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[PANAMA CITY] Simone Anne Marie Badal-McCreath, une chimiste et chercheuse jamaïcaine sur le cancer, avait toujours envisagé de devenir médecin. Mais en passant sa licence de biochimie, elle est tombée amoureuse de la recherche.

Insatisfaite du matériel source qu’elle a reçu à l’université, Anne Marie Badal-McCreath a décidé d’écrire son propre manuel de chimie des plantes. Aujourd'hui âgée de 37 ans, elle enseigne les sciences médicales à l'Université des Indes occidentales, à Mona, en Jamaïque.

Deux ans après son doctorat en biochimie, elle était l'une des cinq femmes à remporter le prix 2014 de la Fondation OWSD-Elsevier, attribué conjointement par Elsevier et l'Organisation pour la promotion de la femme dans le monde en développement.


Pouvez-vous nous parler de votre carrière de chercheuse ?

J'ai obtenu mon diplôme en 2012 et ma thèse était axée sur l'identification des propriétés anticancéreuses potentielles des produits naturels jamaïcains, c'est-à-dire s'ils seraient capables de ralentir, de bloquer ou d'inverser la progression du cancer. Nous avons étudié trois différentes lignées de cellules cancéreuses : le cancer du sein, du côlon et du foie. À la fin de cette recherche, il était clair que plusieurs de nos produits naturels jamaïcains bloquaient les voies cellulaires cancérigènes. Nous avons également constaté que quelques-uns de nos composés détruisaient les cellules cancéreuses du côlon, mais ne nuisaient pas à ses cellules normales. La prochaine étape sera un travail in vivo.

Parlez-nous du prix de la Fondation Elsevier pour les scientifiques en début de carrière dans les pays en développement

Le prix était spécifiquement axé sur les sciences chimiques. Le doyen de la faculté m'a désignée et j'ai représenté la région Amérique latine et Caraïbes. Chaque lauréat a reçu 5.000 USD et a assisté à la réunion annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science, tenue à Chicago, aux États-Unis, où le prix a été remis. C'était assez mémorable. Grâce à cette récompense, plusieurs portes m'ont été ouvertes, pour accéder à des subventions, trouver des financements et bâtir ma carrière de jeune femme scientifique dans les Caraïbes.



C'est après ce prix que vous avez obtenu votre poste à l'Université des Indes occidentales…

J'étais employée comme maître de conférences, ce qui équivaut à un poste de professeur adjoint aux États-Unis. J'ai pu obtenir une subvention d'un montant de 90.000 USD et j'ai donc mis en place un laboratoire de culture cellulaire. Ma vision est de construire le premier centre mondial de cancérologie au service des Caraïbes ; un centre qui peut développer une médecine personnalisée pour traiter les cancers qui touchent les hommes et les femmes des Caraïbes. Je ne suis pas certaine de le voir, mais j'espère contribuer à cela par le biais de mon travail et de mes étudiants.

Vous avez écrit votre propre manuel. Que se cache derrière cette histoire ?

Pendant que je préparais mon doctorat, j'enseignais également la pharmacognosie [l'étude de médicaments à base de plantes ou d'autres sources naturelles, NDLR]. Un jour je suis rentrée à la maison et j'ai dit à mon mari : « Je ne suis pas tellement contente du manuel », et il a répondu : « Pourquoi n'écris-tu pas le tien ? » J'ai ri au début, car je n'avais même pas encore fini avec mon doctorat. Mais, alors j'ai écrit les grandes lignes. Bientôt, j'ai reconnu que l'une des personnes impliquées dans mon prix était Elsevier. J'ai utilisé cela comme une ouverture pour les contacter. Après plusieurs discussions, ils ont affiné davantage mon plan et l’ont envoyé à plusieurs experts internationaux dans le domaine. Quelques années plus tard, nous y sommes - il est publié ! Le livre final est une compilation des contributions de 70 experts du monde entier.

Pensez-vous qu'il est plus difficile d'être une femme scientifique qu'un homme scientifique dans votre pays ?

À ce stade, je ne peux affirmer l'une de ces deux choses. Personnellement, j'ai réalisé – toute chose étant par ailleurs relative – beaucoup, en peu de temps. J'ai eu le soutien de scientifiques hommes et femmes. Je reconnais que mon âge était peut-être un obstacle. Certaines personnes pourraient penser que vous êtes trop jeune pour progresser aussi rapidement. Mais j'ai toujours tiré des ressources, pas seulement des membres de ma famille, mais aussi du milieu universitaire. Oui, je sais qu'il y a d'autres personnes qui diraient qu'être une femme scientifique est plus difficile, mais je n'ai pas encore atteint ce stade. J'ai des défis partout, alors je me concentre sur ce qui doit être fait.

Pourquoi avez-vous décidé de devenir scientifique ?

Quand j’étais au lycée, je voulais en fait être docteur en médecine, mais quand j’ai fait ma licence, un professeur en particulier m’a aidée à aimer la recherche. J’ai décidé de faire une maîtrise et c’était aussi difficile. Mais je m'en suis sortie. J'ai pu le faire en deux ans et pour nous, c'est très rapide. J'ai également reçu plusieurs publications examinées par des pairs pour ce travail. Même si j’ai été confrontée à de nombreux défis, j’ai reconnu que j’aimais ça. La recherche me passionne et, Et même si j’ai vécu de nombreux défis, j’ai reconnu que j’aimais ça. Je suis passionnée par la recherche. Et parce que cela me passionne, peu importent les défis qui se présentent à moi.

L'année dernière, en janvier, vous avez créé une fondation. Parlez-nous-en...

Elle s'appelle ACRJ Foundation et a pour but d'aider les personnes qui ont abandonné leurs études secondaires - à cause d'une grossesse, de l'instabilité ou pour toute autre raison. Nous les aidons à obtenir le certificat d’examen secondaire des Caraïbes, afin qu’ils puissent devenir employés et ne soient pas des laissés pour compte. Ce n’est pas seulement les adolescents, c’est pour les hommes et les femmes adultes, à condition qu’ils correspondent à notre profil d’éligibilité. Nous offrons également du mentorat à ces étudiants. Je pense que c’est important, dans un contexte où nous nous efforçons d’atteindre le meilleur de notre carrière, de donner en retour.