Republier

Nous vous encourageons à reproduire cet article en ligne ou sur support papier. La reproduction est libre de droit, suivant les termes de notre licence Creative Commons. Nous vous prions cependant de suivre ces directives simples :
  1. Vous devez créditer nos auteurs.
  2. Vous devez créditer SciDev.Net — dans la mesure du possible, veuillez insérer notre logo, avec un rétrolien vers l’article originel.
  3. Vous pourriez aussi simplement publier les premières lignes de l’article et ajouter ensuite la mention: "Veuillez lire l’intégralité de l’article sur SciDev.Net", avec un lien vers l’article originel.
  4. Si vous souhaitez aussi reprendre les images publiées avec cet article, veuillez vérifier avec les détenteurs de droits d’auteur que vous êtes autorisés à les utiliser.
  5. Le moyen le plus facile de reproduire l’article sur votre site est d’intégrer le code ci-dessous. 
Pour plus d’informations, veuillez consulter notre page media et nos conseils pour la reproduction.

The full article is available here as HTML.

Press Ctrl-C to copy

L’épidémie de rougeole déclarée en République démocratique du Congo (RDC) depuis le 10 juin a fait à ce jour 2.758 morts, soit un taux de mortalité plus élevé que celui de l’épidémie d’Ébola, selon l’organisation caritative Médecins Sans Frontières (MSF).

Depuis le mois dernier, la situation épidémiologique se serait en fait aggravée, avec l’annonce de nouveaux cas dans plusieurs provinces.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la rougeole est une maladie virale grave et extrêmement contagieuse.

Avant que la vaccination ne soit introduite en 1963 et qu'elle ne se généralise, d'importantes épidémies de rougeole étaient enregistrées tous les deux à trois ans et pouvaient causer environ 2,6 millions de décès par an.

La maladie reste l'une des principales causes de décès du jeune enfant, alors qu’il existe un vaccin sûr et efficace. On estime que 89.780 personnes, dont une majorité d’enfants de moins de 5 ans, sont mortes de la rougeole en 2016.

“La rougeole constitue une menace pour l’ensemble de la planète et pas que pour l’Europe - où elle préoccupe également les autorités sanitaires - et l’Afrique. ”

Paul-Henri Consigny, spécialiste des pathologies infectieuses et tropicales à l’Institut Pasteur

Selon Médecins sans frontières, à ce jour, 145.000 cas de rougeole ont jusqu'ici été recensés en RDC. 
 
Paul-Henri Consigny, spécialiste des pathologies infectieuses et tropicales à l’Institut Pasteur, à Paris, explique que la rougeole est la maladie par voie respiratoire la plus transmissible : un cas de rougeole peut contaminer 15 à 20 personnes dans son environnement, contre un ratio de deux à quatre pour la grippe et de deux pour le SRAS – le syndrome respiratoire aigu sévère.

Il s’ensuit un besoin impératif de protection maximale de la population, notamment par la vaccination, poursuit le chercheur, qui précise que la poussée épidémique actuelle en RDC s’explique par des problèmes structurels dans le secteur de la santé.

Or, l’actuelle épidémie intervient dans un contexte où le système de santé, est déjà à bout de souffle, en raison notamment de l’épidémie d’Ébola, une menace majeure de santé publique dans ce pays en proie à l’instabilité, l’insécurité et la pauvreté.

“L’actuelle épidémie de rougeole est la plus meurtrière que la RDC ait connu en dix ans.”

Fabrizio Andriolo, coordonnateur de l’équipe d’urgence de MSF en RDC

Fabrizio Andriolo, coordonnateur de l’équipe d’urgence de MSF en RDC, estime pour sa part que « l’actuelle épidémie de rougeole est la plus meurtrière que la RDC ait connu en dix ans. »

Si les experts estiment à l’unanimité que le moyen de riposte le plus efficace reste la vaccination, Fabrizio Andriolo fait remarquer que celle-ci coûte cher. « Il faut garantir la chaîne de froid, le transport dans des zones reculées et difficiles d’accès et tout ceci a un coût », rappelle-t-il.

Fabrizio Andriolo met également en cause des problèmes d’approvisionnement en vaccins, ainsi que la faiblesse des systèmes de surveillance épidémiologique.

Pas de lien entre Ebola et la rougeole


En ce qui concerne l’actuelle épidémie d’Ébola, qui sévit dans le Nord et le Sud-Kivu et la résurgence de la rougeole, les experts se gardent bien d’établir tout lien de cause à effet.

