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Selon Inga Vesper, les scientifiques du monde entier cherchent toujours des solutions innovantes, alors que 700 millions de personnes n'ont toujours pas accès à des systèmes d’assainissement, même les plus élémentaires.


Tout d'abord, quelques bonnes nouvelles. Depuis l'an 2000, le nombre de personnes obligées de déféquer à l'air libre a plus que diminué de moitié.
 
Cependant, près de 700 millions de personnes dans le monde n'ont toujours pas accès aux installations sanitaires les plus élémentaires, selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le mois dernier.
 
Le problème concerne principalement une soixantaine de pays lourdement touchés, principalement en Afrique et en Asie, où l’eau est rare et où l’entretien des infrastructures, telles que les réseaux d’égouts et les stations d’épuration, peut être difficile.
 
La défécation à l'air libre est largement pratiquée dans certains pays, mais ce n'est pas une alternative appropriée.
 
Elle aboutit à contaminer la nourriture et l’eau par les mouches et peut être dangereuse pour les filles et les femmes, car elle les oblige à chercher des endroits isolés loin de chez elles.

“Les gens ne veulent pas que les gouvernements ou les agences imposent le genre de toilettes qu’ils doivent utiliser chez eux. Ce qu'ils veulent, c'est que quelqu'un s'occupe des conséquences”

Rémi Kaupp, ingénieur en assainissement, WaterAid

Mais changer les toilettes est étonnamment difficile. « C’est quelque chose de très intime », déclare Rémi Kaupp, ingénieur en assainissement à WaterAid, une organisation caritative britannique.
 
« Les gens ne veulent pas que les gouvernements ou les agences imposent le genre de toilettes qu’ils doivent utiliser chez eux. Ce qu'ils veulent, c'est que quelqu'un s'occupe des conséquences. »
 
La solution pour Rémi Kaupp est l’assainissement sur site. La latrine à fosse traditionnelle, où les déchets sont collectés dans une fosse sous un siège, serait la solution idéale pour la plupart des ménages sans accès à un système d'égouts.
 
Mais les latrines ont leurs propres problèmes. Les fosses doivent être vidées, un travail dangereux, en l’absence d'équipements appropriés.
 
Les déchets puent. Si les latrines sont partagées, elles peuvent devenir si sales que les gens recourent à la défécation à l'air libre.
 
En Tanzanie, un projet dirigé par WaterAid a mis en place un service de vidange de fosses professionnel et sûr pour les habitants de la région de Kibondemaji, à Dar-es-Salam.
 
Le service traite les boues de vidange pour produire du gaz de cuisine, les engrais à base de fumier et l'eau adaptée au jardinage.
 
Le service est payant, mais les études de marché dans la communauté ont permis à l’équipe de fixer un prix abordable, explique Abel Dugage, directeur des services techniques de WaterAid en Tanzanie.
 
Abel Dugage décrit comment son équipe avait dû configurer l'infrastructure à partir de rien.
 
« Pour disposer d’une chaîne d’assainissement complète, nous avions besoin, par exemple, de stations de transfert pour la collecte des déchets solides, avant leur acheminement vers des sites de décharge importants ».
 
« Les entreprises d'assainissement ne semblaient pas bien connues, il a donc fallu du temps pour les éduquer. »
 
L’équipe de Dugage devait également fournir aux travailleurs des outils de sécurité, tels que des bottes, des masques et des gants appropriés.
 
Le traitement des boues de vidange constitue un risque pour la santé, ce qui rend difficile la collecte et le stockage dans les milieux à faibles revenus et ressources.
 
En raison de la nécessité de creuser de nouvelles fosses, de nombreuses communautés partagent des latrines, ce qui réduit la charge de travail des personnes, mais peut aussi rendre les latrines moins sûres et moins privées.
 

Une entreprise « malodorante »

 
La réponse pourrait être une collecte de matières fécales à domicile.
 
Une équipe de l’université du Delaware, aux États-Unis, travaille actuellement à la mise au point d’une membrane d’alimentation avec des trous de ventilation pouvant être insérés dans des fûts standard de 40 litres.
 
La doublure stratifiée permet à l'eau de s'évaporer des matières fécales tout en retenant les agents pathogènes.
 
En conséquence, le contenu se dessèche et est plus sûr à enlever et à manipuler.
 
La technologie a été testée sur le terrain à Kanpur, en Inde, mais des problèmes persistent en ce qui concerne le temps nécessaire au séchage des boues et les odeurs.
 
