15/12/21

Mettre en place un nouvel ordre de santé publique en Afrique

Médecins cubains
Des médecins cubains arrivant en Afrique du Sud pour soutenir les efforts visant à freiner la propagation de la COVID-19. Crédit image: Elmond Jiyane, GCIS, CC BY-ND 2.0

Lecture rapide

  • La COVID-19 met à rude épreuve les systèmes de santé africains
  • Les leçons de la COVID-19 peuvent aider à mettre en place un nouvel ordre de santé publique en Afrique
  • Une conférence mobilise les acteurs pour la réalisation de l’objectif « santé pour tous » en Afrique

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Les experts Githinji Gitahi et Echezona Edozie Ezeanolue appellent à utiliser les leçons tirées de la COVID-19 pour mettre en place un nouvel ordre de santé publique en Afrique.

Il y a près de deux ans, la pandémie de COVID-19 a commencé à déferler sur le monde, mettant à rude épreuve les systèmes de santé et perturbant les économies, comme on ne l’avait jamais vu à une telle échelle dans les temps modernes.

Avec plus de 8,6 millions d’infections déclarées et environ 223 470 décès enregistrés en Afrique au 1er décembre 2021, selon les données des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), l’une des leçons essentielles que nous avons tirées de cette pandémie est la nécessité immédiate de renforcer la capacité des pays à se préparer et à répondre aux urgences sanitaires.

Leçons tirées des récentes épidémies

Les récentes épidémies de maladies telles qu’Ebola en Afrique de l’Ouest — au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone entre 2014 et 2016 — ont été un indicateur clair de la façon dont les maladies pourraient se propager à un rythme exponentiel en l’absence de systèmes de santé solides, réactifs et résilients, entraînant de graves impacts sociaux et économiques. Les leçons tirées des récentes épidémies et de la pandémie persistante de COVID-19 pour les praticiens de la santé, les gouvernements et le secteur de la santé au niveau mondial sont similaires concernant l’importance d’un système de santé publique solide.

“Une leçon essentielle que nous avons tirée de cette pandémie est la nécessité immédiate d’une forte capacité des pays à se préparer et à répondre aux urgences sanitaires”

Githinji Gitahi et Echezona Edozie Ezeanolue

Tout d’abord, la valeur d’un personnel de santé hautement équipé et motivé est indispensable pour combattre une telle pandémie. Il était clair que de nombreux pays africains n’étaient pas bien préparés à combattre une pandémie de cette nature. Les gouvernements ont été mis au défi de dynamiser leurs systèmes de santé et de garantir l’accès aux soins à tous les patients atteints de la COVID-19 afin de réduire le nombre de décès.

Deuxièmement, les effets de la pandémie ne se sont pas limités aux systèmes de santé — les répercussions se sont étendues à la dégradation des perspectives économiques, à l’augmentation des cas de violence sexiste, aux préoccupations accrues concernant la protection des enfants et à bien d’autres choses encore.Troisièmement, l’accès inéquitable aux vaccins contre la COVID-19 fera que l’Afrique restera à la traîne alors que d’autres profiteront de ses avantages. Indépendamment de la découverte rapide des vaccins, de nombreux pays à faible revenu ne devraient vacciner l’ensemble de leur population que d’ici 2024, soit trois fois le temps qu’il a fallu pour développer les vaccins.

Alors que les pays à revenu élevé vaccinent des groupes tels que les enfants ne présentant pas de risque élevé de maladie grave ou de décès, certains pays à revenu faible ou intermédiaire manquant de capacité de production n’ont pas encore vacciné l’ensemble de leur personnel de santé. Il convient de plaider en faveur des vaccins afin d’accroître le soutien aux pays à faible revenu pour qu’ils puissent vacciner leurs populations dans des délais plus courts.

Possibilité de renforcer les systèmes de santé

Une action conjointe visant à renforcer la préparation, à mettre en place des systèmes de santé plus résilients et à se prémunir contre les crises futures est particulièrement opportune, aujourd’hui plus que jamais, car la pandémie de COVID-19 met à nu les faiblesses et les lacunes des systèmes et services de santé en Afrique et dans d’autres pays du monde.La pandémie a offert une occasion parfaite de transformer l’ordre de santé publique en Afrique afin de se prémunir efficacement contre les crises futures et de faire de la santé pour tous une réalité.

Le nouvel ordre de santé publique est une approche plus holistique de santé publique, nécessaire pour mieux préserver la santé et la sécurité économique du continent. Le nouvel ordre repose sur quatre piliers : la nécessité d’accroître la capacité de production africaine de vaccins, de produits diagnostiques, de produits thérapeutiques et d’autres produits de santé nécessaires ; la nécessité de renforcer les institutions de santé publique pour que les soins soient axés sur les personnes ; la nécessité de renforcer le personnel de santé publique en situation d’urgence ; et des partenariats orientés vers l’action, qui respectent les priorités de l’Afrique.

“En nous réunissant pour mettre en commun notre expérience et nos ressources collectives, nous pourrons réaliser des progrès significatifs en ce qui concerne les défis de santé publique les plus urgents auxquels l’Afrique est confrontée”

Githinji Gitahi et Echezona Edozie Ezeanolue

De manière collective, les pays africains peuvent construire des systèmes de santé plus résilients, capables de répondre à de multiples menaces sanitaires. La production de vaccins doit être une priorité, y compris les transferts de technologie, la formation et l’octroi de licences pour accroître l’indépendance en matière d’approvisionnement, ainsi que la production autonome d’outils médicaux, de médicaments et de diagnostics.

L’Union africaine et les CDC Afrique s’efforcent d’intensifier rapidement la distribution de vaccins aux 55 États membres par le biais des Partenariats pour la fabrication de vaccins en Afrique, qui vise à tirer parti des partenariats panafricains et mondiaux pour renforcer les capacités de fabrication de vaccins sur le continent.

Atteindre l’objectif de santé pour tous 

Pour aider à atteindre ces objectifs, l’Union africaine et les CDC Afrique accueillent la première Conférence sur la santé publique en Afrique (CPHIA), qui se tient virtuellement du 14 au 16 décembre 2021. Ce forum réunira des institutions universitaires africaines de premier plan, des institutions gouvernementales, des organisations nationales et régionales, des organisations non gouvernementales, des agents de santé de première ligne et bien d’autres encore, afin d’examiner les leçons tirées de la COVID-19 et d’inaugurer une nouvelle ère de collaboration scientifique et d’innovation. Les séances de la conférence remettront en question l’idée reçue selon laquelle les connaissances n’émergent pas des pays africains, et aborderont la manière dont nous pouvons collectivement profiter de cette opportunité pour créer un nouvel ordre de santé publique pour l’Afrique.

Nous espérons que ce rassemblement sera un catalyseur pour renforcer la recherche, la programmation et le plaidoyer en faveur d’une réponse innovante en matière de santé publique aux maladies et à la gestion des urgences en Afrique. En nous réunissant pour mettre en commun notre expérience et nos ressources collectives, nous pourrons réaliser des progrès significatifs en ce qui concerne les défis de santé publique les plus urgents auxquels l’Afrique est confrontée, alors que nous nous efforçons d’atteindre l’objectif de la santé pour tous.

Githinji Gitahi est le PDG du groupe Amref Health Africa. Il est joignable à l’adresse suivante : githinji.gitahi@amref.org.

Echezona Edozie Ezeanolue est le vice-président de la Fondation HealthySunrise à Las Vegas aux Etats-Unis et de l’Université du Nigeria à Enugu-Nigeria. Il est joignable à l’adresse suivante : eezeanolue@gmail.com