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Selon Boaz Keizire, l'éducation du public et des approches multisectorielles sont nécessaires pour lutter contre les aflatoxines en Afrique.

 
L’aggravation de l’insécurité alimentaire en Afrique suscite de plus en plus l’attention et le changement climatique est souvent considéré comme le principal responsable.
 
La contamination par l’aflatoxine est l’une des menaces constantes pour la sécurité alimentaire sur le continent.
 
Les aflatoxines sont des toxines nocives naturelles produites par les champignons Aspergillus flavus et Aspergillus parasiticus.
 
Le contaminant est répandu dans toute l'Afrique, en particulier parce que le continent est un grand producteur et grand consommateur de cultures vivrières à base d'amidon, telles que le maïs et les arachides.
 
Ces cultures sont largement sensibles aux champignons.
 

Menace importante pour la santé

 
En raison de la nature envahissante des aflatoxines, les champignons constituent toujours une menace importante pour la santé humaine et animale.
 
Plusieurs épidémies d'aflatoxicose aiguë - la maladie causée par l'aflatoxine - ont fait l'objet d'une large publicité en Afrique subsaharienne, y compris la mort de 125 Kenyans en 2004.
 
En moyenne, 26.000 Africains vivant en Afrique subsaharienne meurent d'un cancer du foie par exposition chronique aux aflatoxines, rapporte l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires.
 
Le Nigéria à lui seul perdrait au moins 5.000 vies chaque année à cause de l’aflatoxicose.
 
En outre, environ 670 millions de dollars US sont perdus chaque année, en raison du rejet dans les ports d'arrivée des produits exportés contaminés par l'aflatoxine. 

“Il est maintenant impératif que des institutions clés telles que celles des secteurs de l'agriculture, de la santé et de la gouvernance agissent ensemble.”

Boaz Keizire, L'Alliance pour une révolution verte en Afrique

Ces chiffres confirment que la contamination par les aflatoxines a de graves conséquences sur la santé, en plus de limiter les perspectives de revenus des agriculteurs africains.
 
C'est particulièrement le cas dans les zones rurales de l'Afrique subsaharienne, où les aflatoxines sont fortement liées aux pertes post-récoltes.
 

Des efforts concertés sont nécessaires

 
Pour surmonter le fardeau économique et social de la contamination par l'aflatoxine, il est maintenant impératif que des institutions clés telles que celles des secteurs de l'agriculture, de la santé et de la gouvernance agissent ensemble pour sensibiliser le public aux effets des champignons et pour fournir les outils et les compétences nécessaires pour le contrôler.
 
Aflasafe est une stratégie de lutte biologique mise au point par l’Institut international d’agriculture tropicale, pour empêcher les champignons des sols d’atteindre les épis de maïs dans les champs.
 
L'Alliance pour une révolution verte en Afrique collabore désormais avec les gouvernements et les acteurs du secteur privé pour promouvoir et commercialiser cette technologie, qui est complétée par un nouveau traitement à l'ozone destiné à dégrader les champignons sur les céréales déjà attaquées.
 
L'ozone est un puissant agent oxydant qui a démontré sa capacité à réduire les populations de bactéries et de champignons.
 
Mais même avec la disponibilité des technologies pour lutter contre les champignons, pour un impact généralisé, il est important que les efforts soient orientés vers la formulation de politiques et l'éducation du public.
 
Le Partenariat pour la lutte contre les aflatoxines en Afrique a été créé en 2010, lors de la 7ème assemblée du Partenariat du Programme de développement de l'agriculture en Afrique, organisée à Yaoundé, au Cameroun.
 
Le Ghana, par exemple, a inauguré en décembre 2018 le Comité directeur national pour le contrôle de l'aflatoxine, avec le soutien de l'Alliance pour une révolution verte en Afrique.
 
Le comité, qui est coordonné par l'Institut de recherche sur les politiques scientifiques et technologiques du Ghana, contribuera notamment à l'élaboration de la politique nationale et de la réglementation technique relatives à la lutte contre l'aflatoxine.

“Pour un impact généralisé, il est important que les efforts soient orientés vers la formulation de politiques et l'éducation du public.”

Boaz Keizire, L'Alliance pour une révolution verte en Afrique

Ce comité proposera des recommandations pour des pratiques de gestion appropriées telles que la plantation en temps voulu, la lutte contre les mauvaises herbes et les parasites, la récolte précoce, le bon assainissement, le nettoyage et le tri appropriés des produits agricoles.

L'engagement du secteur privé est crucial

Alors que l'Alliance pour une révolution verte en Afrique s'emploie à élaborer une politique de réglementation de l'aflatoxine et une réglementation technique visant à renforcer les efforts de lutte sur le continent, il est important de poursuivre la participation du secteur privé.
 
La contribution du secteur privé éclairera une approche axée sur la demande qui influence le comportement d'acteurs clés tels que les agriculteurs en fixant les normes de production, ce qui se traduit par de meilleures techniques de gestion de l'aflatoxine.
 
En outre, la mise en place d'un système de réglementation solide reste essentielle pour empêcher les cultures dangereuses d'être commercialisées.
 
Cependant, les mêmes réglementations doivent parler de la qualité des intrants fournis à des millions de petits exploitants africains.
 
L'objectif ultime est de mettre en place une approche politique associant tous les acteurs de la chaîne de valeur à la recherche de solutions à long terme pour lutter contre la contamination par l'aflatoxine en Afrique.
 
Boaz Keizire est responsable des politiques et du plaidoyer à l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) et au Fellow 2017 Aspen New Voices.
 
On peut le contacter à l'adresse [email protected]
 

Références

[1] Aperçu régional de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Faire face à la menace que représentent la variabilité du climat et les phénomènes extrêmes pour la sécurité alimentaire et la nutrition (FAO et CEA, 2018)
 
[2] Eduardo Azziz-Baumgartner et autres. Étude de cas-contrôle d'une épidémie aiguë d'aflatoxicose, Kenya, 2004 (Environmental Health Perspectives, 9 août 2005).
 
[3] Solutions pour améliorer la sécurité alimentaire (IFPRI, 2013).
 
[4] Les pays africains subissent chaque année des pertes énormes dues aux aflatoxines (Neogen Blog, 24 janvier 2018).