16/05/25

L’Afrique peut-elle profiter du nouveau groupe sanguin découvert ?

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Le nouveau groupe sanguin MAL offre quelques avantages transfusionnels dont l'Afrique ne peut pas tirer profit. Crédit image: Ian Furst/User:Doc James (CC BY-SA 4.0)

Lecture rapide

  • Un nouveau groupe sanguin, appelé MAL, a été découvert fin 2024 après près de 50 années de recherche
  • Il concerne moins de 0,1% des individus, ceux ayant les globules rouges dépourvus de l’antigène AnWj
  • La découverte permet de savoir identifier ce sang rare afin de réduire les risques lors des transfusions

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[PARIS, SciDev.Net] Le Burkina Faso n’est pas en situation de pouvoir tirer profit dans l’immédiat de la découverte récente d’un nouveau groupe sanguin. C’est du moins ce que pense Salam Sawadogo, enseignant-chercheur à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou et au Centre national de transfusion sanguine du Burkina Faso.

Pour ce dernier, en effet, les pratiques transfusionnelles dans ce pays, et probablement dans la plupart des pays d’Afrique de l’ouest, ne sont pas en mesure de procéder à « une intégration immédiate et pratique de cette avancée dans les pratiques cliniques ».

“L’importance principale de cette découverte réside dans ses implications pour la sécurité transfusionnelle et notre compréhension plus large de la diversité des groupes sanguins”

Samah Awad ALSubhi, Université Umm Al-Qura, Royaume d’Arabie Saoudite

Interrogé par SciDev.Net, il explique qu’en raison du dénuement des plateaux techniques des centres de transfusion sanguine et des laboratoires d’immuno-hématologie, les protocoles en cours dans son pays sont réduits à un minimum.

Actuellement, dit-il, il y est exigé que toute transfusion sanguine soit précédée par « la détermination des groupes sanguins traditionnels les plus importants : ABO, Rh D, afin de vérifier la compatibilité entre donneur et receveur ».

Par conséquent, la recherche d’anticorps irréguliers n’est pas systématique, comme cela se fait dans les systèmes de santé plus développés. Toutefois, quelques efforts sont faits pour certains cas spécifiques comme les drépanocytaires, les patients atteints d’insuffisance rénale chronique, les polytransfusés, etc.

« Des phénotypages élargis sont alors réalisés sur prescription des médecins et à la charge exclusive des patients (en l’absence de sécurité sociale), afin de permettre l’identification des antigènes des systèmes Rh et Kell, ainsi que d’autres antigènes, notamment ceux des groupes sanguins Duffy, Kidd et MNSs », précise Salam Sawadogo.

C’est en fin 2024 qu’une équipe de chercheurs du NHS Blood and Transplant (NHSBT, l’autorité sanitaire du système de santé publique du Royaume-Uni, responsable de l’approvisionnement en sang, organes, tissus et cellules souches) en collaboration avec l’Université de Bristol, est parvenue à identifier un nouveau groupe sanguin très rare.

Un article consacrant cette découverte a été publié en janvier 2025 dans la revue scientifique « Blood », sous le titre : « Deletions in the MAL gene result in loss of Mal protein, defining the rare inherited AnWj-negative blood group phenotype » (Les délétions du gène MAL entraînent la perte de la protéine Mal, définissant le phénotype rare du groupe sanguin AnWj négatif).

Enigme résolue

En fait, pour 99,9% de la population, on dénombre, à la surface de la membrane des globules rouges, des milliers de protéines dont la protéine MAL (Myelin and Lymphocyte) associée à un antigène appelé « AnWj ».

Mais en 1972, des chercheurs avaient découvert un sang dépourvu de cet antigène sans pour autant parvenir à identifier le contexte génétique justifiant une telle absence. Et c’est cette énigme qui vient d’être résolue.

