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Une étude réalisée au Zimbabwe conclut que le réchauffement climatique peut entraîner une importante diminution voire une extinction de la population de mouches tsé-tsé (glossines) et conduire au recul de la maladie du sommeil.
 
Réalisant une modélisation à partir de travaux antérieurs, John Hargrove et Elisha Bayode Are, tous deux chercheurs au Centre sud-africain de modélisation et d'analyses épidémiologiques (SACEMA[1]), ont montré que les fortes températures étaient mortelles pour les mouches tsé-tsé dans la vallée du Zambèze.
 
« Il a été démontré que les températures élevées tuent plus de 50% des pupes de glossines et des adultes nouvellement émergés. Nous avons calculé que le faible taux de natalité couplé à des taux de mortalité aussi élevés pourrait conduire à l'extinction des populations de glossines », écrivent les chercheurs dans l’étude parue dans la revue The Conversation

“Si des températures de saison chaude se répètent pendant plusieurs années consécutives, les populations de glossines peuvent disparaître complètement de la zone”

John Hargrove, SACEMA, Afrique du Sud

Pour plus de précision, SciDev.Net a interrogé John Hargrove qui s’est voulu un peu plus concret. « Lorsque les températures maximales moyennes dépassent 37,5 °C pendant deux mois consécutifs, dit-il, nous pouvons nous attendre à un déclin sérieux des populations de glossines. »
 
« Et si de telles températures de saison chaude se répètent pendant plusieurs années consécutives, les populations peuvent disparaître complètement de la zone », poursuit-il. Néanmoins, explique le chercheur, la probabilité d’une extinction complète des mouches tsé-tsé est « faible ».
 
D’une part, parce que les zones d'où les mouches ont disparu pourraient encore être repeuplées à partir de zones voisines plus fraîches si les populations de glossines y ont survécu et à condition que la végétation et la nourriture soient disponibles.
 
D’autre part parce qu’avec le changement climatique, les zones qui étaient auparavant trop fraîches pour les glossines deviendront naturellement plus convenables.
 
Sauf que, constate John Hargrove, « contrairement aux insectes comme les criquets par exemple, les glossines ont des pouvoirs de dispersion limités et semblent se disperser en grande partie au hasard ».
 
« En conséquence, ils peuvent prendre un mois pour parcourir 5 km. Nous ne nous attendons donc pas à voir des mouvements massifs «à dessein» des populations de glossines des régions chaudes vers les régions plus froides », conclut le chercheur.
 

Améliorer le modèle

A l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les résultats de cette étude ne constituent pas une surprise. Cependant, Jose Ramon Franco Minguell, directeur médical au département du contrôle des maladies tropicales négligées, attire l’attention sur deux faits.
 
D’un côté, dit-il, « il s'agit d'un modèle mathématique avec des limites. Sa validité devrait être discutée avec les entomologistes et les modélisateurs. D’autre part, il convient de noter que ce modèle est adapté uniquement à la vallée du fleuve Zambèze au Zimbabwe et ne peut pas forcément être extrapolé à d'autres contextes ».
 
A ce propos, les auteurs de ces travaux annoncent qu’ils travaillent actuellement à l’amélioration de leur modèle afin de prédire quelles régions de l'Afrique sont susceptibles d'être suffisamment chaudes pour que les mouches survivent et propagent la maladie.
 
Pour sa part, Ayola Akim Adegnika, chercheur et directeur au Centre de recherches médicales de Lambaréné (Cermel) au Gabon, pousse l’analyse un peu plus loin.
 
« Les glossines peuvent déjà commencer à s’adapter au changement climatique. Bien sûr, cela peut ne pas durer et elles peuvent disparaître ou même survivre pour un autre rôle. Le modèle doit tenir compte de toutes ces éventualités », suggère-t-il.
 

Elimination de la maladie

La maladie du sommeil ou trypanosomiase étant endémique dans 36 pays d’Afrique subsaharienne, l’objectif fixé par l’OMS pour 2020 est son élimination en tant que « problème de santé publique ».
 
« Cet objectif est à portée de main, bien qu'une évaluation des données 2020 ne puisse être effectuée qu'en 2021 lorsque ces données seront disponibles », explique Jose Ramon Franco Minguell.
 
Ce dernier ajoute que l'objectif d'élimination de la forme gambienne de la maladie, notamment l’interruption de la transmission, est fixé pour 2030. Bien que cet objectif soit considéré comme réalisable, dit-il, des défis importants existent.
 
Ils comprennent entre autres le dépistage actif et passif des populations, la gestion des cas détectés et la lutte antivectorielle, sans oublier l'intégration progressive des activités de contrôle et de surveillance dans le système de santé national.
 
Ayola Akim Adegnika constate que jusqu'à présent, peu ou aucun objectif d’élimination de maladie n'a été atteint, parce que tous sont basés sur des discours ou des intentions. «  Des actions plus concrètes sont nécessaires, et cela devrait impliquer la population souffrant de ces maladies », dit-il.
 
Le chercheur pense que « nous devons mener une bonne étude de conception dans des zones bien définies et la leçon tirée de cette étude doit être utilisée pour formuler une décision concernant les stratégies d'élimination ».
 

Références

[1]South African Centre for Epidemiological Modelling & Analysis

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