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Depuis le lancement de Sputnik 1, les satellites ont été employés pour observer notre planète à partir de la position unique que nous offre l'espace. Des grandes découvertes scientifiques telles que le trou de l'ozone aux prévisions météo quotidiennes, la technologie spatiale a transformé notre compréhension des processus naturels de la terre.
 
Les images témoignent aussi de comment l'humanité a transformé les paysages : l'accroissement des villes, les modifications des cours d'eau et l'impact des conflits. Les améliorations des technologies de captage optique et de détection, alliées à l'intelligence artificielle (IA), font que les satellites d'aujourd'hui sont déjà mis à contribution pour améliorer les vies et les moyens de subsistance de milliards de personnes à travers la planète.
 
En fait, les images satellitaires sont employées pour réaliser des avancées relatives à plusieurs des Objectifs de développement durables (ODD), selon Bertrand Frot, expert en gestion de l'information au PNUD, le Programme des Nations unies pour le développement. Selon lui, on peut tirer un enseignement très clair d'un programme pilote de 2016 pour suivre les progrès des efforts de reconstruction post-conflit dans la ville historique de Tombouctou au Mali : « Les données satellitaires, c'est très simple. On voit tout très clairement. »
 

Quel lien peut-on établir entre le travail réalisé au Mali et la décision du PNUD de s'appuyer plus sur les images satellites pour les réponses aux catastrophes, la reconstruction et le développement?

Une image vaut cent pages d'un rapport d'une mission sur le terrain.
 
Il était encore difficile d'avoir accès à certaines régions - dans bon nombre de zones, les routes étaient sérieusement endommagées par les mines. On peut constater l'impact environnemental sur chacune des images - quelles rivières influent sur Tombouctou, les progrès en matière de reconstruction des immeubles et de l'infrastructure, l'évolution de la taille des marchés. On pouvait aussi voir ce qui restait détruit.
 
Par ailleurs, dans d'autres régions touchées par la guerre, des efforts ont été entrepris pour former des individus pour qu'ils puissent restaurer leur secteur agricole et leur permettre de comprendre comment les conflits transforment l'environnement. En Irak, de nombreux arbres ont été détruits, puisque les tireurs se cachaient derrière eux. Par conséquent, il est plus facile pour les vents de transporter le sable du sud vers le nord, et cela a vraiment transformé les paysages urbains et l'agriculture. L'analyse des données satellitaires historiques et actuelles peut nous indiquer où les efforts de reconstruction doivent être concentrés, où il faut construire de nouvelles infrastructures pour protéger les récoltes, ou encore quels sont les endroits les mieux à même d'accueillir de nouvelles terres arables.
 

Y a-t-il des ODD qui seraient particulièrement bien placés pour bénéficier d'un recours plus systématique aux technologies spatiales ou du traitement de données avec l'intelligence artificielle (IA)?

Principalement la pauvreté. Vers la faim zéro, les données satellitaires sont employées pour évaluer les périodes de sècheresse et les rendements agricoles. La croissance économique - l'évolution des villes et de la pauvreté au sein des villes, et puis la façon dont l'industrie et l'infrastructure évoluent dans ces endroits - cela est directement lié à l'ODD sur la réduction des inégalités : les images peuvent être utilisées pour étudier l'évolution des zones rurales et urbaines, où dans bien des cas les bidonvilles sont vraiment visibles.
 
L'action sur le climat, sans aucun doute. L'Observatoire spatial du climat fournit des données en source ouverte et facilite la conduite de grandes études internationales sur l'impact du changement climatique à l'échelle globale.Sentinel images
Image A : Imagine prise par Sentinel le 12 mars 2019, avant que le cyclone Idai ne touche terre au Mozambique. Cette image en vraies couleurs montre la végétation en vert. Image B : Cette image de Sentinel du 26 avril 2019 montre les pertes en végétation et la destruction causée par le cyclone Idai.
 

D'après votre bureau, les images satellitaires peuvent servir à acheminer les ressources vers ceux qui en ont le plus besoin. Comment est-ce que cela marche concrètement?

