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Juste un mois après que le Paraguay eut obtenu un certificat de l'Organisation mondiale de la santé le déclarant pays exempt de paludisme, un nouveau livre fait le point sur les perspectives d'élimination de la maladie dans le monde.

SciDev.Net s'est entretenu avec Sylvie Manguin, chercheuse à l'Institut de recherche pour le développement à Montpellier (France), sur les obstacles sur la route vers cet objectif.

Avec Vas Dev, qui a récemment pris sa retraite de l'Institut national indien de recherche sur le paludisme, Sylvie Manguin a édité l'ouvrage Towards Malaria Elimination - A Leap Forward (Vers l'élimination du paludisme - Un bond en avant), avec des contributions sur les défis majeurs, les progrès dans différents pays, ainsi que les vaccins et autres approches pour éradiquer le paludisme.

Le livre a été publié cette semaine (18 juillet) par l'éditeur d'accès libre IntechOpen. Chacun des 17 chapitres, écrits par des scientifiques des cinq continents, peut être téléchargé gratuitement partout dans le monde.

Le Paraguay a été certifié exempt de paludisme par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le mois dernier. Que pouvons-nous apprendre de ce succès ?

L'OMS délivre des certificats d'élimination après trois années successives sans cas de paludisme, comme c'est le cas aujourd'hui au Paraguay et au Sri Lanka [en septembre 2016]. La Chine n'a pas encore reçu de certificat, mais ce sera probablement le cas dans deux ans ; en 2017, il n'y avait pas de cas de paludisme enregistré en Chine. C'est un aspect très intéressant que nous avons développé dans l'un des chapitres du livre : la Chine a une organisation très stricte et pyramidale pour contrôler le paludisme et je pense que c'est vraiment la voie à suivre. Vous avez un bureau central, un bureau principal et des centres de santé [partout dans le pays] où les gens signalent des cas dès qu'ils surviennent. Ce n'est pas seulement quelque chose dont on discute au bureau ; les gens doivent réagir très rapidement sur le terrain. L'implication des personnes dans les villages est très importante pour éliminer le paludisme. Elles doivent savoir dans quelles circonstances elles tombent malades ; que le moustique est un élément clé du cycle du paludisme ; reconnaître si quelqu'un a le paludisme [et comment les symptômes diffèrent] de la dengue ou de la grippe ; demander aux personnes malades de se faire soigner. En outre, le chef de la communauté doit être réellement impliqué et transmettre des informations pour mettre en œuvre une stratégie de lutte antivectorielle. Beaucoup d'ONG fournissent des moustiquaires imprégnées, mais si les gens ne savent pas pourquoi ils devraient les utiliser, ils ne les utiliseront pas. Ils les garderont dans leurs sacs en plastique ou les utiliseront pour attraper du poisson.

Y a-t-il eu des surprises dans les contributions reçues ?

J'ai été surprise par [la] situation au Venezuela. En raison de l'instabilité politique, l'ensemble du système de santé publique a été détruit, le nombre de cas de paludisme a augmenté de 365% entre 2010 et 2015.  Le Venezuela était en phase d'élimination il y a quelques années, mais le paludisme y est en plein essor. Des patients ont succombé au paludisme. Je savais que le paludisme reviendrait, mais je ne savais pas que l'incidence connaitrait une croissance aussi rapide.

Les objectifs de développement durable visent à mettre fin à l'épidémie de paludisme d'ici 2030. Dans quelle mesure cet objectif est-il réaliste ?

Si en Asie du Sud-Est, les gens se réunissent et développent une stratégie internationale, ils seront sur la bonne voie pour éliminer le paludisme [dans la région]. C'est vraiment une question de volonté politique de travailler ensemble. L'Inde est bien organisée et doit également travailler avec les pays voisins, mais je pense qu'ils pourront atteindre l'élimination du paludisme dans les deux prochaines décennies. En Amérique latine, l'élimination est également tout à fait possible avec des efforts soutenus dans les années à venir. Nous devons maintenir la pression sur la maladie. Même après la certification de l'OMS, les gouvernements doivent maintenir des stratégies en place pour contrôler d'éventuels cas de paludisme. Mais je ne sais pas si le paludisme peut être éliminé en Afrique subsaharienne, où plus de 99% des cas sont dus à Plasmodium falciparum. C'est l'espèce mortelle du parasite : si vous ne recevez pas de traitement, vous mourrez. [En 2016], 91% des décès dus au paludisme sont survenus en Afrique subsaharienne, contre 6% en Asie du Sud-Est.

Quel est le plus grand obstacle à l'élimination du paludisme ?

L'un des obstacles est la résistance aux médicaments du parasite Plasmodium. De nos jours, les malades prennent un médicament appelé CTA [Combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine - Artemisinin Combination Therapy (ACT)]. Maintenant [des parasites résistants sont apparus] en Asie du Sud-Est, en commençant par le Cambodge, avec une expansion en cours vers le Vietnam, le Laos, la Thaïlande et Myanmar. La grande menace est maintenant que la résistance aux CTA se déplace vers l'Inde. [Si cela se produit], il y a de fortes chances que les travailleurs africains [migrants] soient infectés par un parasite résistant en Inde et retournent en Afrique avec. Si la résistance aux CTA s'étend à l'Afrique, ce sera un problème majeur. Il n'y aura plus de médicaments pour traiter les gens et cela signifie que le nombre de décès dus au paludisme augmentera. Les moustiques deviennent également résistants aux insecticides, il y a donc une double résistance dans le cycle de transmission du paludisme. Mon laboratoire étudie les plantes que les gens utilisent régulièrement pour repousser les moustiques ; nous avons trouvé des molécules intéressantes qui pourraient être mises sur le marché après des tests. Si nous pouvions avoir un nouveau répulsif sans danger pour l'environnement, cela nous donnerait de nouvelles façons de lutter contre le paludisme.
 
Cet entretien a été édité pour les besoins de la brièveté et de la clarté.

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