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La crise sanitaire cachée des morsures de serpent

Les habitants des zones rurales de l'Afrique subsaharienne, de l'Asie et de l'Amérique latine craignent davantage de se faire piquer par un serpent que l'impact des catastrophes naturelles ou des maladies telles que le paludisme ou la tuberculose.

L'OMS estime qu'environ 5,4 millions de personnes sont mordues par des serpents chaque année, ce qui donnerait environ 1,8 à 2,7 millions de cas d'envenimation et 130.000 décès.

Quelque 400.000 personnes se retrouvent avec des handicaps à long terme tels que la cécité, la défiguration ou l'amputation. L'Inde à elle seule enregistre environ un tiers des décès par morsure de serpent.

“L'objectif est de réduire l'ampleur du problème en réduisant de moitié le nombre de décès et d'invalidités d'ici 2030.”

David Williams, OMS

L'Afrique subsaharienne, l'Asie tropicale, la Nouvelle-Guinée, ainsi que l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud constituent d'autres régions à risque. La plupart des victimes sont des agriculteurs qui croisent le chemin des serpents venimeux, dans le cadre de travaux champêtres.

Un grand nombre de victimes meurent avant d'arriver à l'hôpital, car elles habitent trop loin des centres de soins ou ne peuvent pas se permettre les coûts exorbitants d'un traitement médical, ce qui signifie que le nombre de victimes des morsures de serpent pourrait être beaucoup plus élevé qu'on ne l'imagine.
 
L'envenimation par morsure de serpent est considérée comme une maladie des pauvres. Selon des statistiques de l'OMS recueillies en Australasie, en moyenne, deux personnes seulement meurent chaque année de morsures de serpents en Australie, où plus de 170 espèces de serpents, dont 100 serpents venimeux, ont été enregistrées.

Pourtant, en Nouvelle-Guinée voisine, où vivent des populations de serpents similaires, plus de 1.000 personnes meurent de morsures de serpents chaque année.

Les morsures de serpents font plus de victimes que les autres maladies tropicales négligées, telles que la dengue ou la leishmaniose, mais les gouvernements ont largement ignoré le problème.

Cependant, il y a des signes de changement.

En 2017, l'OMS a réintégré les morsures de serpents sur sa liste des maladies tropicales négligées (MTN), après les en avoir écartées en 2013.

En cette année 2018, l'Assemblée mondiale de la Santé a chargé l'OMS d'élaborer un plan d'action pour lutter contre les morsures de serpent.

"L'objectif est de réduire l'ampleur du problème en réduisant de moitié le nombre de décès et d'invalidités d'ici 2030", a déclaré David Williams, membre du groupe de travail principal de l'OMS sur cette question et chef de l'unité australienne de recherche sur le venin à l'Université de Melbourne.

Les scientifiques s'accordent pour dire que cela nécessitera un accès plus large à des sérums antivenimeux sûrs, efficaces et peu coûteux.

Cependant, il existe des défis tels que le manque de compétences du personnel de santé, des installations de santé sous-équipées et la préférence de nombreuses victimes de morsures de serpent de se faire soigner par un guérisseur traditionnel.

Au chapitre des développements positifs, on notera aussi que des mesures préventives relativement simples, telles que le port de chaussures à l’extérieur et l’utilisation de moustiquaires de lit, peuvent faire toute la différence.

Que se passe-t-il lorsqu'un serpent vous injecte du venin dans l'organisme ?

Le venin de serpent est un liquide blanc ou jaune contenant un cocktail de produits chimiques produits par les glandes situées derrière les yeux du serpent et pompés dans un conduit menant aux crocs creux de l'animal.

Les crocs agissent comme une aiguille hypodermique, injectant du venin dans le corps de la victime. Il existe trois principaux types de venin qui attaquent le corps de différentes manières.

Le venin hémotoxique provoque des saignements en interférant avec la coagulation du sang. Cela peut entraîner une hémorragie mortelle, un choc et des convulsions.
 
Le venin neurotoxique attaque le système nerveux central. Les victimes peuvent avoir le tétanos et des difficultés respiratoires. La paralysie, qui commence généralement par la tête et descend le long du corps, peut provoquer une insuffisance respiratoire, les muscles responsables de la respiration cessant de fonctionner.

Le venin cytotoxique attaque la zone autour de la morsure en détruisant les cellules et les tissus. Des membres entiers peuvent être affectés et dépérir, nécessitant une amputation.

Les venins peuvent également causer une hypotension artérielle, une augmentation du rythme cardiaque, des vomissements, des diarrhées et une insuffisance rénale.

Les femmes et les enfants subissent des effets plus graves de l'envenimation par les morsures de serpents, en raison de leur petite taille.

Souffrances à long terme pour les victimes et les communautés

Les serpents prospèrent dans les zones rurales tropicales et leurs victimes sont parmi les plus pauvres du monde - petits exploitants, ouvriers et éleveurs travaillant pieds nus dans les champs.

En plus des blessures physiques, les victimes de morsures de serpent sont évitées par les voisins, parents et amis, qui les assimilent à un mauvais présage.

Les femmes qui ont été piquées sont moins susceptibles de se marier et les survivantes défigurées sont réduites à la pauvreté. Dans de nombreux cas, les familles n'ont d'autre choix que de vendre le peu qu'elles possèdent pour payer un traitement.

Les enfants peuvent être retirés de l'école pour s'occuper d'un parent, d'un frère ou d'une sœur, ou encore parce que leurs familles ne peuvent plus payer leurs frais de scolarité.

Quels sont les serpents les plus venimeux ?

