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Le 17 février dernier, l'Organisation des femmes scientifiques du monde en développement [Organization for Women in Science for the Developing World - OWSD] et la Fondation Elsevier ont remis leurs prix aux lauréates de l'édition 2018 du concours qu'elles organisent conjointement pour récompenser les femmes chercheuses des pays en développement.

Parmi les cinq récipiendaires de cette année figure une seule Africaine, en l'occurrence la Camerounaise Germaine Djuidje Kenmoe, maître de conférences au département de physique à l'université de Yaoundé I.

SciDev.Net l'a rencontrée et elle décrit dans cet entretien les travaux qui lui ont valu cette distinction, les perspectives qu'il faut en attendre et le sens de cette récompense.

Veuillez nous décrire les travaux qui vous ont valu d'être parmi les lauréates de l'OWSD-Elsevier Foundation Awards.

Ces travaux portent sur les phénomènes de frottement et de l'usure à l'échelle microscopique. Cette branche de la physique s'appelle nanotribologie. Tout le monde sait ce qu'on appelle frottements. Nous l'utilisons par exemple dans le système de freinage de nos véhicules. Même pendant la marche, le phénomène de frottement use nos chaussures. C'est un exemple d'usure des matériaux. Et c'est cela qui nous intéresse. En fait, le frottement en lui-même est une force qui s'oppose au mouvement que vous exercez. Mais, lorsqu'on le regarde de manière microscopique, on voit que les frottements se produisent au niveau atomique, c'est-à-dire au niveau des constituants des surfaces en contact. Et dans ce sens, on voit que ce qui influence les frottements, c'est le type de surface, la composition des atomes sur la surface, les propriétés même des liaisons atomiques au niveau de la surface. Donc, nous modélisons ce système de frottement, nous varions les surfaces et nous regardons les conditions pour minimiser les phénomènes de frottement et le rendre le plus faible possible.

Quelle peut être l'application pratique de cette étude ?

Les applications se rapportent à l'industrie, pour réduire les pertes en énergie durant les mouvements dans le système et réduire aussi l'usure et la destruction des matériaux. Pour revenir à la marche par exemple, si on pouvait trouver un matériau efficace, de telle sorte que pendant la marche, l'usure de la chaussure soit réduite, je crois que cela ferait du bien à tout le monde. Maintenant, dans le domaine de l'industrie, il y a le système de freinage où on pourra réussir à faire en sorte que les plaquettes des freins durent plus longtemps. Bref, il s'agit de réduire la perte de matériaux due à l'usure qui provient des forces de frottement.

Justement, les organisateurs du concours parlent de votre travail en évoquant l'efficacité énergétique…


En effet, vous savez que les pertes en énergie dans les industries sont généralement dues au frottement. Donc, si vous diminuez les frottements dans un système, vous gagnez en énergie, vous diminuez même la pollution. D'où l'efficacité énergétique. Le problème des industries aujourd'hui est de trouver comment minimiser les frottements dans les systèmes. C'est le challenge de l'heure, afin de ne pas perdre trop de matériaux à travers l'usure.

Qu'est-ce qui vous a conduite à travailler sur les frottements et l'usure des matériaux ?

Quand je m'inscrivais en maîtrise et en DEA [1], en tant qu'étudiante, on avait beaucoup de difficultés pour trouver un encadreur. Ceux-ci hésitaient à signer le dossier d'une fille parce qu'ils n'étaient pas sûrs qu'elle irait loin dans ses études. Du coup, beaucoup d'encadreurs refusaient. Heureusement, mon encadreur, le Professeur Timoléon Crépin Kofane, nous a tendu la main. Il fut l'un des premiers à l'époque à croire au rêve des filles. Il nous attribuait des sujets en nous disant que c'était notre propriété et que nous devions nous y appliquer et y mettre toute notre énergie. Un jour, il est revenu d'une conférence en Italie où il avait beaucoup entendu parler de la nanotribologie et des frottements et il décida de m'attribuer ce sujet. C'est donc depuis une quinzaine d'années que je travaille sur ce sujet.



Quelle leçon retenez-vous de la distinction que vous venez de recevoir ?

Cette récompense est une motivation. Et elle signifie que je ne suis qu'au début de mes travaux et je dois aller de l'avant. Mais, je dois aussi servir de modèle pour toute jeune fille et femme qui aspire à faire la science et en particulier la physique. Dans notre société, la fille est exposée à beaucoup de contraintes. Après le baccalauréat, on lui propose des maris. Je ne m'oppose pas au mariage, car, moi-même, je suis mariée et mère de cinq enfants. Je dis juste aux filles que vous pouvez remplir vos responsabilités sociales et familiales qui sont cruciales dans notre environnement, tout en étant des scientifiques. Mais la jeune fille a besoin d'être encouragée et d'être encadrée ; bref, il faut donner à la jeune fille les moyens de réaliser ses rêves. Les époux doivent aussi être encouragés à laisser leurs épouses réaliser leurs rêves. Cela ne menace en rien le mariage. Quand une femme est instruite, l'éducation des enfants est assurée.

Sur quels autres sujets de recherche travaillez-vous actuellement ?

Je suis en train d'élargir mon champ de recherche dans la résonnance stochastique, plus précisément dans les phénomènes de diffusion, c'est-à-dire l'utilité du bruit. Le bruit vient perturber un système ; mais, on a observé qu'en trouvant les paramètres appropriés, il y a une valeur de bruit qui permet d'optimiser le résultat dans un système. Donc, il n'est pas destructif, mais il est constructif.

Comment une telle étude pourrait-elle s'appliquer dans la vie pratique ?

Dans la communication par exemple, quand vous émettez des ondes, il y a des bruits qui viennent de manière aléatoire vous nuire. En modélisant un système de communication, on peut trouver que pour tel type de bruit qui perturbe le système, on peut utiliser tel paramètre de transmission pour que le bruit en question soit un avantage et non un inconvénient. Donc, ceux qui vont concevoir les appareils de communication que nous utilisons vont en tenir compte.

Références

[1] Diplôme d'études approfondies

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