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Ce 10 Octobre 2019, la communauté internationale célèbre la journée internationale de la santé mentale, sous le thème de la prévention du suicide.

Malgré les chiffres alarmants de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls 28 pays sont dotés d’une stratégie nationale de prévention du suicide dans le monde et aucun pays africain ne figure sur cette liste.
 
Selon l’OMS, près de 800.000 personnes se suicident chaque année dans le monde, soit une personne toutes les 40 secondes, avec 79% des cas répertoriés dans les pays à revenus faibles et intermédiaires.

“Pour mettre en place une stratégie de prévention efficace, il faut maîtriser les facteurs de risque du suicide.”

Jean Éric Diabaté, psychiatre - Sénégal.

Quant à l’ensemble des pays africains à revenus faibles et intermédiaires − qui représentent 12,6% de la population mondiale -, la même source renseigne que le taux de suicide standardisé y est de 10 pour 100.000 habitants.
 
 
« La question du suicide est encore malheureusement considérée comme un tabou de nos jours et nous atteignons un point où il faut oser lever ce tabou et accorder au sujet toute l’attention qu’il faut », déclare Jean Éric Diabaté, psychiatre.

L’intéressé appelle en l’occurrence à changer de regard sur le suicide, en concentrant les efforts sur la prévention, car, selon lui, « l’impression générale est que les politiques trouvent qu’il est plus facile de gérer le deuil que de s’occuper de la prévention ».

« Pour mettre en place une stratégie de prévention efficace, il faut maîtriser les facteurs de risque du suicide », fait-il savoir.

Podcast : Lutter contre le suicide


Il existe tout un spectre de facteurs de risques, dont les plus importants sont les antécédents de tentative de suicide et les troubles mentaux, à en croire le psychiatre Félix Assogba,  médecin traitant au centre psychiatrique de l’hôpital régional de Kaolack, au Sénégal.

De fait, « pour chaque suicide, il y a souvent plusieurs tentatives et le taux de suicide peut atteindre les 10% chez les individus chez qui le diagnostic de troubles mentaux tels que le Trouble de la personnalité borderline (TPB) a été établi », estime Jean Éric Diabaté.

« Toute stratégie efficace de prévention commence par le dialogue », soutient pour sa part Félix Assogba.

Selon lui, il est difficile pour les proches des sujets d’identifier les signes avant-coureurs du suicide, d’où la nécessité de faire appel aux spécialistes qui sont capables de le faire, à travers le dialogue et l’étude du comportement.

Ensuite, « il faut une sensibilisation qui vise plusieurs objectifs, à savoir, l’inculcation d’une culture des consultations psychiatriques et psychologiques, la déstigmatisation des personnes en besoin d’aide et l’éducation sur les questions relatives au suicide, surtout à l’endroit des jeunes », conseille l’expert.

Enfin, préconise-t-il, « il faut doter les systèmes sanitaires de centres adéquats pour la prise en charge des personnes qui pourraient développer un comportement suicidaire et des programmes de désintoxication des alcooliques et des drogués, etc. ».

Cette prise en charge, explique-t-il, permettra de prodiguer des soins de pharmacothérapie (antidépresseurs) ou de psychothérapie (Programmes de traitement de l’alcoolisme, le plus souvent par le suivi d’un psychologue ou par thérapie de groupe) aux sujets et de les suivre de façon soutenue.

Pour sa part, la psychologue Binta Sarr met l’accent sur les dispositions à prendre, surtout en milieu professionnel, afin de s’assurer du bien-être mental des personnes.

« Il faut que les entreprises d’une taille relativement moyenne, à défaut de recruter des psychologues dans leur personnel, fassent régulièrement appel aux services de psychologues, en envoyant les employés en consultation, en les y contraignant si possible », recommande-t-elle, ce qui permettrait de voir venir les situations de suicide.

Aussi, appelle-t-elle les pouvoirs publics à mettre à la disposition de la population, des numéros verts d’assistance en ligne, pour les candidats au suicide, avec des personnes bien formées qui répondent au bout du fil, pour rassurer les appelants et si possible, localiser les appels pour des interventions rapides.

Par ailleurs, Jean Éric Diabaté appelle à agir sur la couverture médiatique inappropriée qui est faite du suicide, qu’il faut impérativement « recadrer », selon lui. 

« Le suicide n’a rien de sensationnel », dit-il, avant de déplorer qu’aujourd’hui, « on assiste malheureusement à une couverture sensationnelle du suicide, ce qui constitue un facteur de risque, car il y a les suicides par imitation ».

De plus, avec l’avènement des réseaux sociaux, renchérit-il, « dans la recherche d’une portée médiatique tristement grande, des gens en arrivent, soit à se suicider en direct sur les réseaux sociaux, soit à relayer des images de suicide publiées par d’autres utilisateurs ».

Toutefois, « une stratégie de lutte efficace dépend surtout des données disponibles et accessibles », indique Binta Sarr.

La psychologue soulève en l’occurrence le problème du recensement des cas de suicide dans les registres civils.

« D’une part, les proches des victimes ne déclarent pas le suicide, pour des raisons sociales, et de l’autre, les victimes de suicide sont souvent classées dans des cas d’accidents ou autres causes de décès, par défaut d’enquêtes suffisantes par les inspecteurs et les médecins légistes, permettant de confirmer le suicide », regrette-t-elle.

Une situation qui, selon la spécialiste, biaise les statistiques et ne permet pas de cerner l’ampleur réelle du problème, donc d’adapter une stratégie sur mesure.

« Les chiffres existants sont néanmoins parlants à suffisance, pour réveiller les consciences afin que nos pays se dotent de stratégies de prévention du suicide », conclut-elle.

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