Il existe plus de 3000 types de serpents dans le monde. Environ 600 espèces de serpents sont venimeuses et entre 200 et 250 sont responsables de la plupart des décès, blessures et invalidités dans le monde.

En Inde, les "Big Four" - le cobra indien, la vipère de Russell, la vipère des pyramides et le krait indien - sont à l’origine de la majorité des morsures graves.

Dans le sud de l’Inde et au Sri Lanka, l'espèce Hypnale hypnale est devenue particulièrement dangereuse. En Afrique, les cobras, les vipères des pyramides et les souffleuses sont les principaux coupables, bien que dans certaines régions, les mambas soient responsables de nombreuses morsures avec d’autres espèces de vipères.

En Amérique centrale et en Amérique du Sud, la plupart des morsures sont dues à diverses espèces de vipères. En Nouvelle-Guinée, la majorité des morsures sont causées par le taïpan côtier et des serpents de l'espèce Acanthophis antarcticus, notamment la vipère de la mort.

Innovations en matière d'antivenin

L'utilisation d'antivenin est le traitement le plus fiable contre les morsures de serpent. Cependant, le venin de serpent diffère selon les espèces et au sein des espèces, en fonction de facteurs tels que l'âge, l'environnement, le régime alimentaire et la saison.

Par conséquent, les sérums antivenimeux doivent être spécifiques aux serpents et aux régions pour être efficaces.

Depuis la fin du XIXe siècle, on fabrique du sérum antivenimeux en injectant du venin de serpent à des chevaux ou à d’autres animaux de grande taille, afin que leur système immunitaire produise des anticorps.

Le plasma sanguin contenant les anticorps est extrait de l'animal afin de produire un sérum antivenimeux selon un processus coûteux et exigeant en main-d'œuvre.

Ces dernières années, des scientifiques ont expérimenté des méthodes novatrices de production de sérum antivenimeux.

Par exemple, Andreas Hougaard Laustsen, professeur associé au département de biotechnologie de l’Université technique du Danemark, a mis au point un sérum antivenimeux basé sur des anticorps humains, solution de remplacement moins onéreuse au sérum de cheval pouvant déclencher une maladie du sérum ou un choc anaphylactique menaçant le pronostic vital.
 
Des scientifiques de l'Université de Californie étudient des nanoparticules pour prévenir la propagation du venin dans le corps.

Ils nourrissent l'espoir qu'un jour les nanoparticules injectables puissent être chargées dans un dispositif tel qu'EpiPen, qui pourrait être facilement et immédiatement administré à une victime de morsure.

Cela pourrait donner à la victime plus de temps pour se faire soigner à l'hôpital. Les chercheurs sont particulièrement enthousiasmés par le travail de Matthew Lewin, qui s'est penché sur des médicaments qui ont échoué pour le traitement envisagé, mais qui trouvent une utilisation contre le venin de serpent.

Un médicament, le Varespladib, initialement étudié comme agent anti-inflammatoire, a montré de bons résultats en neutralisant les enzymes du venin de serpent.

Peu d'incitation pour les fabricants de sérum antivenimeux

Des sérums antivenimeux efficaces et sûrs sont disponibles, mais leur coût est hors de la portée de nombreux patients, qui se tournent plutôt vers les guérisseurs traditionnels ou vers des alternatives moins chères.

Mais qui dit prix bas dit généralement mauvaise qualité des médicaments, pour la plupart non testés, voire faux. Très tôt, un grand nombre de patients ont cessé de faire confiance aux médicaments et la demande d'antivenin a diminué encore plus.

En conséquence, les fabricants ont augmenté leurs prix ou arrêté complètement la production, comme ce fut le cas de la société pharmaceutique française Sanofi, qui a cessé en 2010 de produire Fav-Afrique, un antivenin panafricain très efficace et abordable.

La société a estimé que le marché africain n’était pas assez lucratif.

Le manque de données sur les décès et les blessures causés par des morsures de serpent dans le monde contribue par ailleurs à la faible demande de sérum antivenimeux, ce qui entraîne une sous-estimation des besoins par les autorités sanitaires nationales.

Dans le cadre de son plan d'action, l'OMS testera la qualité de l'antivenin pour s'assurer que seules des versions efficaces sont vendues.

En augmentant la production de sérums antivenimeux de qualité garantie, recommandés par l'OMS, on espère que les prix baisseront, mais que la fabrication se poursuivra.

Références

[1] World Health Organization: Snakebite envenoming
[2] 71st World Health Assembly Resolution: Addressing the burden of snakebite envenoming
[3] Global Snakebite Initiative
[4] Health Action International
[5] Medecins Sans Frontieres
[6] Minutes to Die
[7] Andreas H. Laustsen et al, In vivo neutralization of dendrotoxin-mediated neurotoxicity of black mamba venom by oligoclonal human IgG antibodies, Nature Communications(2018). DOI: 10.1038/s41467-018-06086-4
[8] O’Brien J, Lee S-H, Gutiérrez JM, Shea KJ (2018) Engineered nanoparticles bind elapid snake venom toxins and inhibit venom-induced dermonecrosis. PLoS Negl Trop Dis 12(10): e0006736. https://doi.org/10.1371/journal.pntd.0006736
[9] Lewin, M.R.; Gutiérrez, J.M.; Samuel, S.P.; Herrera, M.; Bryan-Quirós, W.; Lomonte, B.; Bickler, P.E.; Bulfone, T.C.; Williams, D.J. Delayed Oral LY333013 Rescues Mice from Highly Neurotoxic, Lethal
[10] Doses of Papuan Taipan (
Oxyuranus scutellatus) Venom. Toxins 2018, 10, 380 https://doi.org/10.3390/toxins10100380

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