28/05/25
La résurgence du choléra en Afrique révèle des problèmes de financement
Par: Francis Kokutse
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[ACCRA, SciDev.Net] Le changement climatique et les conflits favorisent une résurgence du choléra en Afrique. Dans le même temps, les progrès réalisés pour éradiquer la maladie sont contrariés par un sous-financement chronique, selon une nouvelle étude.
En 2024, plus de 175 000 cas de choléra et 2 700 décès ont été enregistrés en Afrique australe et en Afrique de l’Est, ce qui en fait l’épidémie de choléra la plus mortelle dans la région depuis dix ans, selon un rapport de l’ONU rendu public en février 2025.
Les cas les plus nombreux ont été observés en République démocratique du Congo (RDC), en Ethiopie, en Somalie, en Zambie et au Zimbabwe, en raison de la pénurie d’eau et des problèmes liés aux infrastructures, aux inondations récurrentes et aux conflits, a indiqué le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Organisation des Nations unies (OCHA).
“La lutte contre le choléra est rarement prioritaire dans les structures de soin en dehors des services d’urgence, ce qui compromet l’éradication de la maladie sur le long terme”
Philippe Barboza, Programme de lutte contre le choléra de l’OMS
Depuis le début de cette année, 14 pays ont signalé des épidémies de choléra actives, notamment une nouvelle épidémie en Angola et une résurgence de cas en Ouganda et en Zambie.
Il est crucial d’améliorer les infrastructures « eau, assainissement et hygiène » (WASH) pour endiguer le choléra qui se propage principalement par l’eau contaminée et un assainissement défaillant. Les progrès enregistrés dans ce dernier domaine, un enjeu majeur, ont malgré tout été insuffisants, selon une autre étude.
L’étude publiée dans la revue spécialisée BMJ Global Health le 22 janvier dernier, a dressé le bilan de la mise en oeuvre du plan régional 2018–2030 pour la prévention du choléra et la lutte contre cette maladie par le Bureau Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS-Afrique).
Les auteurs ont conclu que, cinq ans après le lancement de cette initiative, les progrès réalisés dans la région n’étaient que de 53 %, soit bien en deçà de ce qui est nécessaire pour atteindre l’objectif de l’ONU qui vise à éradiquer le choléra d’ici 2030.
Philippe Barboza, le responsable du programme de lutte contre le choléra à l’OMS, et l’un des auteurs de l’étude, indique que le choléra perdure en Afrique pour différentes raisons interconnectées.
« Un développement insuffisant des infrastructure WASH, des problèmes de financement chroniques et des systèmes de santé fragiles ont limité l’impact des efforts déployés », explique-t-il.
« La lutte contre le choléra est rarement prioritaire dans les structures de soin en dehors des services d’urgence, ce qui compromet l’éradication de la maladie sur le long terme. »
Pour remédier à cette situation, Philippe Barboza et son équipe recommandent de mettre en place un Fonds africain de lutte contre le choléra, sous l’égide de l’Union africaine et de OMS-Afrique, pour financer une prévention durable du choléra et des dispositifs d’intervention.
Résurgence du choléra
Selon l’étude, le choléra est endémique dans 29 pays sur les 47 que compte la région africaine de l’OMS. Ce sont les cibles principales de l’OMS pour l’éradication de la maladie.
Toutefois, la récente résurgence d’épidémies de choléra s’est étendue au-delà de ces zones traditionnellement à risque, mettant en évidence des carences dans les pays où la maladie n’est pourtant pas endémique.
L’étude estime que la lenteur des progrès enregistrés pour mettre en oeuvre le plan régional de prévention du choléra pourrait expliquer la récurrence d’épidémies dans l’ensemble de ces pays.
C’est l’Ethiopie qui a fait le plus de progrès (76 %) en termes de mise en oeuvre du plan, tandis que des pays comme la Mauritanie et l’Afrique du Sud sont les bons derniers (19 %).
Des améliorations ont été enregistrées dans certains domaines, comme la cartographie des zones à risque, la surveillance et une plus grande rapidité d’intervention.
Mais les choses évoluent lentement dans d’autres domaines critiques comme les infrastructures WASH et le financement durable de la lutte contre le choléra, selon l’étude.
Jackson Musembi, chef de projet au Programme de sécurité sanitaire d’Amref Health Africa, a indiqué à SciDev.Net que « 31% seulement des pays africains ont mis en oeuvre des travaux pour améliorer la qualité de l’eau, ce qui fait que des millions de personnes sont exposées à des sources d’eau insalubres ».
« Par ailleurs, seuls 16 % des pays ont entièrement financé leur plan national de lutte contre le choléra; la plupart comptant sur l’aide de donateurs. »
Climat et conflits
Ces interventions sont d’autant plus cruciales que le changement climatique provoque des phénomènes météorologiques extrêmes, comme des inondations qui contaminent l’eau. Dans plusieurs pays, les conflits contribuent aussi à la propagation du choléra, en obligeant les populations à se réfugier dans des camps surpeuplés aux infrastructures sanitaires insuffisantes.
« Le changement climatique n’est pas une cause directe du choléra, mais il aggrave les épidémies en perturbant l’approvisionnement en eau et en limitant l’accès à l’eau potable », explique Philippe Barboza.
Les auteurs de l’étude préconisent d’intégrer la lutte contre le choléra dans des programmes à long terme, comme ceux qui visent à éradiquer la poliomyélite et le paludisme.
Développer les programmes de vaccination, apporter un soutien financier à la production locale de vaccins et investir dans les infrastructures WASH contribueraient aussi à résoudre le problème, selon les chercheurs.
Au Ghana, seul un foyer sur quatre bénéficie de toilettes privées, selon Yaw Attah Arhin, spécialiste de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène à World Vision Ghana.
« La problématique des mauvaises conditions d’hygiène et d’assainissement doit être abordée au niveau communautaire pour briser le cycle de transmission du choléra », a-t-il déclaré.
La version originale de cet article a été produite par l’édition de langue anglaise de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne. Traduction de l’anglais par Béatrice Murail.
