11/06/20

Madagascar pense à relancer la filière laitière, victime de la COVID-19

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Du fait de la crise de la COVID-19, la demande a chuté. Crédit image: Crédit Photo: SDN/R. Razafison.

Lecture rapide

  • La crise sanitaire liée à la COVID-19 s’est déclarée en pleine période de pic de production de lait
  • La reprise du cycle de production s’annonce difficile et une crise du lait semble imminente au pays
  • Chercheurs et experts proposent des solutions pour cette filière qui a besoin d’une urgente réorganisation

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Les acteurs de la filière laitière à Madagascar préparent la relance de ce secteur d’activités qui subit de plein fouet les conséquences de la pandémie de la COVID-19. Laquelle, au 9 juin, avait déjà causé 10 décès pour 1094 cas enregistrés dans le pays.
 
Dans une analyse publiée le 28 mai dernier, des chercheurs du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) relèvent qu’à cause du confinement qui a démarré en pleine période de forte production laitière, les laiteries, en particulier celles de tailles petites et moyennes et les producteurs n’ont plus eu de débouchés.
 
« La demande urbaine en lait et en produits laitiers s’est effondrée. Les nombreux restaurants ont fermé, les marchés, épiceries et supermarchés n’ouvrent que quelques heures par jour. Les petits transformateurs ont réduit leurs activités. Et une large partie de la population urbaine, faute de pouvoir aller travailler, a perdu son pouvoir d’achat », peut-on lire dans ce diagnostic. 

“La prise de conscience des répercussions de la crise sanitaire doit être aussi le moment favorable pour convaincre les petits éleveurs à intégrer des structures formelles afin de mieux les encadrer”

Haingotiana Razafindrainibe, président de la Malagasy Dairy Board

Une situation qui constitue un véritable « choc » pour ce secteur qui regroupe plus de 60 000 exploitations agricoles et qui est un important levier de développement au regard de sa contribution à l’amélioration de la sécurité alimentaire dans le pays.
 
Face à cette situation, Michel Anondraka, directeur général de l’Elevage à Madagascar, pense qu’il est indispensable de collecter le maximum de lait afin de le conserver. « L’idéal serait de réussir à le conserver par le froid et la congélation ou la surgélation en attendant que la situation redevienne favorable pour les éleveurs », dit-il dans un entretien avec SciDev.Net.
 
Pour mettre en œuvre une telle solution, ce dernier propose le recours à la chaîne du froid du secteur pêche, momentanément sous-exploitée parce que les pêcheurs sont aussi confinés. Dans ce cas, relève-t-il, il faudrait un appui financier pour payer les frais de location, vu qu’il s’agit d’installations privées.
 

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Les petits producteurs sont les principales victimes de la crise
Crédit Photo: SDN/R. Razafison.

 
Pour d’autres, la solution réside dans le renforcement de la transformation du lait en produits dérivés, opération considérée comme une autre forme de conservation. « Beaucoup de laitiers locaux maîtrisent la production des fromages de garde mais peu mettent en pratique les leçons apprises », constate à cet effet Haingotiana Razafindrainibe, président de la Malagasy Dairy Board (MDB). Celle-ci est une organisation créée en 2004 par le ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche pour promouvoir et coordonner le développement de la filière lait à Madagascar.
 
Directeur du Centre de développement rural et de recherche appliquée à Madagascar (Fifamanor), une institution-phare impliquée dans le projet Milk Africa soutenu par l’Union européenne, Willy Rakotomalala explique à SciDev.Net le modèle économique à développer pour Vakinankaratra, la région de référence en matière de lait de qualité.
 
Selon ses explications, ce plan consiste à rendre le lait disponible en permanence en faveur du couple fournisseur-opérateur sans les intermédiaires. « Tant de choses vont ensemble à cet effet », affirme-t-il.
 
"Soutenir la demande et essayer de maintenir l’offre afin de réguler le marché" est l’expression qu’utilise Michel Anondraka à ce propos.
 

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La distribution du lait sur l'Île repose en bonne partie sur le transport informel.
Crédit Photo: SDN/R. Razafison.

 
De par « son aspect pragmatique », cette approche est censée être capable de renforcer la filière afin de la rendre résiliente aux chocs. Haingotiana Razafindrainibe de la MDB invite dès lors à une réflexion à ce sujet, en s’appuyant sur l’exemple des pays riches où les acteurs sont dotés d’équipements appropriés leur permettant de conserver des quantités de laitage.
 
De leur côté, les chercheurs du CIRAD qui ont mis en lumière les présentes difficultés de ce secteur sont aussi optimistes. « Les acteurs de cette filière sont capables de rebondir. L’expérience des précédentes crises, en 2001 ou en 2009, le montre », écrivent-ils.
 
Ils poursuivent en soulignant que cette résilience provient de la diversification des systèmes de production dans les exploitations agricoles. Notamment avec des cultures vivrières comme les céréales, les légumineuses ainsi que des fruits et légumes commercialisés, sans oublier des activités non agricoles.
 

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Les acteurs misent désormais sur davantage de transformation.
Crédit Photo: SDN/R. Razafison.

 
Mais, dans l’immédiat, les experts pensent que le pays pourrait connaître une crise du lait au cours des prochains mois malgré un demi-siècle de riches expériences. « La chute soudaine des revenus a amené les éleveurs à baisser la quantité des provendes (dont le prix a grimpé, ndlr) mélangées aux aliments des vaches. Ceci aura des répercussions sur la gestion et sur la lactation de ces bêtes », anticipe Haingotiana Razafindrainibe.
 
Pour ne rien arranger, ajoute ce dernier, « cette perte de revenus prive également les éleveurs de la possibilité de financer l’insémination artificielle. Or celle-ci est essentielle à l’amélioration génétique des races exploitées.
 
Enfin, cette année, la crise sanitaire a bousculé les prévisions, puisque la contre-saison fourragère se prépare en février-avril. «  Nos paysans ont, certes, une bonne maîtrise de la culture fourragère. Mais, ils ne peuvent donner à manger à leur bétail qu’à hauteur de 40 % de leurs besoins ; d’où le faible rendement des exploitations fermières », analyse Haingotiana Razafindrainibe .
 

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La production manque désormais de débouchés
Crédit Photo: SDN/R. Razafison.

 
Néanmoins, le président de la MDB se montre confiant : « La prise de conscience des répercussions de la crise sanitaire doit être aussi le moment favorable pour convaincre les petits éleveurs à intégrer des structures formelles afin de mieux les encadrer », lance-t-il
 
En somme, la reprise du cycle qui s’annonce difficile entraînerait dans son sillage une rupture temporaire sinon durable dans le système de production. Et un certain nombre de paramètres mettent la laiterie à Madagascar en présence d’importants défis.

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