de 7,9 sur l'chelle de Richter, le plus puissant tremblement de terre depuis 1976, a frapp la province chinoise du Sichuan. Il a fait plus 87.000 morts et touch environ 45 millions de personnes dans dix provinces. Environ 12,5 millions d'animaux sont morts et plus de 26 millions de constructions ont t endommages (dont environ 5 millions entirement effondres). Les pertes conomiques ont t estimes US$ 85 milliards. [1]

L'ampleur de cette catastrophe, les fortes pluies, l'inaccessibilit de la rgion et le risque de rpliques et de glissements de terrain ont gn les efforts d'intervention rapide. Les donnes de tldtection se sont ainsi avres indispensables dans cette crise.

Le Centre chinois de Prparation aux Catastrophes (National Disaster Reduction Center of China ou NDRCC) a pris les devants pour utiliser les donnes de tldtection pour appuyer les secours d'urgence. Dans la demi-heure suivant le sisme, le Centre avait produit la premire carte des dgts. Au cours des semaines qui ont suivi, le NDRCC a reu et interprt plus de 1300 images filmes par 22 capteurs pour suivre et valuer la zone sinistre. Plusieurs organismes publics chinois et les experts en cartographie travers le monde ont apport leur appui ce travail.

La tldtection a contribu l'orientation des secouristes, l'identification et l'attnuation des dangers supplmentaires. Les glissements de terrain avaient cr plus de 30 barrages naturels sur des cours d'eau, aggravant ainsi le risque d'inondation et de coule de dbris. Le barrage qui s'tait form Tangjiashan avait retenu de l'eau menaant plus de 1,3 millions de personnes. [4] L'imagerie satellitaire avait contribu la surveillance de ces barrages et aux efforts d'vacuation directs.

Les donnes rassembles aprs le sisme ont galement t utilises pour des tudes plus long terme visant aider mieux comprendre les cycles sismiques et l'volution des failles. Ainsi, dans le cadre du Programme Dragon 2 financ par l'Agence spatiale europenne, une quipe sino-europenne a utilis les donnes produites par l'InSAR pour valuer la dformation et tablir une cartographie du mouvement du sol la suite du sisme (voir Figure 3). [5]

Figure 4 : Imagerie InSAR de la dformation du sol pendant et aprs le sisme de mai 2008 dans la province du Sichuan. Les courbes arc-en-ciel montrent le mouvement du sol pendant et aprs le sisme. Source : Jianbao Sun, IGCEA, Seismology and Geology, No. 3, 2008

Depuis des dcennies, les mtorologues ont recours aux images satellitaires pour surveiller les temptes. Ainsi, le Programme des Cyclones tropicaux de l'Organisation mondiale de la Mtorologie utilise les observations par satellites, associes aux relevs et la modlisation mtorologiques, pour produire les alertes sur les cyclones. Ces donnes permettent d'estimer la position du cyclone, sa direction et sa vitesse, les vitesses maximales du vent, les zones susceptibles d'tre touches, et de probables ondes de tempte.

La Baie du Bengale est particulirement vulnrable aux cyclones (voir Les cyclones dans l'Ocan indien : Faits et Chiffres), et l'Inde se base sur les donnes satellitaires dans le cadre d'un vaste programme de prparation et de rponse.

Les satellites indiens Kalpana-1 et INSAT-3A portent des capteurs qui collectent les donnes mtorologiques en longueurs d'onde visible, proche infrarouge et infrarouge mdian. Ces donnes fournissent des informations sur les dplacements des nuages, la temprature de surface des ocans et la pluviomtrie. [6]

Un rseau de centres d'alerte sur les cyclones analyse les donnes et lance des alertes en temps opportun sur les menaces de cyclones. Ces alertes fournissent des informations sur le cyclone lui-mme ainsi que sur ses potentiels dgts et les actions susceptibles d'tre entreprises.

Lorsqu'un cyclone se forme, les centres publient des bulletins sur sa position, la vitesse du vent, la pression et les caractristiques de son volution heure par heure.

L'galit d'accs aux donnes est-elle garantie ?

La Commission conomique des Nations Unies pour l'Afrique (ONU CEA) affirme que l'accs en temps opportun aux donnes de tldtection constitue un puissant outil pour un dveloppement conomique rgional durable. [7] En principe, la tldtection propose aux pays dvelopps et aux pays en dveloppement des donnes de qualit et de frquence gales. Mais leurs cots demeurent un obstacle l'accs. [7]

Plusieurs initiatives sont pied d'oeuvre pour surmonter cet obstacle. Ainsi, la Charte internationale sur l'Espace et les Catastrophes majeures, adopte en 1999 et qui, l'heure actuelle, a t ratifie par 20 agences et organismes spatiaux, fournit gratuitement des donnes tout pays frapp par une catastrophe naturelle. Ds qu'une catastrophe naturelle se produit, tout utilisateur agr, notamment les agences de protection civile, les services de secours et les ministres de la dfense, peuvent appeler un numro unique et solliciter de la part des satellites faisant partie de la Charte l'envoi des images sur la zone affecte.

