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À l’occasion du Women in Business Annual Leadership Meeting, tenu à Paris les 17 et 18 juin, des chefs d’entreprises africaines de divers horizons scientifiques et géographiques ont discuté de l’impact des avancées rapides de la technologie sur l’environnement des entreprises et le monde des affaires, en général.

Elles ont notamment évoqué le rôle de l’Afrique dans l’innovation et la technologie et les moyens de relever le défi des ruptures technologiques.

Aminata Ndiaye, responsable marketing, expérience utilisateur et numérique pour l’Afrique et le Moyen-Orient chez Orange, s’est distinguée à l’occasion des débats, en insistant sur les apports du numérique et des nouvelles technologies à l’écosystème des affaires en Afrique, notamment le succès du mobile banking, qui a permis de répondre au problème du faible taux de bancarisation dans la région.

Elle estime que qu’au-delà de ce succès, de nombreuses autres opportunités s’ouvrent aux Africains, dans le monde en mutation des technologies numériques et de l’Internet et que le continent doit se préparer à y jouer un rôle important, notamment en assurant la formation des acteurs de demain en matière d’Internet, en particulier les jeunes filles

Aminata Ndiaye est polytechnicienne de formation. Elle est également diplômée de l’École Nationale Supérieure des Télécommunications de Paris. Elle s’entretient avec SciDev.Net.

D’après vous, en quoi les ruptures scientifiques peuvent-elles influencer le développement du monde des affaires ?

 
Les ruptures scientifiques ne sont pas exclusives des sociétés post-modernes. À regarder de près, elles jalonnent l’histoire de l’humanité. Et ce qu’on en retire, c’est que finalement, la marche du monde a été rythmée par des évolutions scientifiques qui ont profondément changé la manière dont les gens vivaient en facilitant les choses. Sans doute, les ruptures ont aussi permis de réinventer des métiers, de quitter des pratiques manuelles pour des processus automatisés, comme lors des premières révolutions industrielles. Et je pense que ces ruptures, qui induisent des changements de paradigme et de mode de vie vont continuer à transformer les sociétés. Actuellement, on parle beaucoup de transformations digitales. En 2000, je pense qu’il n’y avait que 2% de la population africaine qui avait accès à un mobile. Ce taux a grimpé aujourd’hui à plus de 60%. On observe par voie de conséquence un changement des modes de vie et de consommation. Les Africains font l’expérience du digital, du dématérialisé, de la télématique. Le digital accélère les échanges et permet de désenclaver. Avec la connexion à Internet, on peut finalement être n’importe où, y compris dans les zones très reculées, et avoir accès à de l’information et même à des données météorologiques, et c’est important pour les agriculteurs, par exemple. Oui, ces transformations changent sans doute la face du monde.
 

Vous semblez faire preuve de beaucoup d’optimisme quant aux avancées de l’Afrique  en matière de numérique ? 

 
D’abord, je pense que ces innovations ont un côté très positif, surtout quand on est un continent qui justement n’a pas toutes ces infrastructures industrielles préexistantes. Cette occasion, peut-être inespérée, peut entraîner une sorte d’accélération, de « remontada », pour employer le vocabulaire du football, et quelque part, faire un peu un grand rattrapage permettant de combler cette foison de besoins.

“C’est en intégrant les besoins locaux que les solutions africaines de mobile banking ont contribué à moderniser la gestion des liquidités et donc du système bancaire traditionnel.”

Aminata Ndiaye - Polytechnicienne, VP du Marketing, du numérique et de l'expérience client, Orange Afrique et Moyen-Orient

D’ailleurs, ces outils et infrastructures ont permis de concevoir, puis de déployer des solutions alternatives pragmatiques, comme les services bancaires mobiles (mobile banking), qui viennent répondre à des besoins propres aux réalités africaines. Oui, c’est en intégrant les besoins locaux que les solutions africaines de mobile banking ont contribué à moderniser la gestion des liquidités et donc du système bancaire traditionnel. Avec un téléphone portable en main, les gens arrivent, grâce à l’innovation, à bien gérer leur argent sans devoir se rendre dans une agence. Le mobile sert de support à cette technologie qui permet de manipuler tranquillement et en sécurité l’argent depuis son téléphone. Les transferts d’argent se font sans devoir se déplacer. Donc, c’est un peu toutes ces potentialités qui nous ouvrent aussi une voie de développement alternatif pour l’Afrique.
 

Mais aujourd’hui, quelle est la contribution des Africains à tout ce processus ?

 
Je pense que la contribution est déjà d’avoir su créer ce genre de rupture que constitue le mobile banking. Il y a eu des initiatives en Asie. Il y a eu une initiative pionnière au Kenya. Donc finalement, ce modèle est aussi venu un peu de ce continent africain qui l’exporte ailleurs. Les initiatives en matière de mobile banking chez Orange et le succès d’Orange Bank en Europe sont inspirés de cette innovation apprise en Afrique, où s’est développé ce modèle alternatif. Ensuite, je pense qu’il y a peut-être deux formes de contribution : celle du secteur privé africain qui doit chercher à améliorer ses relations clients et fournisseurs par l’intégration des nouvelles technologies. Cela génère de nouveaux débouchés pour les jeunes, avec des besoins en ressources humaines touchant notamment les développeurs et les experts en méga données. Le secteur public est quant à lui impacté par toutes ces transformations qui sont sources de développement. Quelque part, c’est aussi des leviers d’action pour les États africains.
 

