12/06/25

Journées de la santé des femmes et de l’hygiène menstruelle : même combat !

African women innaction
L'accès des femmes à des soins de santé de qualité les aiderait à participer à l'éducation et au marché du travail. Crédit image: UN Women Gallery, CC BY-NC-ND 2.0

Lecture rapide

  • Malgré les progrès réalisés, des millions de femmes connaissent d'importants problèmes d’accès à la santé
  • En Turquie et au Japon, des idées de plus en plus osées risquent d’éclipser les efforts enregistrés jusqu’ici
  • L'accès des femmes à des soins de santé appropriés les aiderait à participer pleinement au marché du travail

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Pour la spécialiste en communication Armelle Nyobé, malgré des objectifs distincts, ces deux journées mondiales célébrées le 28 mai visent l’accès des femmes à la santé et au bien-être.

Je ne sais pas comment ceux qui affectent les journées internationales le font, mais hasard du calendrier ou pas, chaque année, le 28 mai met en lumière deux importantes thématiques pour les femmes : la journée internationale d’action pour la santé des femmes et la journée mondiale de l’hygiène menstruelle.

Bien que chacune de ces journées ait des objectifs spécifiques (la première sensibilise aux inégalités d’accès aux soins et la seconde combat les tabous autour des règles et promeut une gestion saine de l’hygiène menstruelle), elles partagent un même fil rouge : assurer à toutes les femmes un accès à la santé et au bien-être que toutes méritent.

Pour la « petite histoire », la Journée internationale d’action pour la santé des femmes a été instaurée en 1987 au cours d’une réunion internationale sur la santé des femmes au Costa Rica. Promue par le Réseau mondial des femmes pour les droits reproductifs (RMFDR) et d’autres organisations féministes, cette journée vise à dénoncer les discriminations en matière de santé reproductive et à revendiquer l’accès universel aux soins.

“Les femmes ont des besoins spécifiques qui ne sont malheureusement pas pris en compte dans une médecine très androcentrée. Les médicaments qui sont administrés aux femmes sont pour la plupart testés sur les hommes”

Armelle Nyobé

La journée mondiale de l’hygiène menstruelle quant à elle est l’initiative de l’ONG WASH United en 2014. Elle vise à briser les tabous sur les règles et à améliorer l’accès aux produits d’hygiène menstruelle.

Aujourd’hui, malgré les progrès réalisés, des millions de femmes à travers le monde continuent de faire face à d’importants obstacles en matière de santé. En Afrique subsaharienne, par exemple, la mortalité maternelle reste élevée, souvent due à un manque d’accès aux services pré- et postnataux. Dans d’autres régions, l’accès à la contraception et à l’avortement sécurisé reste limité, restreignant ainsi l’autonomie reproductive des femmes.

Cela dit, on fait encore trop l’amalgame entre santé des femmes et santé sexuelle. Tout comme pour beaucoup, santé sexuelle et santé reproductive vont de pair. Mon propos aujourd’hui ne se situe pas à ce niveau, mais si le sujet de la santé sexuelle des femmes vous intéresse, je vous invite à lire ma publication sur la santé sexuelle des femmes.

Alors qu’on vit de plus en plus une époque réactionnaire, où backlash (retour de bâton) et politiques natalistes ont pignon sur rue, je voudrais que l’on parle de la nécessité « d’action pour la santé des femmes ».

Alors que je faisais ma revue média récemment, je suis tombée sur une information assez cocasse pour dire le moins : « En Turquie, Recep Tayyip Erdogan prend un décret anticésarienne ». Le titre qui risque de réveiller les velléités inutiles de césarienne contre accouchement par voie basse, a suscité mon intérêt car le président turc estime qu’à cause des césariennes, les femmes turques ne peuvent avoir que trois accouchements au maximum.

Au Japon, comme solution au vieillissement de la population, Naoki Hyakuta, un homme politique du Parti conservateur évoquait déjà l’an dernier sur sa chaîne YouTube l’interdiction du mariage aux femmes célibataires de plus de 25 ans, la restriction de l’accès des femmes  à l’université après 18 ans et l’ablation de l’utérus des femmes de plus de 30 ans. La motivation réelle étant de les obliger à faire des enfants.

Précarité menstruelle

Vous demandez où je veux en venir avec tout ça ? Au-delà du besoin obsessionnel de mater, régir le corps de femmes, je me suis demandé à quel moment ces gouvernements pensent à créer les conditions pour que des bébés se fassent. Oui, parce qu’il faut un environnement propice pour que cela arrive et c’est pour ça que je parlais d’action pour la santé des femmes.

Quid des salaires, du système de garde d’enfant, du coût de la vie, du désir d’enfants de ces messieurs ? Voilà des éléments qui sont à considérer, sans compter le fait que tout le monde, homme ou femme, ne veut pas forcément d’enfants.