« L’importance principale de cette découverte réside dans ses implications pour la sécurité transfusionnelle et notre compréhension plus large de la diversité des groupes sanguins », explique Samah Awad ALSubhi, co-auteure de l’article et chercheure en immunogénétique des groupes sanguins à l’Université Umm Al-Qura au Royaume d’Arabie Saoudite.

Cette dernière et ses collègues ont finalement réussi à identifier le contexte génétique de l’antigène AnWj, parvenant ainsi à détecter un nouveau groupe sanguin rare, le 47e jamais découvert, d’après le communiqué de presse du NHSBT.

La connaissance du contexte génétique du gène MAL a donc permis de comprendre son rôle dans la production de la protéine MAL nécessaire à la synthèse de l’antigène AnWj.

Si le public connaît surtout les deux systèmes de groupes sanguins que sont ABO et Rhésus, les hématologues rappellent que cette présentation simplifiée qui suffit à catégoriser les groupes de 99.9% des personnes, ne renseigne pas suffisamment des dizaines de groupes sanguins déjà découverts.

Cette nomenclature repose sur le fait qu’à la surface membranaire des globules rouges, la présence de l’antigène A confère l’appartenance au groupe sanguin A. L’antigène B catégorise le groupe B, tandis que la présence de ces deux antigènes caractérise le groupe AB. Le groupe O est celui pour lequel l’absence de ces deux antigènes (A et B) est constatée.

Mais, pour les professionnels de la santé, il advient qu’en se basant sur cette classification et en usant des tests standards, certains patients présentent des réactions inattendues, déclenchant de vrais accidents transfusionnels qui motivent les médecins et chercheurs à investiguer sans cesse.

Samah Awad ALSubhi, explique à SciDev.Net que « l’identification d’un nouvel antigène, en particulier un antigène jamais caractérisé auparavant, permet d’affiner les protocoles de compatibilité sanguine, réduisant ainsi le risque d’allo-immunisation (réaction immunitaire contre une protéine étrangère) chez les receveurs de transfusion sanguine ».

Risque

En effet, selon les chercheurs, il existe un risque avéré que les personnes dont les cellules sanguines ne produisent pas un antigène, puissent déclencher des réactions immunitaires de rejet, lors d’une transfusion provenant d’un groupe pourtant « compatible » mais contenant un antigène absent chez le receveur.

En cas d’incompatibilité, les risques encourus peuvent être la destruction massive des globules rouges (hémolyse) du donneur. Les enjeux sont donc de taille lors des transfusions, transplantations, greffes et certaines grossesses.

Les scientifiques estiment que c’est uniquement pour moins 0,1% de la population, que l’antigène « AnWj » est absent. Ce type de mutation rare pouvant provenir de certaines pathologies cancéreuses.

Gatien Lokossou, chef du département de Génie de biologie humaine à l’université d’Abomey-Calavi au Bénin, affirme que cette découverte montre que « pour un même groupe sanguin, des mutations génétiques non pathologiques pourraient aboutir à une signature immunologique si spécifique qu’elle constituerait la création d’un sous-groupe ».

Par conséquent, dit-il, en accédant à un niveau d’analyse plus approfondi des divers constituants du sang, tout en y intégrant les probables mutations des cellules sanguines, il y a fort à parier que l’évolution des sciences transfusionnelles aille de pair avec la multiplication des sous-groupes sanguins.

Et « tout ce qui permettra de mieux caractériser les groupes sanguins permettra inévitablement de réduire les risques transfusionnels ou certains rejets de greffes d’organes », indique l’immunologue.

Au final, Samah Awad ALSubhi souligne l’intérêt de ces recherches immunohématologiques en disant qu’elles concernent toutes les populations humaines parce qu’elles contribuent à « éclairer les études génétiques et à approfondir nos connaissances sur la distribution des groupes sanguins au sein des populations, notamment dans les régions où les groupes sanguins rares ou nouveaux sont plus répandus ».

*Cet article a été mis à jour le 28 mai 2025 à 16:00 GMT pour clarifier la pensée du professeur Salam Sawadogo au début du texte.