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A l’occasion d’une conférence organisée par l’AASO (African Aeronautics & Space Organisation, l’Organisation africaine de l'aéronautique et de l’espace, en français) le 15 mars à Paris, l’astronome d’origine malienne Fatoumata Kébé, qui a participé à l’événement, s'est confiée à SciDev.Net.
 
La chercheuse diplômée de l’Université Pierre-et-Marie-Curie évoque l’importance des sciences spatiales pour le développement de l’Afrique, ses espoirs pour le continent et sa place en tant que femme dans un univers très masculin.
 

Qu’est-ce qui vous a amené à l’astronomie ?

Tout simplement des livres et des documentaires que j’ai lus et vus dès mon plus jeune âge et qui m’ont donné envie d’être astronome un jour. C’est un rêve de petite fille. Ce qui me passionne dans l’astronomie, c’est l’espace, cet endroit rempli d’objets magnifiques ; j’associe l’espace au rêve. J’ai choisi de suivre un parcours purement scientifique à l’université Pierre-et-Marie-Curie et à l’Observatoire de Paris, où j’ai obtenu mon doctorat en astronomie.
 

Vous avez réalisé une thèse sur les déchets cosmiques, expliquez-nous votre sujet de recherche ?

Je travaille sur les déchets spatiaux, ce sont des vestiges d’activités humaines dans l’espace, comme les satellites ou les morceaux de fusées qui ont été laissés plus ou moins à la dérive et qui se sont accumulés depuis les années 60. Aujourd’hui, ils sont tellement nombreux qu’ils constituent une vraie menace pour les satellites opérationnels, que nous utilisons pour nos GPS, l'Internet et les télécoms. Mon objectif est de trouver des solutions pour diminuer le nombre de ces objets et surtout savoir comment on peut les retirer de l’espace.
En parallèle de mon sujet de recherche, je travaille également sur d’autres thématiques, en partenariat avec des laboratoires de recherche, comme sur un type spécifique de nuage qui pourrait nous apprendre des choses sur les effets du réchauffement climatique sur la planète.
 

Vous participez aujourd’hui à la conférence de l’AASO (African Aeronautics & Space Organisation) réunissant des scientifiques et entrepreneurs africains et occidentaux. En quoi l’industrie spatial peut-elle profiter à l’Afrique ?

L’aéronautique et les sciences spatiales peuvent aider au développement du continent africain grâce aux différentes applications satellitaires. Par exemple, en météorologie, des outils permettent de prévenir les événements dus au réchauffement climatique ou encore, grâce aux télécoms et à l'Internet, il est possible de faire de la télémédecine. C’est-à-dire que grâce à une application mobile, des personnes malades habitant dans des coins isolés peuvent interagir avec un médecin basé dans la capitale ou dans un autre pays. Les technologies spatiales rendent possible beaucoup de choses. Pour prendre un cas récent, elles peuvent aider à lutter contre la propagation des maladies. Je crois que la crise de la fièvre Ebola aurait pu être nettement mieux gérée si nous avions utilisé les techniques satellitaires.


 

Vous enseignez l’astronomie dans des collèges et lycées maliens, où en sommes-nous en matière de sciences spatiales en Afrique, et notamment au Mali ?

Pour le moment, on ne peut pas parler d’études spatiales au Mali, il existe des instituts de formation aux sciences en général, mais rien de spécialisé dans ce domaine. En Afrique de l’Ouest, il y a le centre AIMS (l’Institut africain des sciences mathématiques) au Sénégal, par exemple, qui promet de très bonnes compétences en mathématiques à ses étudiants jusqu’au niveau doctoral. Concernant l’astronomie en particulier, quelques pays commencent à intégrer un cursus spatial à leurs filières universitaires, tels que l’Afrique du Sud et le Nigéria. Des choses se mettent en place, mais nous n’en sommes encore qu’aux prémices.
 

Vous êtes une jeune femme d’origine malienne, vous avez 32 ans, comment fait-on sa place dans un univers aussi masculin que l’astronomie ?

C’est vrai qu’il y a beaucoup d’hommes dans le spatial, rien qu’aujourd’hui dans la salle…
Mais je me concentre sur mon travail, ce qui m’importe c’est que je puisse continuer à apprendre et à évoluer dans ce domaine - peu importe mon profil. Je ne cherche pas à m’imposer, je cherche à vivre de ma passion. Je cherche des solutions avant tout. Je fais d’ailleurs partie de deux associations qui militent pour favoriser les carrières des femmes dans les filières scientifiques : "Femmes et Sciences" et "Women in Aerospace".
 

Vous avez fondé la start-up Connected Eco pour laquelle vous avez remporté le concours des jeunes innovateurs lancé par ITU Telecom en 2004, pouvez-vous nous parler de cette initiative ?

"Connected Eco" est un projet de système d’irrigation connecté qui permet d’optimiser l’utilisation de l’eau dans le domaine agricole, mais également d’amoindrir la main d’œuvre manuelle sur les champs, et donc de diminuer la pénibilité du travail. Notre technologie permet de recueillir en temps réel, grâce à des capteurs, des données comme le niveau d'humidité et l'intensité de la lumière, et donc d'adapter l'agriculture aux besoins de chacun afin d'optimiser les rendements agricoles. Ces données sont ensuite transmises par Wifi à une application sur smartphone ou bien par SMS. Nous avons déjà lancé une version pilote au Mali, nous travaillons en ce moment sur une nouvelle version des capteurs que nous allons bientôt proposer à la vente. Nous devons encore définir au mieux notre modèle économique pour proposer ce système à un coût abordable. Nous commençons également à collaborer avec le CNES (Centre national d’études spatiales) pour accéder aux données satellitaires.
 

Quels sont vos espoirs pour l’avenir de l’astronomie en Afrique ?

J’espère que l’éducation va être renforcée sur le continent africain, surtout au Mali, où le problème des "années blanches" persiste : les professeurs sont en grève et les élèves n’ont pas cours pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Cela a un impact négatif sur les compétences de ces jeunes qui intégreront le marché de l’emploi à l’avenir. Il faut rappeler que l’Afrique devrait compter plus de 750 millions de jeunes d’ici 2030. Il faut que cette jeunesse tire les avantages du spatial à l’avenir, en prenant exemple sur ce qui a déjà été fait par les autres pays, mais sans copier les erreurs qu’ils ont pu commettre par le passé.