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[ABIDJAN, CÔTE D'IVOIRE] La presqu’île de Jacqueville, localité située à 62 km à l’ouest d’Abidjan, la capitale économique de Côte d’Ivoire, tranche depuis peu d’avec les habitudes : elle a mis en circulation des taxis fonctionnant à l’énergie solaire, afin de contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
 
Initiative d’un opérateur économique local nommé Konate Ballah, ce projet qui en est à sa phase pilote, compte pour l’heure dix véhicules, dont 8 de type tricycle.
 
« C’est la contribution de M. Konate Ballah à la lutte contre la pollution », lance Ahmed Dembele Fousseni, le gérant du projet, que SciDev.Net a rencontré à Jacqueville. 

“L’avantage principal de ces taxis solaires est que cette technologie est écologiquement saine. Elle n’agit pas sur l’environnement ; donc pas de pollution atmosphérique”

Benjamin Boua Kouakou, IREN

Ces taxis solaires, une véritable curiosité dans la ville, ont la capacité de transporter 5 à 6 personnes, y compris le chauffeur. Ils sont équipés de 5 batteries de 12 volts chacune et le couplage des batteries se fait en série, pour donner un total de 60 volts.
 
« Nous utilisons des batteries de 130 ampèreheure (Ah) à 180 Ah, avec une autonomie de 140 km pour une vitesse maximale de 35km/h », précise Ahmed Dembele Fousseni, qui est aussi en charge de la maintenance de ces véhicules dont chacun porte un panneau solaire sur le toit.
 
Dans leur fonctionnement, les taxis combinent à la fois les énergies solaire et électrique. Chaque engin dispose de 10 blocs de batterie pouvant le faire fonctionner pendant au moins 16 heures de temps sans arrêt.
 
Cinq blocs de batterie sont directement rechargés pendant la nuit, dans une station aménagée à et effet, afin de permettre au véhicule de débuter la journée suivante ; les cinq autres blocs stockent pour leur part de l’énergie générée par le panneau solaire durant la journée pour remplacer les cinq premiers quand ceux-ci seront déchargés.

Ville écologique

 « C’est un cycle qui part de 6h du matin à 23h ou plus », résume Ahmed Dembélé Fousseni, précisant que le coût de la course par client revient à 100 FCFA contre 200 FCFA pour les taxis ordinaires.
 
Fabriqués en Chine, ces véhicules sont reçus en pièces détachées et montés dans un atelier mis en place par le projet.
 
L’initiative est bien accueillie par la mairie de Jacqueville, de plus en plus engagée à faire de la localité une ville écologique. Le maire Joachim Beugré n’hésite pas, chaque fois qu'il en a l’occasion,   encourager les habitants de la commune à emprunter les taxis solaires.

Pour lui, sa cité, qui se veut une destination touristique majeure, doit enfin se débarrasser des « taxis-brousse », pour la plupart très vétustes et polluants, pour privilégier ces voiturettes solaires.
 
Le revers de la médaille, c’est que le projet doit déjà faire face à certaines difficultés. A commencer par le coût du dédouanement du matériel, jugé exorbitant. « C’est très élevé, il faut que l’Etat fasse quelque chose pour ça », plaide Ahmed Dembélé Fousseni pour qui l’état des routes reste aussi un problème pour la durabilité de l’activité.

Alternative

En cas de réussite de cette première phase, les promoteurs envisagent non seulement d’étendre cette activité à d’autres villes du pays, mais surtout d'y inclure d'autres engins solaires dont des mini-cars et des camions de transport.
 
Qu’à cela ne tienne, les chercheurs de l’Institut de recherche en énergies nouvelles (IREN) de l’Université Nangui Abrogoua d’Abidjan ne manquent pas d’exprimer leurs encouragements à l'initiative.
 
« L’avantage principal de ces taxis solaires est que cette technologie est écologiquement saine. Elle n’agit pas sur l’environnement ; donc pas de pollution atmosphérique », estime le chercheur Benjamin Boua Kouakou, spécialiste de l’énergie solaire à l’IREN.
 
Pour ce dernier, c’est aussi une alternative pour réduire « la trop grande dépendance vis-à-vis des sources d’énergies fossiles ». « Les décideurs du pays doivent encourager ce projet », recommande-t-il.
 
Son collègue Yaya Soro, du même institut, estime que le simple fait que ces engins ne produisent pas de fumée est un gain écologique, surtout pour le bien-être sanitaire de l’homme et pour la nature.
 

Aubaine

Pour lui, la Côte d’Ivoire peut même tirer avantage de cette aubaine, au plan économique, à travers la promotion des moyens de transport en commun verts. Ce chercheur s’appuie sur une mesure d’interdiction d’importation de véhicules de plus de 5 ans qui est entrée en vigueur depuis juillet 2018, pour lutter contre la pollution.
 
Et Marc Daubrey, expert en développement durable, président de l’ONG Green Invest Africa, de se réjouir d’une avancée dans le sens de la réduction de la pollution émanant du secteur des transports.
 
Mais ces scientifiques et acteurs ne cachent pas quelques inquiétudes. « Que fera-t-on des batteries quand elles seront en fin de vie ? » s’interroge Benjamin Boua Kouakou, qui relève que « ces batteries peuvent entraîner d’autres pollutions ou devenir encombrantes ».
 
Ce chercheur appelle dès lors à approfondir la recherche sur les possibilités de recyclage ou de fabrication de certaines composantes de la batterie avec du matériau biodégradable.
 
Il recommande aussi le recrutement de techniciens qualifiés en énergie solaire par les promoteurs, question d’assurer la durabilité du projet.