Republier

Nous vous encourageons à reproduire cet article en ligne ou sur support papier. La reproduction est libre de droit, suivant les termes de notre licence Creative Commons. Nous vous prions cependant de suivre ces directives simples :
  1. Vous devez créditer nos auteurs.
  2. Vous devez créditer SciDev.Net — dans la mesure du possible, veuillez insérer notre logo, avec un rétrolien vers l’article originel.
  3. Vous pourriez aussi simplement publier les premières lignes de l’article et ajouter ensuite la mention: "Veuillez lire l’intégralité de l’article sur SciDev.Net", avec un lien vers l’article originel.
  4. Si vous souhaitez aussi reprendre les images publiées avec cet article, veuillez vérifier avec les détenteurs de droits d’auteur que vous êtes autorisés à les utiliser.
  5. Le moyen le plus facile de reproduire l’article sur votre site est d’intégrer le code ci-dessous. 
Pour plus d’informations, veuillez consulter notre page media et nos conseils pour la reproduction.

The full article is available here as HTML.

Press Ctrl-C to copy

[ABIDJAN]- Chercheurs, médecins et autres spécialistes expriment de plus en plus de vives inquiétudes face à l’augmentation croissante de la résistance aux antimicrobiens (RAM) en Côte d’Ivoire.
 
A l’occasion de la semaine nationale de lutte contre la RAM couplée au premier congrès de la société ivoirienne de microbiologie (SIM), du 18 novembre au 1er décembre à Abidjan et Yamoussoukro, les participants ont estimé que la résistance microbienne est devenue une « épidémie sournoise, un défi majeur qui touche aussi bien la santé publique et animale que la protection de l’environnement ».
 
Les participants ont introduit les travaux en faisant savoir d’emblée qu’on parle de RAM lorsque les molécules conçues pour tuer les germes (ou micro-organismes ou microbes) d’une infection n’arrivent plus à les éliminer. 

“Les antibiotiques sont importants pour le traitement des maladies des hommes, des animaux et des plantes, mais ils doivent être utilisés de façon responsable, uniquement quand ils sont nécessaires, afin de ne pas créer une résistance”

Thomas Dadié, enseignant-chercheur à université Nangui Abrogoua d’Abidjan

A en croire Félicité Beugré, microbiologiste au Laboratoire national d'appui au développement agricole (Lanada), il arrive fréquemment aujourd’hui qu’on ne puisse pas traiter des animaux malades.
 
« Nous prenons l’exemple d’un cheptel de porcins avec des cas de diarrhée colibacillaire. Aujourd’hui on n’a plus de médicament pour traiter cette maladie et les mortalités sont élevées », illustre cette dernière.
 
« Ce qui augmente les coûts pour les éleveurs qui sont chaque fois obligés de changer d’antibiotique. Et donc un coût de production élevé », analyse Félicité Beugré
 
Nathalie Guessennd, point focal de la lutte contre la RAM en Côte d’Ivoire, renchérit en disant que « la situation est alarmante, nous constatons une augmentation exponentielle des taux de résistance de ces micro-organismes aux antimicrobiens ».
 
Pour Mireille Dosso, directrice de l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, la résistance aux antimicrobiens a tout simplement atteint un point de non-retour et elle concerne toutes les maladies.
 

Staphylocoque

D’ailleurs, une étude réalisée par le Centre national de référence des antibiotiques en Côte d'Ivoire indique que de 9% en 2002, le pourcentage de la RAM est passé à 46% en 2018.
 
Gisèle Kouakou, spécialiste des maladies infectieuses au CHU de Cocody (Abidjan), affirme que Le staphylocoque, bactérie responsable d'intoxications alimentaires et de diverses infections potentiellement mortelles, compte parmi les pathogènes les plus concernés par la RAM.
 
Mais, durant les travaux d’Abidjan, il a été également évoqué une montée inquiétante de la résistance aux antirétroviraux utilisés contre le VIH-Sida.
 
Pour ne rien arranger, au terme d’un rapport de l’évaluation externe conjointe (EEC) réalisé en 2016 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la Côte d’Ivoire a obtenu un score de 1 sur 5 sur chacun des quatre indicateurs liés à la gestion de la RAM.
 
Ce qui, à en croire Mireille Dosso, signifie que le pays n'avait "aucune capacité de réaction" face à la menace. C’est d’ailleurs le cas pour un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne.  
 
Face à cette situation, la Côte d’Ivoire a élaboré en 2017 un plan d’action national multisectoriel de lutte contre la RAM (PAN-RAM).
 
En outre, l’Observatoire de la résistance des microorganismes aux anti-infectieux en Côte d’Ivoire (ORMICI), logé à l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, a été mis en place, avec pour mission de surveiller l’évolution de la résistance des bactéries de toutes origines (humaine, animale ou environnementale) responsables ou non d’infections.
 
Ainsi, 10 laboratoires ont été réhabilités et leurs agents formés, dans un réseau de 25 laboratoires sur le territoire national.
 
Seulement, pour Mireille Dosso, les résultats de ce dispositif restent mitigés, et la situation demande « un sursaut de la part des populations et des décideurs pour un changement des comportements », persuadée qu’elle est de ce que « cette résistance peut être maitrisée avec la volonté de tous ».
 
En effet, selon les experts de la question, la RAM est surtout due à la mauvaise utilisation (ou utilisation abusive) des antibiotiques, à l’automédication, à de mauvaises conditions d’hygiène, mais aussi à des prescriptions systématiques d’antibiotiques aux patients sans examen préalable.
 

Utilisation rationnelle des antibiotiques

On pointe également un doigt accusateur sur la modernisation de l’élevage qui a entrainé l’utilisation d’antibiotiques comme facteur de croissance des animaux, ce qui comporte des risques ; car, la viande de ces animaux qui ont absorbé des antibiotiques entrera ensuite dans l’alimentation de l’Homme.
 
D’où l’interpellation du microbiologiste Thomas Dadié, enseignant-chercheur à l’université Nangui Abrogoua d’Abidjan, qui appelle à une utilisation rationnelle des antibiotiques.
 
« Ils sont importants pour le traitement des maladies des hommes, des animaux et des plantes, mais ils doivent être utilisés de façon responsable, uniquement quand ils sont nécessaires, afin de ne pas créer une résistance », souligne-t-il.
 
Les spécialistes conseillent en outre l’utilisation des médicaments dans les limites de la posologie prescrite par le praticien, et déconseillent l’utilisation des antibiotiques à des fins de croissance dans l’élevage.
 
Selon l’OMS, plus de 700 000 personnes meurent chaque année dans le monde du fait des infections liées à la résistance aux antimicrobiens. Un chiffre qui pourrait passer à plus de 10 millions en 2050.

Thèmes apparentés