08/05/25

Le Burundi adopte un contraceptif féminin auto-injectable

Fertility rate
Sayana Press vise à réduire le taux de fécondité de 5,5 enfants par femme en 2024 à 2,5 en 2060. Crédit image: EU Civil Protection and Humanitarian Aid (CC BY-SA 2.0)

Lecture rapide

  • La contraception auto-injectable, appelée Sayana Press, peut désormais se faire à domicile par chaque femme
  • Elle vise à améliorer l’accès des femmes aux méthodes contraceptives pour réduire l’indice de fécondité
  • Pour sa large adoption, des défis comme les barrières culturelles et un manque d’information doivent être relevés

Envoyer à un ami

Les coordonnées que vous indiquez sur cette page ne seront pas utilisées pour vous envoyer des emails non- sollicités et ne seront pas vendues à un tiers. Voir politique de confidentialité.

[BUJUMBURA] Le Burundi veut améliorer le taux d’utilisation des contraceptifs et optimiser l’accès à la planification familiale pour toutes les femmes.

Pour atteindre cet objectif, les autorités burundaises ont renforcé l’offre de service avec l’introduction de l’auto-injection de la méthode contraceptive dénommée DMPA (acétate de médroxyprogestérone dépôt, ndlr) sous-cutané.

Cette méthode contraceptive, connue sous le nom de Sayana press, est administrée au Burundi depuis 2020. Cependant, « la nouveauté, c’est que ce n’est plus le prestataire qui injecte le produit, mais bien la femme elle-même… L’innovation réside donc dans l’auto-injection », précise Ananie Ndacayisaba, directeur du Programme national de santé de la reproduction (PNSR).

“Cette méthode représente un véritable changement dans la façon dont nous approchons la santé reproductive, en mettant l’accent sur l’autonomie des femmes et en réduisant les barrières géographiques et socio-économiques”

Gloriose Ndayizeye, ministère de la Santé, Burundi

L’introduction de l’auto-injection du DMPA est une nouvelle étape d’un processus qui a débuté il y a cinq ans.

« La première phase consistait en l’administration du produit par les prestataires de santé. Ensuite, la deuxième étape a impliqué les agents de santé communautaires (ASC). Ces derniers ont été formés, de même que les prestataires de santé, afin de pouvoir administrer Sayana Press dans différentes provinces du pays. Actuellement, nous entamons une nouvelle phase : l’auto-injection par la femme elle-même », décrit-il.

Le directeur du PNSR soutient que l’auto-injection sous-cutanée est relativement simple à réaliser. Toutefois, les femmes utilisant ce produit doivent d’abord se rendre dans une formation sanitaire où un prestataire de soins leur montrera comment s’auto-injecter.

« La femme réalise un premier essai sous la supervision du prestataire. Si ce dernier juge qu’elle est capable de s’auto-injecter correctement, il lui remettra le produit pour une prochaine injection à effectuer trois mois plus tard », explique-t-il. Ajoutant que des étapes seront mises en place pour permettre aux femmes de s’auto-injecter directement chez elles, sans avoir à se rendre dans une formation sanitaire.

Autonomisation

Selon le bilan 2024 du Programme national de santé de la reproduction (PNSR), le taux d’utilisation des contraceptifs est de 28,8 %, avec une projection de 60 % en 2040 et 85 % en 2060.

L’introduction de ce contraceptif auto-injectable s’inscrit dans la stratégie nationale de réduction de l’indice de fécondité qui est de 5,5 enfants par femme en 2024 au Burundi. L’objectif étant d’atteindre un indice de 3 enfants d’ici 2040 et 2,5 d’ici 2060.

Pour y parvenir, les autorités pensent qu’il faut rendre les méthodes contraceptives plus accessibles et mieux acceptées par la population. Cette méthode de contraception auto-injectable marque une avancée vers l’autonomisation des femmes, en leur permettant de gérer leur santé reproductive en toute indépendance.

« Elle représente un véritable changement dans la façon dont nous approchons la santé reproductive, en mettant l’accent sur l’autonomie des femmes et en réduisant les barrières géographiques et socio-économiques », se félicite Gloriose Ndayizeye, cadre au ministère burundais de la Santé, lors de l’annonce de l’introduction de cette nouveauté.

À l’en croire, « c’est aussi un pas vers la décentralisation des services de santé, en particulier dans les zones rurales et éloignées où l’accès aux soins peut parfois être très limité ».

Rapport sexuel

Pour les professionnels de santé, cette innovation représente également une avancée majeure.

Selon Jeanne d’Arc Irakoze, infirmière exerçant au centre de santé SOS de Gitega, la capitale politique du Burundi, « avec l’auto-injection de Sayana Press, les femmes n’ont plus besoin de se déplacer chaque trimestre pour recevoir leur contraception. Cela leur fait économiser du temps et réduit la surcharge dans les structures de santé », témoigne-t-elle.

« Avant, nous recevions un grand nombre de patientes pour l’administration des injections contraceptives, ce qui augmentait notre charge de travail. Maintenant, nous pouvons consacrer plus de temps aux autres patients ayant des besoins médicaux urgents », explique l’infirmière.

Au sein de la population, de nombreuses Burundaises saluent l’introduction de l’auto-injection du DMPA. Diane Nizerimana, âgée de 36 ans, est mère de quatre enfants et réside dans la province de Rutana. Elle confie à SciDev.Net que sa santé s’est nettement améliorée depuis qu’elle utilise Sayana press.

« Avant, je redoutais chaque rapport sexuel, car je savais qu’une nouvelle grossesse pouvait survenir dès le retour de mon cycle après un accouchement. Aujourd’hui, je suis plus sereine et je peux même aider davantage mon mari dans ses travaux », assure-t-elle.

Après une phase pilote concluante, la généralisation de la contraception auto-injectable s’étendra progressivement à d’autres provinces du pays. Toutefois, pour qu’elle soit adoptée par une large majorité de femmes, des défis, tels que les résistances culturelles et un manque d’information, doivent être relevés.