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[ABIDJAN] Plus qu’un simple bijou, cet outil baptisé Pass Santé Mousso est associé à une plateforme web et mobile qui permet à son propriétaire d’avoir sur lui et à tout moment ses données personnelles et médicales, ce qui facilite sa prise en charge et son suivi médical.

Corine Maurice Ouattara, directrice générale de MCM, l’entreprise initiatrice du projet, explique à SciDev.Net que l’initiative tire son origine de deux histoires.

« La première histoire est la mienne. Dans mon enfance, il arrivait que je fasse des crises d’épilepsie, d’asthme, et je souffrais de sinusite », raconte-t-elle.

“Il faut que le Pass Santé Mousso puisse communiquer avec tous les systèmes d’information sanitaire du pays, mieux, et au-delà.”

Franck Simon Bléhiri, coordinateur national e-santé du ministère de la Santé - Côte d'Ivoire

La seconde, poursuit-elle, est celle d’une jeune fille, un mannequin nommé Awa Fadiga, décédée dans un hôpital d’Abidjan en mars 2014, des suites d’une agression, sans que l’équipe médicale ait eu accès à certaines informations capitales pour sa prise en charge.

« Produit de santé publique »

Le Pass Santé Mousso propose aux populations un carnet de santé électronique matérialisé par un bijou (bracelet ou médaillon), et aux professionnels de la santé, une plateforme sécurisée de gestion et de partage des dossiers des patients, ce qui en fait, selon Mme Ouattara, « un produit de santé publique ».

Avec pour l’heure 10.000 utilisateurs, il est disponible dans les locaux de MCM, dans la commune de Marcory (Abidjan), les centres de santé, cliniques et pharmacies partenaires, pour un coût de 5.000 Francs CFA (environ 7,62 euros), et un abonnement annuel de 1.000 francs CFA (1,52 euros), après la première année d’utilisation, en guise de frais d’entretien des données.

Avantages


Testé dans sa phase pilote dans une clinique privée d’Abidjan, le bracelet connecté est depuis quelques mois en phase d’implantation dans les centres de santé publics, grâce à une convention entre la start-up et le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, qui a très vite perçu les avantages de l’innovation.

Dans un pays où les accidents de la route sont récurrents - 1200 accidents enregistrés en 2018, pour un total de 1509 morts et 1902 blessés, selon les statistiques officielles -, « une telle innovation ne pouvait que susciter de l’intérêt chez les autorités sanitaires », relève le coordinateur national e-santé du ministère de la Santé, Franck Simon Bléhiri.

Selon le responsable ivoirien, les retours de terrain sont « édifiants ». « Avec ce bracelet, on a une traçabilité les actes médicaux antérieurs du patient. Les ambulanciers, pompiers, urgentistes et médecins, peuvent donc disposer d’informations pour une intervention efficace », illustre-t-il, formulant le souhait que le projet s’étende à tous les centres de santé du pays.

Un autre avantage du Pass Santé Mousso consiste en sa capacité de faciliter les synthèses épidémiologiques, affirme pour sa part le président de l’ONG Association Graine d'Ivoire et Santé (AGIS), Aboubacar Sylla, dont l’organisation est spécialisée dans la recherche scientifique et la prise en charge des maladies des enfants.

Grâce aux données recueillies auprès des familles connectées, AGIS arrive à transférer rapidement ses informations de terrain au ministère, notamment pour des interventions en matière de cardiopathie, insuffisance rénale et paludisme. « C’est un système avant-gardiste », estime M. Sylla.

Quant à l’informaticien de santé Jean-Michel N’Guessan, l’un des promoteurs du Pass Santé Mousso, il estime que cette innovation vient répondre au problème des dossiers médicaux papiers dans la plupart des établissements sanitaires.

Le Pass Santé Mousso, argumente-t-il, facilite l’accès à l’historique médical des patients, en cas de transfert dans un autre établissement de santé.

« Le bracelet connecté permet, quel que soit l’endroit ou le pays, de disposer des informations médicales des patients, pourvu que l’accès à l’Internet soit garanti », ajoute-t-il.

Système sécurisé


En ce qui concerne la sécurité des données, en plus de la certification du projet par l’Agence de régulation des télécommunications de Côte d’Ivoire, ses initiateurs sont engagés dans un processus de mise en conformité à la loi sur les données personnelles.

Ceci leur a permis de mettre au point un système sécurisé, de sorte que même en cas de perte du bracelet, le titulaire n’ait pas à craindre pour ses informations sanitaires.

« Avec votre identifiant et mot de passe, on peut vous générer un autre bracelet et personne ne peut accéder à vos données sans votre autorisation », ajoute Jean-Michel N’Guessan.

Interopérabilité


Le hic, regrette le coordinateur national e-santé du ministère de la Santé, Franck Simon Bléhiri, c’est le problème d’interopérabilité du Pass. « Il faut que le Pass Santé Mousso puisse communiquer avec tous les systèmes d’information sanitaire du pays, mieux, et au-delà », suggère-t-il.

A cela s’ajoutent les difficultés financières des promoteurs, qui travaillent sur fonds propres, sans aide extérieure, malgré de nombreux lauriers d’entreprenariat glanés à travers le monde.  

Qu’à cela ne tienne, Corine Maurice Ouattara et son équipe, désormais représentées par des structures partenaires au Togo, au Bénin, au Tchad et au Niger, restent optimistes : « même si vers la fin, nous avons été abandonnés par certains (…), notre vision reste de faire du Pass Santé Mousso, le carnet de santé des Africains, et du continent africain, le premier continent en matière d’e-santé ».
 
 
 
 

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