La Charte internationale a t mise contribution la suite des inondations survenues au Sngal le 02 septembre et au Burkina Faso le 17 septembre de cette anne. Ces deux requtes d'urgence ont t suivies du transfert de donnes quasi immdiates des satellites RADARSAT et SPOT.

Mais la Charte internationale ne peut tre active qu'une fois la catastrophe survenue. Par consquent, elle n'aide pas les pays en dveloppement acqurir les donnes pour l'attnuation, la planification et la prparation.

Cette charte n'est pas le seul instrument d'amlioration de l'accs aux donnes satellites. Le Systme mondial des Systmes d'Observation de la Terre (Global Earth Observation System ou GEOSS), gr par le Groupe intergouvernemental Ad hoc sur l'Observation de la Terre (Group on Earth Observations ou GEO), facilite l'accs aux satellites toutes les tapes du cycle de gestion des catastrophes. GEOSS promeut l'tablissement de normes techniques communes afin que des donnes fournies par des milliers d'instruments varis puissent tre regroupes en bases de donnes cohrentes.

GEOSS est galement charg de la gestion de GEONETCast, un rseau mondial de satellites de communication et de canaux alternatifs de dissmination sur Internet qui fournit des donnes environnementales aux gestionnaires des catastrophes (entre autres). Ces donnes sont issues de divers satellitesdont Meteosat, le Satellite gostationnaire oprationnel d'observation de l'Environnement (GOES), Terra et SPOT vers des centres rgionaux situs en Europe, en Afrique et en Asie via une petite station de rception. Ces centres dissminent ensuite les donnes auprs des acteurs locaux grce la diffusion vido-numrique.

Sentinel Asia et SERVIR sont les deux autres composantes majeures du GEOSS. GEO a beaucoup contribu convaincre les diffrentes agences spatiales fournir gratuitement leurs donnes. Deux ans auparavant, elle a ainsi annonc que le programme des Satellites de ressources terriennes Chine-Brsil (CBERS) distribuerait gratuitement ses images.

A la fin d'un sommet ministriel du GEO tenu l'an dernier au Cap, la NASA a annonc qu'elle comptait instituer la gratuit de l'accs l'intgralit des archives, ainsi qu'aux futures donnes des satellites Landsat. Cette dcision a permis l'accs aux donns de tldtection des milliers d'utilisateurs travers le monde. Au cours du premier mois suivant cette annonce, Landsat a distribu plus de 200.000 images, environ dix fois la moyenne annuellement avant la mise en gratuit.

En juin 2009, la NASA et le ministre japonais de l'conomie, du commerce et de l'industrie ont apport un modle d'lvation numrique globale d'une rsolution de 30 m issu du Radiomtre spatial perfectionn pour la Mesure de la Rflectance et des Emissions thermiques terrestres (ASTER) au GEOSS, rendant ainsi gratuit l'accs ce satellite.

Naturellement, c'est une trs bonne chose que de fournir gratuitement des donnes, travers Internet, mais pour les rgions comme l'Afrique, qui a encore des rseaux faible dbit et de largeur de bande mince, l'accs demeure un problme.

Certains pays en dveloppement ont investi lourdement la fois dans l'observation de la Terre et les technologies de communication, et plac leur propre satellite, ou une constellation de satellites en orbite, pour la surveillance et la gestion des risques et catastrophes naturelles.

Le programme CBERS est un partenariat entre le Brsil et la Chine lanc en 1988. Ensemble, ces deux pays ont construit des satellites portant des instruments de suivi des ressources terrestres, et se sont engags en construire deux autres. CBERS est largement prsent comme un modle russi de la coopration Sud-Sud dans le domaine des technologies spatiales et participe, entre autres, dans la surveillance des feux dans la rgion amazonienne.

L'Algrie, la Chine et le Nigeria sont tous propritaires et grants de leurs propres satellites, dans le cadre de la Constellation pour la Gestion des Catastrophes (Disaster Monitoring Constellation ou DMC), un rseau de sept satellites imagerie multispectrale (comparable au Landsat) construits par Surrey Satellite Technology bas en Grande-Bretagne. Les satellites sont placs a quidistance autour de la Terre afin de fournir une capacit d'observation au quotidien. Leurs donnes produisent des cartes et des informations pour appuyer les secours en cas de catastrophe. Et les partenaires du DMC sont signataires de la Charte internationale.