« Le stratifié fonctionne mieux dans les climats chauds et secs, car ces conditions améliorent le séchage par évaporation », explique Paul Imhoff, ingénieur en environnement de l'Université du Delaware, qui a participé à l'étude.
 
Il a ajouté que les coûts étaient trop élevés mais reste convaincu que la technologie est prometteuse.
 
« Des membranes stratifiées moins chères et une meilleure conception sont nécessaires pour permettre un flux d’air et un séchage plus efficaces », dit-il.
 
D'autres innovations couvrent les environnements où des systèmes d'égouts sont disponibles, mais où l'eau est rare. Une toilette à eau consomme environ 14 litres d'eau par chasse, ce qui, pour une famille de deux enfants, représente environ 250 litres d'eau par jour.
 
À l’Université de Cranfield, au Royaume-Uni, une équipe a mis au point une chasse « sans eau », dans laquelle les matières fécales sont déposées dans un bol rotatif, qui est ensuite gratté à l’aide d’un balayage activé par une poignée.

Le système ne nécessite ni eau, ni électricité et peut être installé dans une toilette en céramique blanche traditionnelle, ce qui le rend attrayant pour les ménages individuels.
 
Un essai sur le terrain effectué à eThekwini, en Afrique du Sud, a montré que la raclette de nettoyage fonctionnait assez bien, mais comme aucune eau ne coulait sur les parois du bol, l’encrassement de la porcelaine demeurait un problème.
 
Le système a également eu du mal à gérer les menstrues.
 
« La conception et la couleur blanche du piédestal ont été louées, mais il a été noté que la fonctionnalité de la couleur devait être encore améliorée », déclare Jan Hennings, un étudiant en doctorat de Cranfield, qui a participé à l'essai.
 
"En fin de compte, nous pensons que la chasse d'eau pourrait fonctionner suffisamment bien pour pouvoir être mise en œuvre avec d'autres technologies d'assainissement sans eau."
 

Des matières fécales aux engrais

 
Si les boues de vidange sont collectées en toute sécurité, elles peuvent devenir une ressource importante.
 
Les matières fécales humaines contiennent des biomatériaux bénéfiques et, grâce au compostage, constituent d'excellents amendements du sol.
 
Cependant, même en présence de systèmes d'assainissement, de nombreuses villes plus pauvres ne parviennent pas à se débarrasser correctement des matières fécales.
 
À Maputo, au Mozambique, par exemple, près de 90% des matières fécales sont collectées dans des latrines, mais plus de la moitié ne sont pas traitées, en raison d'une élimination peu sûre, de fuites et du manque d'installations de traitement appropriées.

 
Un projet de la municipalité bangladaise de Sakhipur co-composte des matières fécales humaines et d’autres biodéchets solides avant de les vendre aux agriculteurs en tant qu’engrais.
 
Abdullah Al-Muyeed, responsable des politiques et du plaidoyer à WaterAid, au Bangladesh, a déclaré que près de la moitié des matières fécales créées dans la région sont maintenant transformées en compost dans une usine spéciale.
 
« Le premier obstacle a été l'implication de la population et de la municipalité dans la prise de décision pour traiter à la fois les boues de vidange et les déchets solides », a-t-il déclaré.
 
Al-Muyeed et son équipe ont travaillé pendant plusieurs années avec les dirigeants locaux et l’école d’agriculteurs pour provoquer un changement d'état d’esprit.
 
Un autre obstacle était le prix du compost résultant, qui, même maintenant, est subventionné par le gouvernement pour le rendre abordable.
 
Cependant, le système apporte maintenant des revenus indispensables à la région et a sensibilisé l'opinion sur les matières fécales en tant que ressource.
 
« La technologie est également très applicable dans d’autres pays », déclare Al-Muyeed.
 
Dans de nombreux pays, les toilettes sont toujours une question d'argent.
 
Selon le rapport de l’OMS, en Namibie, seuls 4% des plus pauvres du pays ont accès à des toilettes, contre près de 90% des plus riches.
 
L'innovation dans les toilettes doit donc non seulement relever les défis techniques liés à la fourniture d'un assainissement sûr, mais aussi tenir compte des préférences, des finances et des coutumes locales.
 
Rémi Kaupp estime que les meilleures toilettes sont toujours celles qui fonctionnent pour l'utilisateur.
 
Ce doit être un espace privé et agréable, où les matières fécales sont rapidement retirées et traitées en toute sécurité.
 
« C’est ce que nous voulons, dit-il, que les gens ne s’inquiètent pas pour ça. »
 

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