« Dans la pratique, Ébola ne favorise pas la rougeole et, a priori, la rougeole ne favorise pas Ébola », déclare ainsi Paul-Henri Consigny à SciDev.Net. « Certes, il n’y a pas de preuve, ni de logique scientifique établissant cela, mais au moins dans la pratique, la communauté scientifique peut s’entendre là-dessus », précise-t-il.

Paul-Henri Consigny insiste par ailleurs sur le fait que pas plus qu’Ébola ne provoque la rougeole ou que la rougeole ne provoque Ébola, il n’y a pas eu de mutation du virus de la rougeole.

« Il s’agit du même virus, il n’y a pas eu de mutation. Le problème qui se pose est celui d’une couverture vaccinale insuffisante, voire d’une défiance à l’égard de la vaccination, en fonction des contextes », soutient le chercheur.

Qu’on ait, en même temps qu’une épidémie d’Ébola, une épidémie de rougeole, ce n’est pas très étonnant, insiste Paul-Henry Consigny. « Le fait est qu’auparavant, les épidémies de rougeole n’étaient pas médiatisées. Elles le sont aujourd’hui sans doute à cause d’Ébola. »

Si aucun cas d’Ébola n’a été détecté dans les camps où des campagnes de vaccination contre la rougeole ont été menées par MSF, en revanche, dans la mesure où ces camps sont situés à proximité d’une aire de santé qui a connu des cas d’Ébola et à quelques centaines de mètres d’un centre de traitement, l’organisation a dû mener, parallèlement, des actions de prévention et de sensibilisation à la maladie à virus Ébola, appelées « PCI » - pour Prévention et contrôle des infections.

Biosécurité


Mais selon MSF, ces actions ne devraient pas prêter à confusion et ne devraient surtout pas être interprétées comme une reconnaissance de facto d’un possible rapport entre l’épidémie d’Ébola et l’épidémie de rougeole.

La concomitance de ces deux épidémies semble avoir obligé à des mesures de dépistage d’Ébola, dans un contexte de regroupement de personnes, a priori favorable à la circulation de virus de type Ébola.

Ainsi, selon Nicolas Peyraud, pédiatre à MSF et référent MSF en matière de vaccination à Genève et actuellement déployé en Ituri, « en termes de ce que nous appelons “biosécurité”, il est nécessaire de respecter un certain nombre de mesures de base ».

Ces mesures concernent tout d’abord la mise en place d’un « triage » qui consiste à faire passer les gens dans un circuit au cours duquel leur température est prise à l’aide d’un thermoflash afin de s’assurer qu’ils n’ont pas de fièvre et ne présentent pas de symptôme lié à la maladie à virus Ébola ; elles concernent également le respect d’une distance minimale stricte de 1,5m entre les personnes présentes sur les sites de vaccination.

Paul-Henry Consigny ajoute pour sa part qu’au-delà de l’épidémie en cours en RDC, « la rougeole constitue une menace pour l’ensemble de la planète et pas que pour l’Europe - où elle préoccupe également les autorités sanitaires - et l’Afrique. »

C’est pourquoi, explique-t-il, l’OMS a inscrit la vaccination contre la rougeole sur la liste des programmes élargis de vaccination (PEV).

« Malheureusement, la RDC est un bon exemple de pays avec une couverture vaccinale médiocre », conclut-il.

Sur le terrain, plusieurs organisations aident les autorités congolaises à contenir l’épidémie. En première ligne se trouve l’organisation caritative MSF.

Selon Nicolas Peyraud, le nombre de cas dans l’Ituri a atteint 5.870 et les zones de santé de Bunia, Rwampara, Tchomia et Nyankunde, cibles d’une campagne de vaccination, « ont déjà présenté 387 cas depuis le début de l’année, dont une majorité dans celle de Bunia, où de nombreux cas sont apparus ces 3 dernières semaines. »

Dans ce contexte d’inquiétude, un des principaux défis à relever est de maintenir la confiance des communautés pour la réalisation de cette campagne, en leur rappelant que ce type de vaccination avait déjà été effectuée par le passé, estime encore Nicolas Peyraud.

Selon lui, l’impact de cette campagne sera ainsi double : protéger les populations à risque contre la rougeole et, dans le même temps, éviter d’avoir des suspicions de cas Ébola dans la même zone, alors même que les premiers symptômes entre Ébola et la rougeole sont similaires.
 
 

Références

Photothèque en ligne de Médecins Sans Frontières 

Thèmes apparentés