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Jayesree K. Iyer, directice exécutive de la Access to Medicine Foundation (Fondation pour l'accès aux médicaments) demande aux gouvernements de prendre des mesures incitatives pour encourager l'innovation dans le domaine des antibiotiques. Crédit photo: Patricia Wolf

Les bactéries deviennent de plus en plus résistantes face à notre arsenal existant d'antibiotiques. Il y a un besoin urgent de nouveaux médicaments efficaces. Mais de plus en plus de firmes pharmaceutiques renoncent à développer de nouveaux antimicrobiens, car le secteur ne génère pas suffisamment de profits.
 
L'association à but non lucratif Access to Medicine Foundation a cherché à faire le point sur les activités des compagnies pharmaceutiques et biotech avec l' AMR Benchmark (la Base de référence RAM). La deuxième édition sera disponible en 2020.
 
Jayasree K. Iyer, directrice exécutive de la fondation, a accordé un entretien à SciDev.Net. Elle nous livre ses réflexions sur les défis auxquels font face les entreprises pharmaceutiques et pourquoi il est impératif d'investir.
 

Qu'est-ce au juste que le AMR Benchmark?

 
Il s'agit d'un instrument que nous avons mis au point pour mesurer les réactions des grandes firmes des secteurs pharmaceutiques et biotechnologiques face aux différents besoins qui doivent être gérés en matière de résistance aux antimicrobiens (RAM). Et c'est une plate-forme de partage des meilleurs pratiques.
 
Le lancement de la première édition du Benchmark a eu lieu en 2018 à Davos. Nous sommes maintenant en pleine phase de collecte des données pour la prochaine version qui devrait être disponible en 2020. 

“En tant que personnes intelligentes qui œuvrent pour la santé à l'échelle globale, il nous incombe d'intervenir dès maintenant avant que le problème ne prenne plus d'ampleur.”

Jayesree K. Iyer, directrice exécutive, Access to Medicine Foundation


Quels sont les enseignements de la première édition concernant le comportement des entreprises pharmaceutiques?

 
Le dernier Benchmark nous a fourni un état des lieux de l'industrie. Nous avons travaillé avec des sociétés qui ont souscrit à la déclaration de Davos sur la RAM et nous nous sommes penchés sur leurs activités en matière de recherche et développement, production, accès et gestion. Nous avons appris que presque toutes les sociétés s'attaquent aux problèmes de l'accès approprié aux médicaments et de la résistance. Mais il y a des différences d'échelle très significatives d'une intervention à l'autre.
 
Il nous faut certainement des antibiotiques et des vaccins plus efficaces pour faire face à cette résistance croissante...Nous avons étudié les entreprises  pour établir si elles prenaient des mesures pour s'assurer que ces produits seront fabriqués de façon appropriée et disponibles pour le plus grand nombre ainsi que pour retarder l'apparition d'une résistance. Notre première conclusion a été que, au moment du stade clinique, très peu de projets avaient développé une réflexion à ce niveau. Sur 28 antibiotiques dans la phase avancée de production, seuls deux ont des plans d'accès et de gestion (programmes éducatifs etc.) en place.
 

Comment peut-on persuader les entreprises pharmaceutiques d'investir dans des nouveaux antibiotiques?

 
Il faut effectivement trouver le moyen d'encourager l'industrie pharmaceutique à se remettre à développer des nouveaux antibiotiques en s'assurant qu'ils sont produits en employant des méthodes durables. Pour cela, il faut allier efficacement les mesures incitatives – financières et autres. Il s'agit par exemple de faire comprendre aux entreprises qu'elles ne vont pas pouvoir vendre des produits employés en milieu hospitalier, par exemple les produits pour traiter le cancer, si les hôpitaux ne sont pas aussi en mesure de fournir des antibiotiques. Il y a des arguments très porteurs en faveur de l'investissement et il convient de les renforcer.

