29/04/25

Climat : La RDC face aux dégâts du retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris

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L'arrêt des financements américains risque d'entraîner une accentuation de la déforestation dans le bassin du Congo. Crédit image: Sid Mbog (CC BY-SA 4.0 )

Lecture rapide

  • La suspension des financements américains compromet d’importantes initiatives de conservation
  • C’est l’exemple des programmes qui visent à promouvoir la conservation et la gestion durable des forêts
  • On encourage des alternatives comme la fiscalité climatique pour réduire la dépendance aux fonds extérieurs

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[KINSHASA] De nombreux projets de lutte contre les changements climatiques, de gestion durable des forêts, de préservation de l’environnement et de la biodiversité, etc., menés en Afrique subsaharienne, sont menacés après le nouveau retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat.

C’est le cas en République démocratique du Congo (RDC), où le programme « Connectivité des habitats, couloir écologique », qui se développe entre le parc national de Kahuzi-Biega et la réserve naturelle d’Itombwe, risque d’être impacté par ce retrait, déclare Josué Aruna, directeur exécutif de l’ONG Congo basin conservation society (CBCS).

« Cette démarche des États-Unis va priver ce projet de financements, alors qu’il y avait déjà cet engouement des communautés dans ce processus de foresterie communautaire, mais aussi dans la création des AMEC (Autres mesures de conservation) et des APAC (Aires et patrimoines communautaires) », précise-t-il.

“Les financements et l’assistance technique des États-Unis ont historiquement soutenu les systèmes de surveillance forestière dans le bassin du Congo, incluant la surveillance par satellite, la lutte contre le braconnage et les efforts pour réprimer l’exploitation forestière illégale”

Dorine Nininahazwe, Greenpeace Afrique

A en croire cette même source, deux autres initiatives soutenues par l’ONG américaine « Wildlife Conservation Society » (WCS) sont menacées également dans le Sud-Kivu.

D’une part, il s’agit du programme « Protégeons nos droits et notre environnement pour concilier la préservation de l’environnement avec les droits des peuples autochtones pygmées ».

D’autre part, il y a le « Partenariat pour l’environnement pour promouvoir des activités génératrices de revenus qui respectent l’environnement et la biodiversité du parc national de Kahuzi-Biegades ».

Selon Jean-Jacques Bambuta Boole, le coordonnateur de l’unité de gestion des tourbières en RDC, sans financement américain, le projet « Leading the change » de l’ONG World Wildife Fund (WWF) va « souffrir ».

« Ce projet a permis l’attribution de titres de foresterie communautaire à plusieurs communautés à travers le pays, favorisant la coexistence entre conservation et activités économiques. Son arrêt risque de raviver des conflits autour des parcs, des aires protégées, ce qui entraînerait des situations dangereuses », déplore-t-il.

Politiques climatiques

Cette source relève aussi que l’absence des financements américains risque de faire reculer les solutions durables en cours d’implémentation dans le domaine agricole.

« Ces dernières années, des programmes ont formé les paysans des provinces des tourbières à l’agriculture intelligente face au climat, financés par des ONG ou des agences onusiennes. Sans financement, ces efforts risquent de reculer, relançant la déforestation agricole sans garantir la sécurité alimentaire », soutient-il.

Jean-Jacques Bambuta Boole craint qu’une déforestation massive exacerbe les effets du changement climatique, comme les inondations et les érosions des sols auxquels le pays fait déjà face.

Selon Dorine Nininahazwe, conseillère politique senior à Greenpeace Afrique, les politiques climatiques seront affectées, car de nombreux pays africains ont élaboré leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) en supposant que le soutien financier et technique des pays développés, y compris des États-Unis, serait disponible.

Au sein de l’organisation, cette décision de se désengager de l’accord de Paris est vue comme un « signal négatif » pour la conservation.

« La capacité d’appliquer les lois et de surveiller les forêts sera réduite. Les financements et l’assistance technique des États-Unis ont historiquement soutenu les systèmes de surveillance forestière dans le bassin du Congo, incluant la surveillance par satellite, la lutte contre le braconnage et les efforts pour réprimer l’exploitation forestière illégale », indique Dorine Nininahazwe.

Dans une publication datée du 23 janvier dernier, l’ambassade américaine à Kinshasa estime à 650 millions de dollars son soutien à la préservation du bassin du Congo sur 25 ans.

L’on y apprend par exemple que le programme CARPE (visant à promouvoir la conservation et la gestion durable des forêts du Bassin du Congo) a, par exemple, amélioré la gestion de 23 concessions forestières communautaires, couvrant plus de 400 000 hectares ; aidant les communautés locales à tirer profit de leurs forêts grâce à de meilleures pratiques de gestion.

Fiscalité climatique

Dorine Nininahazwe reste toutefois optimiste quant à la capacité de l’Afrique à s’adapter. « L’Union africaine dispose de plusieurs programmes qui pourraient être élargis pour renforcer la résilience climatique, tels que la Stratégie africaine sur le changement climatique, l’Initiative africaine pour l’adaptation, la Capacité de gestion des risques en Afrique (ARC) et le Programme panafricain de relance verte », dit-elle.

Honoré Tabuna, chef du Département environnement, ressources naturelles, agriculture et développement rural à la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), affirme que la situation créée par le départ des États-Unis de l’Accord de Paris est une véritable opportunité pour l’Afrique.

Il rappelle que l’Afrique centrale n’a pas attendu pour amorcer son affranchissement. « Depuis 2009, nous travaillons sur le Système de l’économie verte en Afrique centrale (SEVAC). Nous sommes actuellement dans le cadre de l’accélération de l’opérationnalisation des différents piliers dudit système », explique-t-il dans un entretien avec SciDev.Net.

Honoré Tabuna fait savoir que ces programmes touchent des filières comme les énergies renouvelables et le marché carbone.

Dans un objectif global de réduire la dépendance aux financements extérieurs, Fred Njehu, stratège politique panafricain chez Greenpeace Afrique, préconise une fiscalité climatique.

« Cela inclut des leviers comme des taxes sur les entreprises de combustibles fossiles, le transport maritime et aérien, ainsi que l’élargissement des capacités de prêt des banques multilatérales de développement (MDB) », dit-il.

Il recommande également la création d’un fonds climatique panafricain et l’expression d’une voix africaine unique dans les négociations climatiques.