30/12/20

Une technique de dépistage et de prise en charge précoces de l’ulcère de buruli

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Un médecin prenant en charge un patient souffrant de l'ulcère de buruli. Crédit image: MSF/Epicentre

Lecture rapide

  • La stratégie est basée sur l’appréciation de la taille, de la couleur et surtout de l’odeur de la plaie
  • On peut ainsi diagnostiquer précocement jusqu’à 70% des cas de cette maladie tropicale négligée
  • Mais, un expert propose une amélioration de cette méthode de diagnostic pour atteindre un score de 85%

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[YAOUNDE] Le diagnostic rapide de l’ulcère de buruli est désormais possible grâce à un « Score », comme l’affirme Rodrigue Ntone, assistant de recherche à Epicentre, la branche de recherche et d’épidémiologie de Médecins sans frontières (MSF).

Ce dernier a participé, avec d’autres chercheurs, à une étude dans le cadre du programme intitulé « Validation du score clinique pour le diagnostic de l’infection à Mycobacterium ulcerans au Cameroun » (Vascumu) sur l’amélioration de la prise en charge de l’ulcère de buruli au Cameroun.

Causé par le mycobacterium ulcerans, un micro-organisme semblable aux bactéries responsables de la tuberculose et de la lèpre, l’ulcère de buruli est une des maladies tropicales négligées et se manifeste par des lésions cutanées, en particulier sur les membres.

“La couleur de la plaie doit être jaunâtre pour suspecter la présence de la maladie, et l’odeur nauséabonde”

Rodrigue Ntone, Epicentre

Sous la coordination de Yap Boum II, enseignant-chercheur à la faculté de médecine de l’université de Yaoundé I, l’étude en question s’est déroulée à Ayos, Bankim et Akonolinga, les trois principaux sites endémiques de l’ulcère de buruli au Cameroun.

Conduite entre janvier 2018 et octobre 2019, elle a porté sur un échantillon de 340 personnes dont l’âge moyen était de 26 ans, avec les femmes représentant 35% de l’effectif.

Le processus de diagnostic rapide se base sur des critères tels que la taille de la plaie, la couleur et l’odeur de celle-ci, explique Rodrigue Ntone. « La couleur doit être jaunâtre pour suspecter la présence de la maladie, et l’odeur nauséabonde », dit-il.

C’est à partir de ces trois critères que sont affectés des scores. L’odeur restant le point le plus coté. « Le nombre de points attribués à l’odeur peut atteindre 3 tandis que les plus grands scores pour la taille et la couleur sont respectivement de 1 et de 2 », ajoute le chercheur.

Ainsi, « si le score est inférieur ou égal à un, il ne s’agit pas de l’ulcère de buruli. Quand il se situe entre un et quatre, le patient est mis sous traitement en attendant les résultats du test. Lorsqu’il est supérieur ou égal à cinq, il est mis sous traitement de l’ulcère de buruli et le test n’est plus nécessaire », explique Yap Boum II, le coordonnateur de Vascomu, par ailleurs représentant d’Epicentre en Afrique.

Santé mentale

C’est ainsi que 132 des 340 personnes ayant effectivement pris part à l’étude ont été testées positives à l’ulcère de buruli et soumises au traitement. Le « Score » a dès lors entraîné une augmentation de la proportion des malades dans les formations hospitalières.

Félix Gimnwi, médecin chef du centre médical d’arrondissement de Sonkolong, près de Bankim, le confirme : « Nous avions une quarantaine de cas avant l’étude. Ce nombre a cru pendant l’étude et nous dénombrons 65 malades à ce jour », dit-il.

En effet, peut-on lire sur le site web d’Epicentre, « l’ulcère de Buruli peut être traité avec des antibiotiques lorsqu’il est diagnostiqué suffisamment tôt. Dans le cas contraire, le tissu infecté devra peut-être être prélevé chirurgicalement ».

Cyrille Alex Mondomobe Atchom, contributeur dans l’étude, attribue ce résultat à l’enrôlement des différentes couches de la communauté dans le programme. En particulier les tradipraticiens auxquels ont d’abord recours les patients au moindre signe de la maladie ; ainsi que les anciens malades qui ont des mots justes pour convaincre ceux qui la contractent pour la première fois.

L’étude a également mis en lumière d’autres manifestations de la maladie. « 35% des malades ont développé des problèmes de santé mentale. 25% ont eu des tendances suicidaires et 5% ont plongé dans l’alcoolisme. Les malades étant souvent rejetés et stigmatisés, ils sont contraints de vivre dans la solitude », indique un autre contributeur, Franck Eric Wanda, directeur du Centre international de recherches, d’enseignements et de soins (CIRES).

Analyse univariée

Cependant, pour certains observateurs, cette démarche doit être améliorée pour pouvoir permettre de détecter davantage de cas. « L’étude montre qu’à 70% nous pouvons diagnostiquer l’infection à Mycobacterium ulcerans encore appelée ulcère de buruli ; qu’en est-il des 30% restant ? » S’interroge Félix Gimnwi.

« Pour utiliser les résultats du Score, il est important de faire une analyse univariée des composantes. L’ayant fait, nous allons nous rapprocher des 80 ou 85% et permettre de mieux diagnostiquer cette maladie tropicale négligée », propose ce médecin.

En attendant, Yap Boum II souhaite que le « Score » soit intégré dans le système de prise en charge de l’ulcère de buruli au Cameroun et dans les quelque 33 pays endémiques dans le monde.

L’équipe des chercheurs souligne au passage que cette approche n’ignore pas les analyses aux laboratoires, notamment l’amplification génétique, la plus courante des méthodes dans la détection de l’ulcère du buruli. Précisant qu’elle permet une détection rapide de la maladie afin de soumettre le patient au traitement avant qu’elle ne se complique pendant qu’on attend les résultats des examens en laboratoire.

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