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A l'occasion de la semaine africaine de la science, organisée à Yaoundé, du 17 au 22 décembre dernier, chercheurs, scientifiques et décideurs ont présenté des idées novatrices pour le développement de l'Afrique, notamment dans le secteur énergétique, et réfléchi aux réformes structurelles indispensables pour renforcer l'activité scientifique sur le continent.
 
Lors de l'une des manifestations les plus attendues, à savoir la conférence sur « La recherche scientifique pour et par les Africains : Challenges et opportunités », les participants ont présenté de nombreuses idées novatrices, dont la possibilité de produire de l’électricité à partir d’urine humaine à travers un processus de métabolisme microbien et la fabrication de panneaux solaires à pigment sensible ou panneaux solaires organiques à base de dioxyde de titane.
 
L'idée a été présentée par le Camerounais Stéphane Kenmoé, chercheur à l’université de Duisburg-Essen, en Allemagne.

“Quand les États africains comprendront l’importance de consacrer 1% de leur PIB au profit de la recherche, les choses pourront changer.”

Yap Boum II, enseignant-chercheur à la faculté de médecine de l’université de Yaoundé I

Selon le chercheur, le dioxyde de titane « est un composant abondant sur la planète, qu’on retrouve en Afrique et même au Cameroun, où il est bon marché ».
 
A l’en croire, il est possible de coller des pigments au-dessus du titane et de s’en servir pour fabriquer des panneaux solaires à pigment sensible. « Les pigments qu’on colle au-dessus viendraient de fruits et légumes qu’on a partout en Afrique, comme le poivron, les fruits noirs et le beta carotène extrait de la carotte », précise-t-il.
 
En effet, le beta carotène permet aux panneaux solaires d’absorber plus de lumière, précise le chercheur.
 
Le problème avec les panneaux solaires ordinaires est que la majeure partie du spectre solaire entrant est réfléchie et n’entre pas dans le matériau, explique encore Stéphane Kenmoé.
 
« Cela fait chauffer le matériau, celui-ci se dilate et plus tard, le matériau tombe en panne. Alors qu’avec ces pigments qu’on attache sur la surface, le panneau absorbe une plus grande quantité du spectre solaire », poursuit-il.
 
Mais le chercheur camerounais reconnaît que le principal problème avec ces panneaux solaires organiques réside dans la conversion de l’énergie du soleil en énergie électrique. Le panneau solaire ordinaire à base de silice la convertit à presque 50 à 60 %, alors qu’avec les panneaux solaires à pigment sensible, la meilleure efficacité est à 20 % ».
 
Malgré tout, Stéphane Kenmoé pense qu’on gagnerait à fabriquer de tels panneaux en Afrique, « puisque nous avons de la matière sur place ».
 
Le chercheur a également évoqué la possible exploitation de la physio-électricité du collagène des écailles de poissons, pour fabriquer des stimulateurs cardiaques à même de prendre la relève lorsque le cœur s’arrête de fonctionner.
 
Malheureusement, regrette Stéphane Kenmoé, l’état de la recherche sur le continent est déplorable et ne permet pas d’exploiter ces opportunités.
 

1% du PIB

C’est ainsi, fait-il remarquer, que le Plan d’action de Lagos (1980-2000) qui recommande à chaque pays africain de consacrer au moins 1% de son produit intérieur brut (PIB) à la recherche, pour soutenir le développement durable du continent, n’est pas suivi.
 
En conséquence, en matière de recherche scientifique, « l’humanité évolue sans le continent africain », affirme Timoléon Crépin Kofane, enseignant en sciences physiques à l’université de Yaoundé I et lauréat 2015 du Prix Kwame Nkrumah de l’Union africaine pour la recherche scientifique.
 
Très amer, le physicien, qui prône l’universalité de la recherche, relève qu’en une année, « sur 100 publications scientifiques dans le monde, l’Afrique n'en produit qu’une seule ».
 
Il ajoute que « sur un million d’habitants, seulement 57 en Afrique font de la science, contre 560 au Brésil et 4.600 aux Etats-Unis ».
 
Pourtant, d’après les chercheurs présents à la conférence, l’Afrique dispose de ressources et de la matière suffisantes pour une recherche orientée en fonction de ses besoins.
 
Cependant, elle manque cruellement de laboratoires de haut niveau, de centres consacrés à l’étude des matériaux, à la détection et à l’étude du comportement des virus, comme le virus Ébola ou celui du Sida.
 
Évoquant l'exode des chercheurs africains, Stéphane Kenmoé regrette par ailleurs que de nombreux scientifiques africains travaillent dans des centres de recherche européens sur des maladies qui n’existent pas en Europe, à l’exemple du virus Ébola.
 
« C’est de la recherche pour l’Afrique, par les Africains, mais hors d’Afrique et elle ne profite pas à l’Afrique. Parce que lorsqu’on investit dans la recherche, on attend aussi un retour sur investissement. Et le retour profite à qui ? Pas à l’Afrique », regrette Stéphane Kenmoé.
 

Leadership

Pour Yap Boum II, enseignant-chercheur à la faculté de médecine de l’université de Yaoundé I, tout est aussi question de leadership.
 
Au sujet du paludisme et du virus Ébola notamment, il rappelle que ce sont des maladies africaines.
 
« Ils ont peut-être de l’argent, mais nous avons les patients. Cela devrait nous permettre d’avoir l’argent qu’il nous faut pour faire la recherche et trouver nos solutions. Sans nos patients, ils ne peuvent pas non plus faire cette recherche. C’est important d’avoir cette dimension de leadership ».
 
« Quand les États africains comprendront l’importance de consacrer 1% de leur PIB au profit de la recherche, les choses pourront changer », conclut Yap Boum II, qui est aussi le représentant régional pour l’Afrique d’Epicentre [1] et co-fondateur de Kmerpad [2].
 
Pour remédier à ce problème, croit savoir Stéphane Kenmoé, « il faut financer la recherche en Afrique ». L’une des solutions, à son avis, étant d’élaborer un modèle de financement de la recherche en imposant par exemple des taxes sur les activités des grandes entreprises.
 
Dans cette optique, Timoléon Crépin Kofane invite les nations africaines à s’intéresser à l’abstrait.
 
Aujourd’hui, dit-il, « les grandes nations scientifiques explorent l’univers pour trouver des planètes où il y a des traces de carbone et d’oxygène, pour qu’avec des engins à réaction nucléaire, nous puissions voyager et atterrir là-bas. Voilà où l’humanité est en train d’évoluer ».
 
Il invite par ailleurs à un changement de mentalités sur le continent. « Quand on ne sait pas ce qu’il faut faire, il faut tout simplement copier ce qui se fait de mieux ailleurs », conclut-il.

Références

[1] Groupe de recherche en épidémiologie créé par Médecins sans frontières
[2] Start-up spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de serviettes hygiéniques lavables et réutilisables

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