Republier

Nous vous encourageons à reproduire cet article en ligne ou sur support papier. La reproduction est libre de droit, suivant les termes de notre licence Creative Commons. Nous vous prions cependant de suivre ces directives simples :
  1. Vous devez créditer nos auteurs.
  2. Vous devez créditer SciDev.Net — dans la mesure du possible, veuillez insérer notre logo, avec un rétrolien vers l’article originel.
  3. Vous pourriez aussi simplement publier les premières lignes de l’article et ajouter ensuite la mention: "Veuillez lire l’intégralité de l’article sur SciDev.Net", avec un lien vers l’article originel.
  4. Si vous souhaitez aussi reprendre les images publiées avec cet article, veuillez vérifier avec les détenteurs de droits d’auteur que vous êtes autorisés à les utiliser.
  5. Le moyen le plus facile de reproduire l’article sur votre site est d’intégrer le code ci-dessous. 
Pour plus d’informations, veuillez consulter notre page media et nos conseils pour la reproduction.

The full article is available here as HTML.

Press Ctrl-C to copy

Selon des articles publiés au mois d’août dernier dans la revue scientifique anglaise New England Journal of Medicine (NEJM), le traitement de la tuberculose latente peut désormais se faire en quatre mois au lieu de neuf mois comme c’est le cas à présent.
 
Notamment par l’administration de la rifampicine à la place de l'isoniazide utilisé actuellement dans le cadre d’un traitement standard. En outre, ce traitement plus court se révèle plus efficace et offre plus de sécurité.
 
"L'isoniazide est le traitement standard de la tuberculose latente et il s'est révélé efficace au bout de neuf mois. Par contre, la rifampicine est tout aussi efficace lorsqu'elle est administrée pendant quatre mois seulement", souligne Dick Menzies, pneumologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) au Canada. 

“Ces études réaffirment un meilleur profil d'innocuité de la rifampicine qui est largement disponible et constitue une option relativement peu coûteuse pour les pays en matière de prévention de la tuberculose”

Hannah Monica Yesudian Dias - OMS

Ces conclusions résultent de deux études dirigées par ce chercheur qui est aussi professeur de médecine, d'épidémiologie et de biostatistique à l'Université McGill au Canada.
 
La première étude s’est focalisée sur l’utilisation de la rifampicine à la place de l'isoniazide pour le traitement de la tuberculose latente qui est une forme inactive de la maladie, qui ne provoque pas de symptômes, mais qui peut se transformer en maladie grave si elle n'est pas traitée.
 
Cette étude a consisté à suivre dans neuf pays[1] quelque 850 enfants et 6 800 adultes souffrant d’une tuberculose latente, afin de comparer, 28 mois plus tard, les résultats chez ceux ayant reçu un traitement à la rifampicine avec les résultats chez ceux ayant plutôt bénéficié d’un traitement standard à l'isoniazide.
 
A l’arrivée, "plus de 85 % des enfants ont reçu le traitement complet à la rifampicine sans développer de tuberculose active, comparativement à 76 % des enfants ayant reçu le traitement complet à l'isoniazide, groupe dans lequel deux enfants ont développé une tuberculose active" indique un communiqué de presse du centre de santé de l'université McGill.
 
"Le régime de 4 mois de rifampicine n'était pas inférieur au schéma thérapeutique à 9 mois de l'isoniazide pour la prévention de la tuberculose active et était associé à un taux d'achèvement du traitement plus élevé et à une meilleure sécurité", conclut l’article publié dans le NEJM.
 
Interrogé par SciDev.Net, Dick Menzies complète en assurant que ce nouveau mode de traitement permet d’éviter toutes les formes de tuberculose.
 
"Cela signifie, dit-il, que nous prévenons la tuberculose pulmonaire qui est la forme la plus courante, mais nous évitons également la tuberculose extra-pulmonaire qui résulte de la même réactivation de foyers d’infection dormants inactifs dans de nombreux organes chez les personnes atteintes de tuberculose latente".

