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« Il est extrêmement important que les travailleurs de la santé ne soient pas stigmatisés par l'infection à l'hépatite B ! » Ce message qui invite les autorités camerounaises à agir est un appel de Marc Bulterys, le chef du programme hépatite à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
 
Interrogé par SciDev.Net, ce dernier réagissait à une étude publiée récemment par le National center for biotechnology information (NCBI) des Etats-Unis et faisant état d’un taux de prévalence de l’hépatite B de l’ordre de 8,7% parmi les travailleurs de la santé au Cameroun.
 
Marc Bulterys pense par exemple qu’il va falloir prendre des dispositions et redoubler d’attention pour « assurer la prévention de la transmission par les agents de santé ». 

“Cette étude révèle l’urgence d’interroger les mesures de protection du personnel de santé ainsi que la nécessité pour ce dernier de se protéger des maladies infectieuses qu’il doit traiter au quotidien”

Fogue Foguito, directeur exécutif de Positive Generation

« Les travailleurs de la santé et tous les nouveaux étudiants en santé doivent également faire l’objet d’un dépistage afin de pouvoir évaluer leur traitement », ajoute l’intéressé.
 
Pour sa part, Yap Boum, l’auteur principal de l’étude, renchérit en disant que « la vaccination avec au minimum 3 doses du vaccin contre l’hépatite B devrait être un prérequis pour l’intégration des travailleurs de santé et des étudiants dans les domaines médicaux et paramédicaux »
 
L’étude en question a été menée pour la première fois à l’échelle nationale par Médecins Sans Frontières (MSF) et Epicentre, une association créée en 1986 pour conduire des projets de recherche et dispenser des formations en appui au travail de MSF.
 
Les explications de Yap Boum permettent de mieux comprendre l’appel de Marc Bulterys. « Ce taux de prévalence, dit-il, est très élevé surtout pour une population qui devrait être davantage protégée que la population générale ».
 
« En effet l’hépatite B est considérée "hyperendémique" à un taux de 8%. Nos résultats de 8,7% dépassent ce seuil ; ce qui démontre l’urgence de la situation », poursuit le chercheur qui est aussi enseignant à la faculté de médecine de l’université de Yaoundé I.
 
Dans le détail, l’étude révèle que les travailleurs de santé de la province de l’Extrême-Nord sont plus infectés (un travailleur sur quatre) que leurs collègues d’ailleurs et que la prévalence est aussi variable parmi les travailleurs de la santé ; tout comme l’on apprend que les hommes sont plus infectés que les femmes.
  
 
« L’illettrisme et les pratiques comme la scarification, plus fréquents dans cette région peuvent influencer la prévalence ; car les travailleurs avec un faible niveau d’études sont moins sensibilisés sur les mesures de protection et donc plus exposés », explique Yap Boum.
 
A ces facteurs, le chercheur ajoute le fait que cette région est en conflit avec les agressions de Boko Haram, ce qui limite la couverture vaccinale, ainsi que l’accès aux services de santé et aux traitements.
 
Quant à l’hétérogénéité de la prévalence parmi la population cible de l’étude, elle est fonction du degré de proximité des travailleurs avec les patients. « Par exemple les brancardiers et les agents d’entretien qui manipulent le matériel des patients ont une prévalence plus élevée que les médecins qui ont moins de proximité avec les objets souillés des patients », illustre le chercheur.
 
A l’OMS, on dit ne pas être surpris par les résultats de ce taux de prévalence « extrêmement alarmant », pour la simple raison qu’il n’est pas loin du taux de 9,2% qui prévaut au sein de la population générale, tel que révélé par l’étude Camphia (Cameroon population-based HIV impact assessment)[1] de juillet 2018.
 
« La prévalence élevée dans le pays est alimentée par la transmission périnatale et infantile. De plus, le rôle important des injections dangereuses en dehors des établissements de soins de santé est une autre voie de transmission importante », croit savoir Marc Bulterys.
 
De son côté, Fogue Foguito, chercheur et directeur exécutif de l’ONG Positive Generation qui milite pour l’accès aux soins de santé, estime que « les résultats de cette étude révèlent l’urgence d’interroger les mesures de protection du personnel de santé ainsi que la nécessité pour ce dernier de se protéger des maladies infectieuses qu’il doit traiter au quotidien ». 
 
« Dans les rapports de notre observatoire (Treatment Access Watch/TAW), nous avons mis en exergue le fait que le manque de médicaments pour le personnel soignant qui est dans un environnement à risque du fait de son travail est une situation inadmissible », poursuit cette même source.
 
« L'étude montre que c'est le cas pour le virus de l’hépatite B, nous avons montré que c'était aussi le cas pour la tuberculose en ce qui concerne les traitements préventifs », ajoute Fogue Foguito avant de déduire que cette situation traduit l’absence de mesures de prévention pour le personnel qui est, par conséquent, très exposé.
 
En effet, l’étude de MSF et Epicentre montre que seulement 23% des travailleurs de santé interrogés avaient reçu au moins une dose du vaccin contre l’hépatite B.
 
Outre l’organisation de campagnes de vaccination et de dépistage, les auteurs de l’étude préconisent l’éducation du personnel de santé sur les méthodes de prévention et de protection, ainsi qu’une prise en charge, ne serait-ce que partielle par le ministère de la Santé du traitement du personnel infecté.
 
« Les autorités ont facilité l’accès aux traitements en réduisant les coûts. Cependant, de nombreuses difficultés persistent quant à l’accès à ce traitement, vu que les coûts des examens restent encore très élevés par rapport au niveau de vie du citoyen moyen », constate Fogue Foguito.
 
Jugeant la situation de l’hépatite B « préoccupante » Positive Generation appelle à « la mise en place, sans délais, d'un véritable programme avec un plan stratégique et des moyens conséquents, sinon nous risquons de subir la même chose qu'avec le VIH/sida ».

Références

[1] Évaluation de l’impact du VIH sur la population au Cameroun

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