Aussi, les femmes ont des besoins spécifiques qui ne sont malheureusement pas pris en compte dans une médecine très androcentrée. Les médicaments qui sont administrés aux femmes sont pour la plupart testés sur les hommes, le dosage découle des besoins masculins et certaines pathologies féminines sont mal diagnostiquées.[1]

Sur un autre registre, dans de nombreuses régions du monde, les filles manquent des journées d’école en raison de l’absence d’installations sanitaires adéquates et de produits d’hygiène. Et la précarité menstruelle ne touche pas seulement les pays dits pauvres.

En effet, Selon les données de l’OMS et de l’UNICEF « Au Bangladesh, en Égypte, en Inde, à Madagascar et au Zimbabwe, par exemple, les adolescentes et les femmes des zones urbaines sont plus susceptibles d’utiliser des serviettes hygiéniques que celles des zones rurales, qui sont plus susceptibles d’utiliser des chiffons. [Tout comme] Parmi les adolescentes et les femmes vivant en milieu rural en Éthiopie, 1 sur 5 n’utilisait aucun produit menstruel, par rapport à 1 sur 20 dans les zones urbaines. »

Pendant ce temps, aux États-Unis d’Amérique, 1 adolescente sur 4 et 1 adulte sur 3 ont du mal à se payer des produits menstruels, en particulier les adolescentes racisées et les ménages à faible revenu.

Par ailleurs, une enquête réalisée en 2020 par Plan International a montré que 3 filles sur 10 au Royaume-Uni avaient du mal à se payer des produits menstruels ou à y avoir accès et que plus de la moitié d’entre elles utilisaient du papier toilette à la place. »

De plus, les serviettes hygiéniques, un produit de consommation courante pour les femmes, restent déraisonnablement chers et ne sont pas toujours adaptées aux besoins des utilisatrices. Comme pour ne rien arranger à l’affaire, dans de nombreuses contrées, l’accès à l’eau demeure incertain.

Même combat

La journée internationale d’action pour la santé des femmes aborde un vaste éventail de questions liées à la santé des femmes, allant des soins de santé reproductive à la prévention des violences basées sur le genre, sans oublier l’accès aux soins.

Elle met l’accent sur l’importance de s’assurer que toutes les femmes ont accès à des services de santé de qualité, quel que soit leur lieu de résidence. En reconnaissant la santé menstruelle comme un aspect critique de la santé globale des femmes, cette journée jette les bases pour un dialogue inclusif sur tous les aspects du bien-être féminin, incluant le cycle menstruel.

De l’autre côté, la journée mondiale de l’hygiène menstruelle se focalise sur un aspect souvent négligé et stigmatisé mais essentiel de la santé des femmes : l’hygiène menstruelle. En se concentrant sur ces besoins spécifiques, cette journée sensibilise à l’impact direct de l’hygiène menstruelle sur l’économie, l’éducation et la participation sociale des femmes.

Ces deux journées partagent l’objectif commun d’autonomiser les femmes à travers le monde. En améliorant la santé des femmes et leur hygiène menstruelle, elles offrent à ces dernières la possibilité de prendre le contrôle de leur corps et de leur vie mais aussi d’évoluer dans l’espace public aisément.

L’accès à des soins de santé appropriés et à des produits d’hygiène menstruelle de qualité est important pour permettre aux femmes de participer pleinement au marché du travail, à l’éducation et à d’autres aspects de la vie publique, renforçant ainsi l’égalité des genres.

Je ne saurais terminer cet article sans parler de l’éducation, de l’information et de la communication : on ne se refait pas ! Ces notions sont au cœur de l’interconnexion de ces deux journées. En intégrant des programmes éducatifs qui incluent la santé des femmes et l’hygiène menstruelle, les communautés peuvent commencer à briser les stigmates associés à ces sujets et promouvoir une compréhension plus large et inclusive.

Cela crée un environnement propice à l’épanouissement des femmes, où leurs droits sont respectés et protégés, contribuant ainsi à un changement sociétal positif.

Armelle Nyobé est spécialiste en communication. Elle répond à l’adresse [email protected]

Références

[1] Cf les livres suivants :

  • Criado Perez (Caroline), « Femmes invisibles – Comment le manque de données sur les femmes dessine un monde fait pour les hommes », First, 2020, 400 p.
  • McGregor (Alyson), «  Le sexe de la santé – Notre médecine centrée sur les hommes met en danger la santé des femmes », Eres, 2021, 260p, Essai, (Collection : Questions de société).
  • De Pauw (Caroline), « La santé des femmes – Un guide pour comprendre les enjeux et agir », Mango, 2022, 176p