L'Inde s'est galement dote d'un vaste programme de recherche spatiale, gr par le Centre indien de Recherche spatiale (Indian Space Research Organisation ou ISRO). Ce programme comprend un ensemble de satellites de tldtection, baptis Systme indien de Tldtection (IRS), dont le premier fut lanc en 1988. La Base de Donnes nationale indienne de Gestion des Catastrophes a recours aux images de l'IRS pour tablir des cartes sur les inondations, des cartes d'appui aux secours, des cartes d'impact des crues et des cartes de frquence des inondations. Les donnes de l'IRS peuvent galement suivre les cyclones, prvoir le moment o ils toucheront le rivage, et fournir des alertes prcoces sur les tsunamis.

Le programme indien d'Appui la Gestion des Catastrophes, qui a t galement lanc par le Ministre de l'Espace, gre toutes les catastrophes naturelles survenues dans le pays. Grce l'IRS et d'autres donnes, il fournit des produits tels que la cartographie du risque, les alertes prcoces, et les indices de vulnrabilit, mais le programme met galement l'accs sur l'tablissement de liens entre dcideurs politiques, organisations internationales et agences de secours d'urgence pour la gestion des catastrophes.

L'laboration de telles solutions locales ncessite de gros investissements la fois dans la technologie et la formation du personnel.Or, de tels investissements manquent encore dans de nombreuses rgions en dveloppement. En Afrique, par exemple, les infrastructures de tldtection dans la plupart des pays (hormis l'Afrique du Sud) souffrent du grave manque de moyens financiers, d'expertise technique et de volont politique.

Peu de pays africains ont des programmes spatiaux actifs, et plusieurs dcideurs ne comprennent simplement pas que la tldtection est un outil indispensable de dveloppement.

Certains organismes internationaux travaillent l'amlioration de la situation. La Plateforme des Nations Unies des Donnes spatiales pour la Gestion des Catastrophes et les Interventions d'urgence (UN-SPIDER) organise des ateliers de formation rgionaux et propose des conseils techniques aux diffrents pays. L'an dernier (2008), elle a envoy une quipe technique au Burkina Faso pour conseiller le gouvernement sur la stratgie d'inclusion de la technologie spatiale dans ses plans nationaux.

Les organismes rgionaux ont aussi leur rle jouer. Au cours de la dernire dcennie, l'Association africaine de Tldtection de l'Environnement a mis l'accent sur la formation. Et des initiatives plus rcentes telles que le Rseau des Universits pour la Rduction des Catastrophes en Afrique (UNEDRA) ont cibl les universits comme centres d'amlioration de la recherche et de la coopration en matire de tldtection.

Le temps est donc venu d'engager les chercheurs et les dcideurs des pays en dveloppement dans la tldtection pour la gestion des catastrophes. Les cots des donnes et des technologies sont en chute libre, les technologies de l'information et de la communication se dveloppent grande vitesse, et les outils tels que Google Earth commencent susciter de l'intrt pour l'imagerie par satellites auprs des dcideurs.

Sian Lewis, ditorialiste au Rseau Sciences et Dveloppement (SciDev.Net), titulaire d'un PhD en tldtection du la University College de Londres

Références

[1] Rodriguez, J., Vos, F., Below, R. et al Annual disaster statistical review 2008: The numbers and trends Centre for Research on the Epidemiology of Disasters (2009)

[2] Ross, K. W., Brown, M. E., Verdin, J. P. et al Review of FEWS NET biophysical monitoring requirements Environmental Research Letters 4 (2009)

[3] Chien, S., Davies, A., Tran, D. et al Using automated planning for sensorweb response Jet Propulsion Laboratory, NASA (2004)

[4] Balz, T., Li, D. The Sichuan earthquake GIM International 22:10 (2008)

[5] Crustal deformation in China associated with the seismic cycle of major faults or related to lakes loading on the lithosphere: Measurement by SAR interferometry ESA

[6] Tropical cyclone operational plan for the Bay of Bengal and the Arabian Sea. Tropical Cyclone Programme Report No. TCP21 (2008)

[7] Rochon, G. L., Quansah, J. E., Mohamed, M. A. et al Applicability of Near-Real-Time Satellite Data Acquisition and Analysis & Distribution of Geoinformation in Support of African Development UN ECA (2005)

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