Pensez-vous que ces derniers saisissent les opportunités découlant de ces leviers technologiques ?

 
L’Afrique est, comme on le dit souvent, un continent hétérogène avec beaucoup de diversité et de disparités. Je pense qu’il y a des pays qui prennent ce tournant plus vite que d’autres, qui affichent effectivement un volontarisme plus fort, qui essayent et qui accompagnent, en créant un cadre. Certains États font preuve de pragmatisme en accélérant la formation de leurs jeunes aux nouvelles technologies et lancent des initiatives pour numériser leur propre processus administratif. Oui, nous pouvons dire que les pays africains sont assez inégaux en la matière, mais l’envie de transformer et de digitaliser se fait de plus en plus sentir. Certains, peut-être, vont prendre un virage pragmatique en mettant sur pied des initiatives concrètes.
 

Auriez-vous des exemples récents en ce qui concerne ces initiatives de digitalisation ? 

 
Je m’inspire d’un échange en ce mois de juin, concernant un retour d’expérience avec le Burkina Faso. Nos équipes d’Orange zone Afrique et Moyen-Orient ont accompagné ce pays afin de digitaliser le processus de déclaration d’impôts et de collecte des attestations fiscales. C’est typiquement une initiative publique menée conjointement avec la direction générale des impôts du Burkina et consistant à digitaliser un processus existant. Cela simplifie les formalités imposées aux usagers et aux entrepreneurs de ce pays. Les soumissions aux appels d’offre, la délivrance d’attestations fiscales, par exemple, sont autant de formalités qui sont simplifiées par les technologies du Web grâce aux services en ligne. C’est un gain en termes de productivité.
 

Quelles stratégies permettraient d’accroître la contribution des femmes africaines au développement de la science en Afrique ?

 
Je pense à des initiatives pratiques, de deux ordres, si je devais me résumer. D’une part, veiller à ce que les jeunes femmes soient informées très tôt de l’existence des filières scientifiques, ainsi que des possibilités d’insertion professionnelle et d’entrepreneuriat. Il est nécessaire de prendre des mesures incitatives, même transitoires, au profit des jeunes filles. Car il est tout simplement impossible de s’engager dans une voie qu’on ne connaît pas et dont on ignore les débouchés. Des séances d’information et d’orientation doivent être mises en place pour favoriser l’ouverture de nos jeunes à ces métiers d’avenir. Je pense que, ne serait-ce que fournir cette information à des jeunes filles en formation de façon très précoce, peut faire naître des vocations. D’autre part, tout ceci peut être appuyé par un système de bourses, afin d’aider de façon ciblée et pertinente en tenant compte des besoins et des marchés.
 

Compte tenu de votre position stratégique, pourriez-vous personnellement militer pour la mise en place de bourses scientifiques au profit des jeunes femmes africaines ?

 
J’y ai déjà participé. Mais on peut élargir en thème d’échelle. Quand je travaillais pour le groupe Sonatel, au Sénégal, nous avions lancé une Sonatel académie, offrant aux jeunes filles comme aux jeunes hommes l’opportunité de se former gratuitement au codage et donc de devenir des développeurs web. Il s’agissait de formations gratuites dispensées au Sénégal. Cette initiative existe dans beaucoup de pays, comme en Tunisie. La Sierra Léone, je pense, a aussi lancé cette démarche il y a quelques jours. A l’entrée, il n’est pas exigé de background particulier, et les jeunes peuvent en sortir développeurs Web, intégrer des entreprises ou créer leur start-up. Il y a également le Prix de l’entrepreneur social. Pour le moment, on en est déjà à la huitième édition, et cela permet à des personnes qui ont une idée d’entrepreneuriat à impact sociétal en Afrique de postuler. Cela permet aussi de gagner une enveloppe pour financer le développement de son projet.
 

Quel serait votre message à l’endroit des jeunes Africaines du monde des affaires ? 

 
Je pense à un message plutôt positif. Ma devise personnelle, c’est toujours de regarder les choses telles qu’elles sont, sans nier les difficultés et aussi d’avoir cette conviction que tout est possible. La volonté, la conviction, viennent à bout de beaucoup de choses. L'Afrique est un continent qui a rendez-vous avec l’histoire. Ces différentes innovations offrent des opportunités exceptionnelles. Il est donc nécessaire que les jeunes Africaines s’orientent vers les sciences, afin de prendre une part active dans la construction de nos propres modèles de développement, modèles qui intègrent les innovations dans le respect de nos valeurs.
 

La mise en place des modèles et des outils propres à l’Afrique n’est-elle pas plus du ressort du politique que du scientifique ? 

 
Je dirai autant l’un que l’autre, dans le sens où je ne segmenterais pas les responsabilités. Quelque part, quand on dit que c’est entre les mains des Africains, tous les Africains, oui, la puissance publique a bien sûr un rôle, mais chaque individu peut aussi exercer un impact. Un opérateur privé, quelqu’un qui est à son compte, quelqu’un qui démarre dans le monde des affaires, toutes ces personnes peuvent créer un impact, en apportant leur modeste pierre à l’édifice. Et c’est ça qui, à un moment, suscitera cette accélération du développement africain. J’aimerais terminer en nous invitant tous à être positifs, en nous disant que les choses sont entre nos propres mains, qu’on soit politique ou pas.