Nous avons eu recours à ce genre d'analyse au Nigeria et dans des villes comme Casablanca, Le Caire et Djibouti. Cela aide au niveau de la planification et de l'évolution des services publics.
 
Au Nigeria, nous avons pu établir une corrélation entre l'évolution de certaines villes et des interviews réalisées avec des migrants qui sont arrivés en Europe après avoir quitté ces régions. Ensuite nous pouvions apporter cette information aux autorités locales nigérianes en leur disant: votre région est une source importante de mouvements migratoires. Cela peut les aider à planifier de manière plus efficace l'extension des villes et des services.
 

Bertrand Frot
Bertrand Frot 
Crédit photo: PNUD

Votre bureau a également été actif en Indonésie, étudiant les inondations et leur impact sur la culture du riz. Comment ce savoir se traduit-il en actions pour les agriculteurs?

Cela est lié á l'impact du changement climatique. Dans certaines régions, il y a moins de pluies sur toute l'année, mais il y a des précipitations plus concentrées qui donnent lieu à plus d'inondations que par le passé. A ce niveau-ci, les données satellitaires ont été utiles car elles nous ont permis de mesurer l'impact des inondations sur

la chaîne d'approvisionnement. Si les silos et les entrepôts sont situés dans des zones inondables, ou si les voies d'accès sont inondées, on ne peut pas transporter le riz. Donc ces données sont utiles lorsque nous repositionnons les routes et les ponts, et quand nous mettons en place des structures pour protéger les récoltes.
 
Au Kenya, il y a des régions qui sont régulièrement inondées, et dans certaines zones, de nouvelles routes peuvent être construites pour servir de barrière contre les eaux. Les images nous aident à juger de l'efficacité de ces barrières. 

Y a-t-il des projets environnementaux qui ont bénéficié de données satellitaires à plus haute résolution?

En Amérique du Sud, nous travaillons dans certains pays sur la déforestation, pour surveiller les forêts primaires et secondaires. L'idée est de mieux protéger la biodiversité en retournant vers des paysages plus complets.
 
En Ouganda, les efforts de restauration des zones humides sont suivis avec des satellites. Il en va de même pour les évolutions de la qualité de l'eau qui en résultent et nous établissons des corrélations entre ces changements et des indicateurs de subsistance. Ce projet a eu un impact sur plus de quatre millions de personnes et il consiste notamment à encourager les agriculteurs à cesser de cultiver des plantes qui aggravent les problèmes existants.  

Ne risque-t-on pas de finir par trop attendre des données satellitaires?

Le véritable enjeu c'est comment faire tout cela à une plus grande échelle, en faire une vision industrielle. On n'a pas couvert la planète de satellites pour rien. Donc c'est à ce niveau-là qu'on peut vraiment s'appuyer sur l'intelligence artificielle : elle peut nous aider à déterminer dans quelles conditions une solution a été efficace, et comment nous pouvons apporter les mêmes solutions, si nous pouvons remplir ces conditions ailleurs.

Qu'est-ce qui vous paraît particulièrement alléchant concernant l'avenir des technologies satellitaires et de l'IA dans le domaine du développement?

En plus des algorithmes de l’IA qui vont nous permettre de passer à une autre échelle bien plus rapidement, ce qui est vraiment rassurant pour moi c'est que les résultats sont très visibles. C'est facile de les prendre et de dire : « je peux les appliquer dans tel ou tel domaine ». Les catastrophes d'hier peuvent nous donner une meilleure idée de comment suivre l'évolution des risques pour prévenir de futurs désastres. Ou mieux les surmonter. Donc les cas d'utilisation se multiplient, ce qui est plutôt impressionnant.
 
Et c'est transparent. Alors que les « fake news » circulent tout autour de nous, c'est bien de pouvoir apporter des preuves des progrès réalisés quand on parle aux donateurs, aux partenaires et aussi aux citoyens : ils peuvent voir clairement ce que nous faisons sur le terrain.