01/05/20

Des systèmes alimentaires inclusifs pour contrer la COVID-19

maize farm
Crédit image: Image by WhiskerFlowers from Pixabay

Lecture rapide

  • En Afrique et en Asie du Sud, 60% de la population dépendent de l'agriculture pour leur subsistance
  • Un rapport appelle à des systèmes alimentaires inclusifs au sortir de la pandémie de COVID-19
  • Le confinement qu’impose la COVID-19 pourrait avoir un impact sur les travailleurs et les consommateurs

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[NAIROBI] Un rapport soutient que l'insécurité alimentaire, la malnutrition et la pauvreté pourraient s'intensifier en Afrique et dans d'autres pays en développement à mesure que la pandémie de la COVID-19 s'intensifie, rendant urgents des systèmes alimentaires résilients et inclusifs pour atténuer les probables calamités.
 
Alors que le monde lutte contre la pandémie de la COVID-19, l'insécurité alimentaire, la malnutrition et la pauvreté peuvent augmenter, ajoute ce rapport publié le 7 avril par l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), basé aux États-Unis.
 
Johan Swinnen, auteur principal du rapport et directeur général de l'IFPRI, affirme que les mesures de contrôle, à l’instar de la limitation des interactions, que les pays ont prises depuis que l'OMS a classé la COVID-19 comme pandémie mondiale en mars, perturbent les activités économiques dans le monde. 

“Alors que le monde lutte pour vaincre la pandémie de COVID-19, les économies et les moyens de subsistance sont perturbés, les pauvres [et] les plus vulnérables risquant de souffrir le plus”

Johan Swinnen, directeur général de l'IFPRI

« Alors que le monde lutte pour vaincre la pandémie de COVID-19, les économies et les moyens de subsistance sont perturbés, les pauvres [et] les plus vulnérables risquant de souffrir le plus », explique Johan Swinnen.
 
« Par exemple, les petits exploitants agricoles, les vendeurs du marché, les femmes et les jeunes qui dépendent directement de leurs activités agricoles seront durement touchés », dit-il.
 
Il ajoute que les mesures de contrôle de la COVID-19 ont un impact particulier sur l'Afrique et l'Asie du Sud où plus de 60% de la population dépendent de l'agriculture pour leur subsistance.
 
Le rapport explique que la malnutrition, la faim et la pauvreté pendant les crises peuvent être atténuées avec un système alimentaire inclusif qui aide les petits exploitants à investir dans les infrastructures de marché de base, à promouvoir des modèles agro-industriels inclusifs et la création d'incitations commerciales.
 
Un système alimentaire inclusif étant défini comme celui où les acteurs le long de la chaîne de valeur alimentaire ont des interactions qui satisfont et autonomisent tout le monde.
 
« Cela contribuera à la culture, à la récolte, à la transformation, au transport, à la commercialisation et à la consommation d'articles liés à l'alimentation », déclare Johan Swinnen à SciDev.Net.
 
Ce dernier affirme que les groupes vulnérables peuvent contribuer à la transformation agricole et en tirer profit, même en temps de crise s'ils bénéficient de compétences en protection sociale, de formation au développement et d'autres interventions particulièrement orientées vers les femmes et les jeunes.
 

Défis et opportunités

Le rapport sur la politique alimentaire mondiale est un rapport annuel phare qui permet à l'IFPRI de déterminer les problèmes, les défis et les opportunités en matière de politique alimentaire, explique Rajul Pandya-Lorch, chercheur et chef de cabinet au bureau du directeur général de l'IFPRI.
 
Cette dernière explique que l'urbanisation, l'augmentation des revenus et l'évolution des régimes alimentaires contribuent à l'expansion des marchés alimentaires en Afrique et en Asie du Sud, créant un énorme potentiel d'emplois et de revenus le long des chaînes d'approvisionnement alimentaire.
 
La création de systèmes alimentaires plus inclusifs est utile lors de pandémies telles que la COVID-19, car les petits exploitants agricoles, les vendeurs sur le marché, les femmes et les jeunes sans emploi dans les systèmes alimentaires peuvent obtenir des emplois bien rémunérés, notamment dans les secteurs de la transformation, de l'emballage ou du transport des aliments, ajoute-t-elle.
 
« Nous espérons que ce rapport va encourager les décideurs politiques, les chefs d'entreprise, les praticiens du développement, les chercheurs et les médias à prendre des mesures pour mettre en place des systèmes alimentaires plus inclusifs », affirme Pandya-Lorch dans un entretien avec SciDev.Net.
 
Le rapport appelle les pays à être plus proactifs aux niveaux mondial et national pour soutenir des systèmes alimentaires inclusifs.
 

Sensibilisation sur les inégalités

Il recommande également d’"aborder l'inclusion au niveau des politiques mondiales en utilisant la sensibilisation sur les inégalités pour stimuler la discussion relative à la nécessité d'investir à grande échelle dans la recherche et la programmation afin de construire des systèmes alimentaires inclusifs".
 
Il prescrit enfin de « prendre des mesures au niveau national afin que le contexte local – y compris le statut de populations spécifiques, la structure économique et les normes culturelles – puisse être pris en compte dans la mise en place de systèmes alimentaires inclusifs et dans l'amélioration des régimes alimentaires. »
 
Lawrence Makau, expert en sécurité alimentaire et gestionnaire de programme au Mwafrika Institute of Development au Kenya, est d'accord avec l'objectif du rapport de permettre aux pays de comprendre la nécessité d'un système de sécurité alimentaire durable.
 
« Alors que la COVID-19 se répand à travers l'Afrique, les inquiétudes grandissent quant à la manière dont la pandémie affectera les systèmes alimentaires déjà fragiles de la région, en particulier dans les villes densément peuplées », dit-il.
 
« Une grande partie de la population urbaine de la région travaille dans le secteur informel – beaucoup sur les marchés humides et en tant que vendeurs de rue – et en dépend pour la nourriture. Donc, le confinement et les autres mesures de distanciation sociale pourraient poser des problèmes majeurs à la fois pour les consommateurs et les travailleurs », conclut Lawrence Makau.
 
Cet article a été produit par le desk anglophone de SciDev.Net pour l'Afrique subsaharienne.

Références

Le rapport de l'IFPRI (en anglais) est disponible ici.

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