En même temps, les entreprises doivent reconnaître que les patients sont plus importants que les profits. Et elles doivent aussi reconnaître que si elles veulent gagner les sommes nécessaires pour rester compétitives dans le secteur pharmaceutique, elles devront s'assurer que des antibiotiques sont produits, parce qu'il nous faut une zone sûre pour fournir des traitements. Ces dernières années, beaucoup de sociétés se sont trouvées en difficulté. Il y a des années, on avait déjà vu Eli Lilly, Bristol-Myers Squibb et AstraZeneca complètement délaisser le marché [des antibiotiques]. Au cours des douze mois écoulés, des entreprises telles que Novartis ont décidé qu'elles ne lanceraient plus de nouvelles initiatives de développement d'antibiotiques.
 

Pourquoi nous retrouvons-nous dans cette situation?

 
[L'industrie pharmaceutique] sait que cela n'est pas particulièrement rentable. On attache plus de valeur à d'autres produits dans le système de santé qu'aux antibiotiques. Le marché ne garantit pas que les antibiotiques seront achetés en quantité suffisamment grande pour rendre la production viable.
 
Dans beaucoup de cas, le prix des antibiotiques est tellement bas que l'industrie pharmaceutique n'y trouve plus son intérêt...Si nous ne faisons rien pour mettre en place un système plus durable d'offre et de demande pour les antibiotiques, nous pourrions à l'avenir être obligés de payer, deux, trois, 500 fois plus quand il y aura de moins en moins de producteurs présents sur le marché car ils seront en mesure de fixer les prix comme bon leur semble. Si on veut éviter d'avoir ce problème en aval, il faut réfléchir aujourd'hui aux incitations qui sont en place.
 

Quels sont les changements qu'il faudrait introduire?

 
Il faut certainement un engagement de la part des entreprises. Mais il faut aussi que les gouvernements s'engagent à acheter des antibiotiques et qu'ils adoptent des mesures incitatives pour atténuer les risques associés aux innovations visant à identifier des nouveaux antibiotiques. Une partie du travail a déjà été fait. Ce qui manque ce sont les incitations visant à stimuler la demande pour garantir l'existence d'un marché payant pour les antibiotiques.
 

Comment faire pour éviter que le cycle de la résistance ne se poursuive avec les nouveaux médicaments?

 
Les gouvernements doivent reconnaître qu'il est important que les gens emploient les antibiotiques de façon appropriée et cela veut dire faire un effort éducatif, auprès des professionnels de la santé et auprès des citoyens, à qui il faut expliquer que si on prend un antibiotique, il faut aller au bout de son traitement.
 
A un deuxième niveau, il faudrait s'assurer que les recommandations officielles concernant les diagnostics et le recours aux antibiotiques soient disponibles, afin que les professionnels de la santé puissent faire les bons choix en matière d'administration des produits. Le troisième élément concerne la prévention des infections. Si des mesures préventives sont en place, le nombre d'infections qu'un pays doit gérer est considérablement réduit. Et il s'agit là de choses simples telles que le lavage des mains, la propreté et le maintien de normes strictes [d'hygiène] en milieu hospitalier.
 
Enfin, il faudrait reconnaitre que l'accès fiable a des antibiotiques est un besoin fondamental pour tout système de santé. Nous avons aujourd'hui des pénuries et des ruptures de stocks d'antibiotiques. Si un médecin n'a pas accès aux bons antibiotiques, cela donne lieu à des résistances, à des erreurs, à des retards, a des augmentations des dépenses en milieu hospitalier. C'est un problème partout dans le monde et on n'en parle pas assez.
 

On a assisté à une certaine prise de conscience concernant la RAM, certains ont même comparé cette crise aux problèmes posés par le changement climatique. Quelle vision avez-vous de l'ampleur de la menace?

 
Quand la RAM s'est retrouvée au cœur des débats politiques, je me suis d'abord dit «pourquoi?» Pourquoi soulevons-nous le problème maintenant? Je crois que la réponse est en fait très simple...La résistance est une réalité. Elle se manifeste plus souvent qu'on ne le croit. En tant que personnes intelligentes qui œuvrent pour la santé à l'échelle globale, il nous incombe d'intervenir dès maintenant avant que le problème ne prenne une ampleur beaucoup plus considérable.
 
 
 
 
 

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