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Des chercheurs issus de plusieurs institutions françaises dont le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et du Centre national de recherche et de formation sur le paludisme (CNRFP) au Burkina Faso ont publié en février 2020 dans la revue The Lancet Infectious Diseases les résultats des premiers essais cliniques d’un vaccin contre le paludisme chez la femme enceinte.
 
Selon le communiqué de presse diffusé à cet effet, ces essais réalisés sur 68 femmes non enceintes âgées de 18 à 35 ans à Paris, puis à Ouagadougou, ont révélé la sécurité du vaccin et sa capacité à induire une réponse immunitaire adaptée, jusqu’à 15 mois après la vaccination initiale.
 
« Ce vaccin fonctionne en produisant des anticorps qui vont être capables de reconnaitre l’antigène parasitaire présent à la surface des globules rouges infectés et ainsi inhiber leur capacité adhésive qui est responsable de l’accumulation du parasite dans le placenta », explique Benoît Gamain, directeur de recherche au CNRS et auteur principal des travaux. 

“Ce vaccin fonctionne en produisant des anticorps qui vont être capables de reconnaitre l’antigène parasitaire présent à la surface des globules rouges infectés et ainsi inhiber leur capacité adhésive qui est responsable de l’accumulation du parasite dans le placenta”

Benoît Gamain, directeur de recherche, CNRS

Selon l’étude, les tests ont montré que ce vaccin est capable de produire une réponse immunitaire adaptée auprès de 100% des femmes vaccinées, après seulement deux injections.
 
Malgré la diversité des plasmodiums causant le paludisme, l’entomo-parasitologue Luc S. Djogbénou, responsable du laboratoire de lutte contre les maladies infectieuses à transmission vectorielle de l’Institut régional de santé publique de Ouidah/Université d’Abomey-Calavi au Bénin, croit comprendre la pertinence du choix des chercheurs, même si ce vaccin ne vise qu’un seul des parasites à l’origine du paludisme.
 
« Il y a actuellement cinq espèces de plasmodium qui causent le paludisme dans le monde dont, trois à quatre se retrouvent régulièrement en Afrique au sud du Sahara. Parmi elles, l’espèce plasmodium falciparum est la plus répandue. Alors les vaccins ciblent principalement cette dernière », explique l’universitaire.
 
Cette première phase de test sera suivie de deux autres avant que le vaccin dénommé Primvac ne soit accessible au grand public, dans une dizaine d’années.
 
Mais, d’ores et déjà, Benoît Gamain fait savoir que ce vaccin n’est destiné qu’aux jeunes femmes et ce, avant leur première grossesse. « Il ne va pas conférer une immunité contre le parasite, mais une immunité contre les effets les plus pathogènes de l’affection palustre et uniquement pendant la grossesse », précise-t-il.
 

Limiter la mortalité

La question de l’éradication du paludisme par ce vaccin n’est donc pas à l’ordre du jour. Toutefois, elle est envisagée comme pouvant être partie intégrante d’un arsenal qui permettrait de limiter la mortalité chez les femmes enceintes et les nourrissons.
 
En effet, selon les cliniciens, le paludisme de la période de gestation affecte non seulement la santé de la mère, mais aussi celle de l’enfant. Et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de souligner qu’en Afrique subsaharienne, ce sont plus de 900 000 enfants qui naissent chaque année avec une insuffisance pondérale, du fait du paludisme.
 
L’organisation estime à près de 61% la prévalence de l’anémie chez les enfants de moins de 5 ans souffrant du paludisme. Ce qui explique, pour une large part, le nombre d’enfants naissant avec un poids bien en deçà des normes. Pire, ce paludisme chez la femme enceinte africaine, serait à l’origine de 200 000 décès infantiles chaque année.
 
Face à cette situation et en l’absence d’un vaccin disponible, certaines dispositions sont maintenant prises dans les établissements sanitaires.
 
« Au Burkina-Faso par exemple, nous mettons l’accent sur la prévention du paludisme de telle sorte que dès les 16 semaines, nous prescrivons à la femme enceinte un traitement préventif intermittent à base de sulfadoxine pyrimethamine[1] », témoigne Azize Tiendrebeogo, gynécologue obstétricien au CHU Ouédraogo de Ouagadougou.
 
« Ensuite, elle prend ce traitement tous les mois à raison de 3 comprimés en prise unique jusqu’à l’accouchement », poursuit le médecin.
 

Résistance

Nonobstant le fait que les personnes résidant en zones impaludées développent au fil du temps une certaine résistance au paludisme, les spécialistes insistent sur les effets de cette maladie sur la santé de la mère et sur celle du fœtus.
 
« Les femmes enceintes font figure d’exception, car les globules rouges infectés par le plasmodium falciparum à l’origine du paludisme vont s’accumuler au niveau du placenta, favorisant ainsi l’anémie et l’hypertension maternelle », explique Benoît Gamain.
 
De ce fait, « le paludisme gestationnel est associé à un risque plus élevé de fausses couches spontanées, d’accouchements prématurés, et de retard de croissance intra-utérin qui vont induire une insuffisance pondérale à la naissance et donc engendrer un taux de mortalité infantile beaucoup plus important que la normale », conclut le chercheur français.
 
Pour Luc S. Djogbénou, l’arsenal de lutte contre le paludisme devrait davantage intensifier la lutte contre les parasites qui développent eux aussi des réactions en devenant de plus en plus résistants.

Références

[1] L’association de ces deux molécules est commercialisée sous le nom de Fansidar

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