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Alors que les efforts à l'échelle mondiale pour réduire l'incidence du paludisme connaissent des résultats décevants, les chercheurs pourraient être sur le point d'ajouter un nouvel outil à la panoplie d'instruments de lutte contre la maladie : une nouvelle étude montre en effet que des chiens peuvent détecter des cas d'infection au paludisme.

Selon le dernier rapport mondial sur la maladie, le nombre de cas a augmenté de cinq millions pour atteindre 216 millions de nouveaux cas par an, d'où un besoin urgent de nouveaux outils pour détecter, traiter et prévenir le paludisme.

La nouvelle étude, présentée lors de la dernière réunion annuelle de la Société américaine de médecine tropicale et d'hygiène (ASTMH), démontre qu'en reniflant des chaussettes brièvement portées par des enfants d'une région endémique de Gambie, les chiens avaient la possibilité de déterminer si un patient est atteint du parasite.

“Le monde a besoin de nouveaux outils après plus d'une décennie de réductions spectaculaires du nombre de malades et de décès dus au paludisme, afin d’aller plus loin pour une réduction durable et à vaste échelle du fardeau du paludisme.”

Cheikh Sokhna, chercheur à l'IRD

L'étude est le fruit d'une collaboration entre le programme national de lutte contre le paludisme en Gambie, l'unité de recherche du Conseil médical de Gambie, Medical Detection Dogs, l'Université de Durham, la London School of Hygiene & Tropical Medicine et l'Université de Dundee, au Royaume-Uni.

En utilisant des chaussettes en nylon, des échantillons d'odeur de pieds ont été recueillis chez des enfants en bonne santé âgés de 5 à 14 ans dans la région du Haut fleuve en Gambie.



Les enfants ont également été examinés afin de déterminer s'ils avaient ou non le parasite du paludisme Plasmodium falciparum dans le sang. Les échantillons ont ensuite été congelés et transportés au Royaume-Uni.

Medical Detection Dogs, une organisation caritative basée à Milton Keynes, en Angleterre, a effectué des tests sur deux chiens, un croisement de labrador et de golden retriever appelé Lexi et une labrador appelée Sally, pour détecter le parasite du paludisme.

Les chiens ont été formés pour faire la distinction entre l'odeur des personnes infectées par le parasite et les échantillons de personnes saines.

Ils ont pu identifier correctement 70% des échantillons infectés par le paludisme.
 
Ils ont également pu identifier correctement 90% des échantillons issus de personnes saines.

Selon Steven Lindsay, principal auteur de l'étude et entomologiste médical au département de biosciences de l'université de Durham, au Royaume-Uni, « les personnes atteintes de parasites du paludisme dégagent des odeurs distinctes sur la peau et notre étude a révélé que les chiens, qui possèdent un odorat extrêmement sensible, peuvent être formés à la détection de ces odeurs, même sur un vêtement porté par une personne infectée. »



Dans une interview à SciDev.Net, Steven Lindsay précise que l'approche de son équipe de recherche se différencie des méthodes conventionnelles de détection par le fait qu'elle utilise une méthode non-invasive de détection.

« Toutes les méthodes conventionnelles exigent que du sang soit prélevé avant qu'un diagnostic ne puisse être posé. La nôtre ne l'exige pas », soutient-il.

De nombreux pays tentent d'éliminer le paludisme et les voyageurs y apportent des parasites du paludisme, poursuit le chercheur. Il est donc important d'identifier les porteurs pour les rendre sains et pour empêcher la mise en place d'une chaîne de transmission.

Par exemple, explique encore Steven Lindsay, l'Afrique du Sud tente d'éliminer le paludisme, mais des milliers de voyageurs du Mozambique se rendent dans le pays chaque année, dont beaucoup transportent des parasites et ne tombent pas malades.

« Nos chiens bien entraînés pourraient potentiellement être en mesure de détecter les parasites aux points d'entrée », estime-t-il.

Dans une interview à SciDev.Net, le paludologue sénégalais Cheikh Sokhna, chercheur à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), estime pour sa part qu'il s'agit d'une avancée significative, vu qu’actuellement, le seul moyen de résoudre le problème des porteurs « asymptomatiques » (qui peuvent toujours causer de nouvelles infections en transmettant leurs parasites du paludisme à la population de moustiques locale) est de tester ou de traiter une communauté entière.

Le chercheur confirme que les chiens détecteurs de parasites auraient une excellente utilité aux points d'entrée dans les pays qui éliminent le paludisme ou sont sur le point de l'éliminer (ceux d'Europe, d'Amérique du Nord, et certains pays africains, par exemple).

Cheikh Sokhna estime en outre que le dispositif pourrait également fonctionner sur le terrain, à l'occasion d'une campagne d'élimination du paludisme nécessitant de traiter toutes les personnes d'un village ou d'une communauté encore porteuses de parasites du paludisme, y compris celles qui ne présentent pas de symptômes.

« Le monde a besoin de nouveaux outils après plus d'une décennie de réductions spectaculaires du nombre de malades et de décès dus au paludisme, afin d’aller plus loin pour une réduction durable et à vaste échelle du fardeau du paludisme », souligne Cheikh Sokhna.

Toutefois, nuance-t-il, l'étude reste une validation de preuve de concept et il reste donc beaucoup de chemin à parcourir, notamment la mise en œuvre à grande échelle dans différentes parties du monde.

De plus, estime le chercheur, il serait intéressant de déterminer si les chiens peuvent détecter toutes les espèces de plasmodium, même si en Afrique, c’est Plasmodium falciparum qui tue.

Par ailleurs, poursuit-il, il serait tout aussi intéressant d'axer la recherche sur les adultes porteurs du parasite, malades ou porteurs sains.

Répondant à cette préoccupation, Steven Lindsay estime qu'à l’étape actuelle, les chercheurs ont terminé une étude de validation du principe suivant lequel les chiens ont pu détecter le parasite du paludisme à partir d'odeurs dégagées par les chaussettes portées par des enfants.

« Notre prochaine étape consiste à collecter les odeurs d'adultes et d'enfants et à vérifier l'efficacité dont les chiens renifleurs peuvent faire montre dans l'identification du parasite du paludisme chez les personnes de tout âge », déclare-t-il à SciDev.Net.

Les chercheurs affirment rechercher des fonds pour intensifier le travail ; ils estiment qu'avec un financement suffisant, ils pourraient opérer aux points d’entrée dans 4 à 5 ans.

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