Sécurité et effets secondaires

La seconde étude s’est concentrée sur la sécurité et les effets secondaires de la rifampicine sur les enfants en comparaison avec ceux de l'isoniazide.
 
Elle a débouché sur la conclusion selon laquelle "le traitement à travers 4 mois de rifampicine présentait des taux d'innocuité et d'efficacité similaires, mais un meilleur taux d'adhésion que celui réalisé avec 9 mois d'isoniazide".
 
Analysant ces deux études, Dick Menzies tient à préciser : "il est clair que l'isoniazide est efficace contre la tuberculose mais fonctionne plus lentement".
 
Par exemple, ajoute-t-il, "dans le traitement de la tuberculose active, l'isoniazide doit être administré pendant 18 mois si la rifampicine n'est pas associée ; mais si la rifampicine est utilisée, le traitement ne peut durer que 6 à 9 mois".
 
"Cette différence reflète la capacité de la rifampicine à tuer plus rapidement les bactéries de la tuberculose", conclut le chercheur tout en reconnaissant que quatre ou six mois restent longs…
 
Surtout que dans les options de traitement de la tuberculose latente retenues dans un document intitulé "Latent Tuberculosis infection: Updated and consolidated guidelines for programmatic management", publié cette année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) propose des thérapies de trois mois seulement, combinant l’isoniazide à la rifampicine ou à la Rifapentine.
 
Pour autant, l’Organisation se félicite des résultats de ces deux études ; "car, elles ajoutent aux preuves disponibles sur les avantages des schémas thérapeutiques contenant de la rifampicine, c'est-à-dire un régime sans isoniazide", commente Hannah Monica Yesudian Dias.
 
La responsable de la politique, de la stratégie et des innovations au programme mondial de lutte contre la tuberculose ajoute que "ces preuves peuvent également être prises en compte pour la future mise à jour des lignes directrices de l'OMS, en particulier pour les contextes à forte incidence de tuberculose".

Réserves

Parce que, dit-elle, ces études "réaffirment un meilleur profil d'innocuité de la rifampicine qui est largement disponible et constitue une option relativement peu coûteuse pour les pays en matière de prévention de la tuberculose ".
 
Hannah Monica Yesudian Dias confie cependant à SciDev.Net ses réserves concernant certains aspects spécifiques de ces études, en particulier pour ce qui est des personnes vivant avec le VIH/Sida et des femmes enceintes.
 
"Très peu de personnes infectées par le VIH ont été examinées dans l’étude, ce qui rend difficile la généralisation de ses résultats aux personnes vivant avec le VIH et en particulier aux personnes sous traitements antirétroviraux", regrette l’intéressée.
 
De la même manière, elle estime que "des recherches supplémentaires sur l'efficacité de ce schéma chez les femmes enceintes et allaitantes sont également nécessaires pour une utilisation plus large".
 
Enfin, "il apparaît que l'étude chez les enfants n'a pas considéré l'efficacité comme objectif principal. Nous avons besoin d'une analyse plus approfondie de ses résultats pour mettre en évidence l'efficacité de la rifampicine chez les enfants", conclut Hannah Monica Yesudian Dias.
 
L’OMS estime qu'un quart de la population mondiale, soit 1,7 milliard de personnes, est atteint de tuberculose latente. L’organisation indique dans un document qu’un test cutané à la tuberculine ou des tests de libération d'interféron gamma peuvent être utilisés pour diagnostiquer la maladie.
 
Toutefois, "il n’existe pas de preuve convaincante qu’un test devrait être préféré à l’autre pour prédire la progression vers la tuberculose", mentionne au passage ce document qui souligne aussi que le choix dépendra de la disponibilité des tests, du coût et de l’infrastructure sanitaire.

Références


[1] Arabie saoudite, Australie, Bénin, Brésil, Canada, Corée du Sud, Ghana, Guinée et Indonésie.