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Frappés de plein fouet par l’épidémie de COVID-19 depuis le mois de mars 2020, les pays d’Afrique subsaharienne n’ont généralement pas pu appliquer le confinement au sein de leurs populations pour stopper la propagation de la maladie.
 
En dehors des heures de couvre-feu imposées le soir dans quelques pays, un grand nombre de gens continue un peu partout à vaquer à leurs occupations et les rues sont toujours aussi fréquentées.
 
Pour Bernard Taverne, anthropologue et médecin à l’hôpital de Fann à Dakar au Sénégal, cela s’explique simplement par le fait que « l’Afrique n’est pas l’occident ».
 
« Le confinement à la chinoise ou à l'occidentale n’est sûrement pas applicable en Afrique de manière identique du fait des conditions sociales, politiques, économiques, de l'état des infrastructures collectives », précise l’intéressé qui est aussi chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). 

“En toute logique, si le confinement était la solution, son échec en Afrique subsaharienne aurait donné lieu à un désastre”

Léopold Gustave Lehman, université de Douala

Parlant des conditions économiques justement, le sociolinguiste Firmin Moussounda Ibouanga de l’université Omar Bongo de Libreville au Gabon souligne que les ménages d’Afrique subsaharienne n’ont généralement pas les moyens pour vivre confinés.
 
« Il faut tout simplement noter que les Africains vivent en général au jour le jour. Peu d'entre eux ont un compte bancaire ; car, les activités qu’ils mènent pour la plupart relèvent de l'informel », explique-t-il.
 
Face à cela, certains Etats ont pris des dispositions pour distribuer des denrées alimentaires aux familles démunies afin de les aider à rester à la maison ou, du moins, à limiter leurs mouvements pendant cette période de crise sanitaire. Mais, l’opération s’est vite retrouvée confrontée à certaines réalités.
 
Au Gabon par exemple, « 100 bons alimentaires uniquement ont été prévus pour certains quartiers populaires de Libreville. Vous voyez bien que ces mesures d'accompagnement ne pouvaient pas suffire », témoigne Firmin Moussounda Ibouanga. Pire encore, une partie de l’aide promise par le président Ali Bongo aurait pris une autre destination…
 
Mais, même s’il n’y avait pas eu ces dérives et insuffisances, Léopold Gustave Lehman, immuno-parasitologue à la faculté de sciences de l’université de Douala au Cameroun, estime que le confinement total aurait été inopérant en Afrique subsaharienne.
 
« De toutes les façons, le soutien de l’Etat ne peut être que très limité. Imaginez que du jour au lendemain, des millions de personnes se mettent à dépendre de l’aide de l’Etat pour vivre au quotidien. Je doute qu’un Etat puisse supporter une telle charge », dit-il.
 

Absence d’eau courante

Dans une interview accordée à SciDev.Net en mars 2020, Francine Ntoumi, la présidente de la Fondation congolaise pour la recherche médicale (FCRM), relevait déjà que l’absence d’eau courante dans la plupart des ménages en Afrique subsaharienne rendrait difficile l’application de certaines mesures édictées pour lutter contre la COVID-19.
 
De nombreuses personnes étant alors obligées de se déplacer vers des cours d’eau, des puits communautaires ou des bornes fontaines publiques pour se ravitailler en eau.
 
Ce problème d’infrastructure concerne aussi la fourniture de l’électricité et se manifeste également dans les ménages. Car, il faut pouvoir stocker le volume d’aliments qu’on va consommer pendant ce temps.
 
« Cela est tributaire de l’énergie électrique dont la disponibilité n’est pas toujours garantie et des équipements comme des congélateurs qui ne sont pas à la portée de tout le monde », analyse Léopold Gustave Lehman.

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Comme ici à Douala ce 29 avril, la plupart des Africains gagnent leur vie au jour le jour.
Crédit : SDN/JC

Mais pour ce dernier, c’est sur le plan social et culturel que réside la principale raison du difficile confinement des populations africaines.
 
« En Europe, l’opération a été bien plus facile parce que les gens y sont déjà un peu confinés. En Allemagne par exemple, les voisins vivent chacun chez soi, sans même se connaître, tandis que les personnes âgées sont confinées dans les maisons de retraite. Ce qui est tout le contraire en Afrique. »
 
Cependant, Bernard Taverne relativise un tout petit peu lorsqu’il observe que des formes de confinement ont été possibles sur le continent.
 
Il a en effet fait une remarque au Sénégal, dans les espaces urbains, au sein de familles qui sont inquiètes de la propagation de l'épidémie,  dans lesquelles vivent des personnes âgées ou qui se perçoivent à risque du fait de leur co-morbidité[1].
 
« Les chefs de famille qui ont des ressources financières suffisantes pour supporter une réduction transitoire de leur revenu ont imposé des pratiques d'auto-confinement depuis la mise en place de l'état d'urgence sanitaire le 23 mars », dit le chercheur.
 
Par ailleurs, observe-t-il « même le couvre-feu qui va de 20h à 6h qui est une forme de confinement est globalement bien respecté ».

Eviter le copier-coller
 
En définitive, déduit Leopold Gustave Lehman, « en toute logique, si le confinement était la solution, son échec en Afrique subsaharienne aurait donné lieu à un désastre, étant donné que l’idée était d’empêcher la transmission du virus ».
 
Et Firmin Moussounda Ibouanga d’affirmer que « les dirigeants africains doivent éviter de faire du copier-coller et imaginer un autre modus operandi pour lutter contre la COVID-19 au regard des réalités de chaque pays ».
 
Pendant ce temps, les gestes-barrières (lavage des mains, port du masque, distanciation sociale, etc.) qui sont les autres dispositifs de lutte contre la COVID-19 connaissent un niveau d’application variable en fonction des pays et selon qu’on est en zone rurale ou en milieu urbain.

Références

[1] Présence d’hypertension artérielle, de diabète, etc.
 

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