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Un programme mondial visant à éradiquer le paludisme au cours des prochaines décennies a été accueilli avec prudence par les scientifiques et les praticiens, en raison des coûts additionnels proposés, jugés élevés.
 
La Commission de la revue Lancet sur l'éradication du paludisme a utilisé une nouvelle modélisation pour prédire qu'avec de meilleures interventions et de meilleurs programmes de lutte contre le paludisme, la maladie pourrait être pratiquement éradiquée entre 2030 et 2050.
 
Cependant, pour atteindre cet objectif, les dépenses mondiales consacrées à la lutte contre le paludisme doivent augmenter de 2 milliards de dollars (près de 1200 milliards de Francs CFA) par an, a déclaré la commission, dans un rapport publié le 8 septembre par la revue.

“La question de savoir si et quand l'éradication sera atteinte reste une question ouverte, car l'histoire nous enseigne que l'évolution des parasites et des vecteurs change constamment les règles du jeu.”

Sarah Reece, biologiste, Université d'Edimbourg

Les dépenses mondiales combinées pour l'éradication du paludisme ont atteint 4,3 milliards USD (environ 2556 milliards de Francs CFA) en 2016, mais sont tombées à 3,1 milliards USD (1842 milliards de Francs CFA) en 2017. Depuis l'an 2000, le taux mondial d'incidence du paludisme a diminué de 36% et le taux de mortalité a chuté de 60%.

Bruno Moonen, directeur adjoint du département paludisme à la Fondation Bill and Melinda Gates, qui a financé le rapport, a déclaré : «Il est reconnu que compter sur le seul financement national ne suffira pas.
 
"L'astuce consistera à savoir comment combiner méthodes de prévention et traitement, de manière à obtenir le meilleur retour sur investissement."
 
Mais d’autres experts dans le domaine doutent que des financements supplémentaires puissent être trouvés, en particulier dans les pays en développement, où les ressources sont déjà limitées. James Tibenderana, directeur technique du Malaria Consortium, a qualifié les objectifs de financement présentés dans la stratégie d’« improbables », soulignant que des dépenses élevées devraient être maintenues, même si le fardeau du paludisme se réduit - ce qui souligne le risque de résurgence dès que les dépenses diminueront.
 
« Même avec un financement interne accru, tel qu'un financement basé sur les impôts et une assurance maladie contributive, il resterait un écart important qui nécessitera une aide au développement accrue pour la santé », a-t-il déclaré.
 
Selon l'Organisation mondiale de la santé, il y aurait eu 219 millions de cas de paludisme en 2017 et près d'un demi-million de décès. La stratégie propose une approche en trois volets pour éradiquer la maladie : une meilleure mise en œuvre des programmes de lutte contre le paludisme existants, l’innovation, pour développer de nouveaux outils - tels que des médicaments contre les parasites résistants et, éventuellement, un vaccin et l’augmentation de 2 milliards USD par an des dépenses au titre de la maladie.

Bruno Moonen a déclaré à SciDev.Net que les concepteurs de la stratégie étaient conscients des déficits de financement, en particulier dans les zones où le paludisme avait considérablement diminué. « Il est extrêmement avantageux d’atteindre l’incidence zéro, car nous savons que dans les endroits où cela a été réalisé, la résurgence est beaucoup moins probable », a-t-il déclaré. « Nous devons nous assurer que les ressources restent disponibles pour les pays. »
 
La stratégie de la Commission Lancet s’appuie sur le Programme mondial pour l’éradication du paludisme, lancé en 1955, mais suspendu il y a 50 ans, en 1969. Bruno Moonen a déclaré que le programme avait du mal à tenir compte de la pharmaco-résistance des parasites du paludisme, tout en soulignant que cela ne devrait pas être perçu comme un échec.
 
« Si vous envisagez la réduction du fardeau, vous constaterez des gains énormes », a-t-il ajouté.

« Aujourd'hui, nous en sommes à un point très différent. Nous savons que nous observons une multirésistance aux médicaments dans certaines régions du monde et que nous avons un important stock de nouveaux médicaments. »
 
Sarah Reece, biologiste à l'Université d'Edimbourg, spécialisée dans le paludisme, a déclaré à SciDev.Net qu'il était nécessaire de disposer de nouveaux outils pour traiter les infections et contrôler les vecteurs de maladies, mais que les mesures existantes pourraient également être utilisées plus efficacement. « La question de savoir si et quand l'éradication sera atteinte reste une question ouverte, car l'histoire nous enseigne que l'évolution des parasites et des vecteurs change constamment les règles du jeu », a-t-elle ajouté.

La stratégie souligne que le fardeau le plus lourd du paludisme repose sur les pays les plus pauvres. En 2017, seuls 29 pays, dont 27 en Afrique, ont représenté 85% des décès dus au paludisme. Le Nigeria et la République démocratique du Congo - avec une population nombreuse et des systèmes de santé défaillants - constituent 36% de tous les cas annuels.
 
Malgré des appels répétés à des dépenses supplémentaires, de nombreux médecins dans les pays en développement ont toujours recours aux méthodes traditionnelles de lutte contre le paludisme. Julius Mollel, chirurgien généraliste à l'hôpital de Nkoaranga en Tanzanie, a déclaré qu'à Zanzibar, où aucun nouveau cas de paludisme n'a été signalé cette année, le succès a été obtenu en fournissant aux centres de santé des kits de test et en distribuant gratuitement des moustiquaires imprégnées d'insecticide aux femmes enceintes et aux enfants de moins de cinq ans.

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