07/01/21

Paludisme : un régime médical réduit la mortalité infantile en saison des pluies

child suffering from Malaria
Un enfant atteint de paludisme se remet dans une clinique. Crédit image: AU UN IST PHOTO / TOBIN JONES, Public domain

Lecture rapide

  • Sept pays africains ont participé à une administration saisonnière de médicaments antipaludiques
  • L'intervention a réduit d'environ 42% les décès dus au paludisme chez les enfants de moins de cinq ans
  • Le déploiement de cette stratégie fait face à des défis tels que la recherche d'enfants déplacés

Envoyer à un ami

Les coordonnées que vous indiquez sur cette page ne seront pas utilisées pour vous envoyer des emails non- sollicités et ne seront pas vendues à un tiers. Voir politique de confidentialité.

[NAIROBI] Selon une étude, une administration mensuelle de médicaments antipaludiques aux enfants pendant la saison des pluies réduit de 42% le nombre de décès dus au paludisme chez les enfants ; ce qui plaide en faveur de sa large large implémentation dans les régions d’Afrique où le paludisme est endémique.

En 2012, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait publié des directives pour la mise en œuvre de l’administration mensuelle intermittente de médicaments, également connue sous le nom de chimioprévention saisonnière du paludisme (SMC[1]), dans les zones de forte transmission ; laquelle se produit pendant des saisons particulières. L’objectif était d’aider à prévenir le paludisme chez les enfants de moins de cinq ans.

Selon un communiqué de presse sur l’étude, le paludisme a tué 643 000 personnes dans le monde en 2019, dont plus de la moitié étaient des enfants de moins de cinq ans ; la majorité des décès survenant en Afrique de l’Ouest et du centre.

“Chaque traitement mensuel a fourni un degré élevé de protection pendant quatre semaines, réduisant l’incidence du paludisme de 88% pendant cette période”

Paul Milligan, London School of Hygiene and Tropical Medecine

L’étude évalue la SMC mise en œuvre dans la région du Sahel – Burkina Faso, Tchad, Gambie, Guinée, Mali, Niger et Nigéria – en 2015 ciblant environ 3,6 millions d’enfants et 7,6 millions d’enfants supplémentaires dans les sept pays en 2016.

« Cette étude a montré qu’une couverture élevée et équitable était globalement effectuée, mais était variable, certains pays réalisant une meilleure couverture que d’autres », déclare Paul Milligan, auteur correspondant de l’étude et professeur d’épidémiologie et de statistiques médicales à la London School of Hygiene and Tropical Medecine, basée au Royaume-Uni.

Les chercheurs ont constaté que le Burkina Faso et la Gambie ont eu une meilleure couverture que le Nigeria grâce aux systèmes de logiciels d’information sanitaire de district établis par les deux pays pour la surveillance du paludisme pendant la période d’étude.

« Chaque traitement mensuel a fourni un degré élevé de protection pendant quatre semaines, réduisant l’incidence du paludisme de 88% pendant cette période », ajoute Paul Milligan.

Selon l’étude publiée le 5 décembre 2020 dans la revue The Lancet, les données collectées auprès des cliniques externes ont également montré que les cas de paludisme ont diminué de 25% au Nigéria en 2016, tandis qu’en Gambie, ils ont diminué de 55% la même année.

Paul Milligan fait savoir que lorsque l’OMS a recommandé le SMC en 2012, les pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont rapidement adopté la nouvelle stratégie, mais il y avait des obstacles à sa mise en œuvre à grande échelle, notamment une pénurie de médicaments de qualité garantie et un manque de financement.

Le projet financé par UNITAID visait à intensifier la mise en œuvre de la SMC à grande échelle dans les sept pays, à démontrer l’efficacité de l’intervention et à évaluer la sécurité, la faisabilité et les effets d’une utilisation à grande échelle sur la résistance aux médicaments.

En 2015, environ 12,5 millions de traitements (des combinaisons de médicaments antipaludiques constitués d’amodiaquine et de sulfadoxine – pyriméthamine) avaient été administrés sur quatre cycles mensuels entre juillet-août et octobre-novembre. Le programme avait touché environ 3,2 millions d’enfants âgés de trois mois à cinq ans. En 2016, environ 25,1 millions de traitements avaient été administrés par plus de 47 000 distributeurs à 6,9 millions d’enfants.

Paul Milligan affirme que la surveillance a montré que les infections résistantes aux médicaments étaient rares, bien qu’une certaine sélection pour la résistance à la sulfadoxine-pyriméthamine ait eu lieu. Les effets secondaires graves étaient rares.

Ces résultats, selon Milligan, devraient soutenir les efforts visant à garantir que les programmes de SMC atteignent tous les enfants dans les régions d’Afrique de l’Ouest et du Centre où la transmission du paludisme est hautement saisonnière pour aider à prévenir les milliers de décès d’enfants chaque année dus au paludisme.

« La résistance aux médicaments est une menace, et une surveillance moléculaire continue est nécessaire pour fournir un avertissement précoce de la perte d’efficacité, et la pharmacovigilance [surveillance de la sécurité des médicaments] doit être renforcée », confie-t-il à SciDev.Net.

Elizabeth Juma, chargée de recherche principale et spécialiste de la santé publique à l’Institut de recherche médicale du Kenya, a déclaré à SciDev.Net que « des études sont en cours pour voir s’il y a d’autres régions où cela peut être appliqué, en dehors du Sahel ».

Comme pour de nombreuses interventions sanitaires, atteindre chaque personne présente des défis tels qu’un financement insuffisant pour recruter, former et superviser des agents de santé communautaires et acheter des médicaments adéquats, explique cette dernière.

« Parfois, trouver tous les enfants est un défi », ajoute Elizabeth Juma, citant les populations nomades et ceux qui sont déplacés en raison de l’insécurité ou des calamités naturelles.

Elle dit qu’un engagement communautaire accru et la disponibilité de ressources adéquates pour atteindre tous ceux qui ont besoin de SMC pourraient aider à lutter contre le paludisme en Afrique.

La version originale de cet article a été produite par l’édition de langue anglaise de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.

Références

[1] Seasonal Malaria Chemoprevention

Paul Milligan and other Effectiveness of seasonal malaria chemoprevention at scale in west and central Africa: an observational study (The Lancet, 5 December 2020)

Trust-Logo-Stacked