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[ANTANANARIVO] Considérée comme une importante banque génétique naturelle, la forêt primaire de Vohibola, sur le littoral est de Madagascar, risque de disparaître sous peu, à cause d’une forte pression anthropique.

Elle présente un intérêt écologique majeur, non seulement pour les communautés villageoises, mais aussi pour le pays.

« Je ne suis jamais passé dans cette forêt. Mais on sait que ce bloc forestier, comme tous les autres restants sur ce littoral, abrite des espèces jamais découvertes nulle part ailleurs, dont notamment le Calumna vohibolensis, connu depuis longtemps, et aussi le Brookesia minima vohibolensis, plus petit caméléon du monde, découvert très récemment et dont on ne sait à peu près rien », affirme Achille Raselimanana de l’association Vahatra.

“Les forêts comme Vohibola sont un véritable laboratoire vivant où sont conservés des gènes menacés de disparition. Elles sont comme des banques où sont sécurisées les richesses pour les générations futures.”

Jonah Ratsimbazafy - président du Groupe d’étude et de recherche sur les primates de Madagascar (GERP)

Biologiste de renom et enseignant-chercheur à l’université d’Antananarivo, il est co-auteur des trois tomes d’un ouvrage scientifique de référence consacré aux 98 aires protégées terrestres légales de Madagascar.

Mada Box 2

Officiellement présentée le 1er mars, l’œuvre représente la toute première encyclopédie en la matière à Madagascar.

Riche de ses nombreuses années de contact régulier avec des chercheurs venus à Vohibola depuis la fin des années 90, Cyrille Nabé, patrouilleur forestier et chef traditionnel écouté à Andranokoditra, un village de pêcheurs traditionnels sur le rivage de l’océan Indien, énumère sans difficulté les noms scientifiques des espèces d’animaux et de plantes vivant dans cette forêt humide.

Elle abrite, entre autres, sept espèces de lémuriens, une trentaine d’espèces de grenouilles dont la plus petite au monde, appelée Stumpffia vohibolensis – découverte en 2012 avec le Calumna vohibola par une équipe du Missouri Botanical Garden – et treize espèces de caméléons.

Les lémuriens vivant dans la forêt de Vohibola sont en danger, perturbés aussi bien par les activités de braconnage que par les changements imposés à leur habitat naturel. - Crédit Photo : SDN/Rivonala Razafison.

Au plan botanique, plus de 150 différents noms sortent du lot, rien que pour les arbres, dont sept constituent des espèces endémiques locales. Mais le site n’a jamais fait l’objet d’un inventaire biologique complet, selon l’informateur.

Insistant sur le caractère sacré de la forêt de Vohibola pour la population locale, il met un accent particulier sur la présence d’un type d’arbre à fleurs, jamais rencontré ailleurs, baptisé Humbertiodrendron.

En Images : La forêt de Vohibola se meurt...




« Seuls quatre spécimens poussent dans notre forêt. Comme ils sont de rare occurrence, ils sont en sécurité pour le moment. Mais pas pour longtemps, à mon avis », regrette le guide. Les endroits où poussent ces spécimens sont gardés secrets.

Pour Achille Raselimanana, le fait que de telles espèces se trouvent uniquement à Vohibola ait une haute signification scientifique. « Leur présence sur ce site lui attribue une valeur particulière côté conservation de la biodiversité », indique-t-il.

Selon lui, la valorisation socioéconomique de ces ressources naturelles, outre leurs services écologiques et le développement probable des activités écotouristiques, serait rentable si le commerce international d’animaux et de plantes sauvages était conforme aux réglementations de l’organe de gestion de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

Primatologue de renom et président du Groupe d’étude et de recherche sur les primates de Madagascar (GERP), Jonah Ratsimbazafy est du même, à une nuance près.

« Outre leurs nombreuses fonctions écologiques, les forêts comme Vohibola sont un véritable laboratoire vivant où sont conservés des gènes menacés de disparition. Elles sont comme des banques où sont sécurisées les richesses pour les générations futures », souligne-t-il.

Âgé de 31 ans, Rakoto, un pêcheur traditionnel se joignant au groupe de patrouilleurs volontaires commandés par Cyrille Nabé, compte pouvoir tirer profit de la durabilité de la forêt pour l’avenir à la suite du déclin avéré des activités de pêche.

« La prise quotidienne était de 60 à 80 kg auparavant. Il nous suffisait de deux heures en mer pour avoir ces quantités. Ce n’est plus le cas maintenant. Même le plus habile des pêcheurs peine à ramener cher lui deux kilos de poissons après plus de quatre heures d’aventure en mer. D’autres retournent chez eux les nasses vides », confie-t-il à SciDev.Net.

A l’instar d’Issoufa, un autre patrouilleur résidant dans un autre village de pêcheurs voisin appelé Tampina, il commence à prendre conscience du changement de l’écosystème marin, en lien avec le réchauffement planétaire et du rôle capital joué par la forêt pour y faire face.

Mais les jours de la forêt primaire de Vohibola sont désormais comptés. Les plus optimistes lui donnent cinq ans pour survivre, tandis que d’aucuns s’attendent à une disparition imminente du couvert forestier, en raison du rythme accéléré de sa destruction.

L’octogénaire Justin, le plus âgé des habitants d’Andranokoditra et Issoufa suspectent que la disparition du couvert forestier pourrait intervenir dès cette année même, si rien de vraiment concret n’est fait à temps pour stopper l’hémorragie.

Au cours d’une descente sur le terrain, du 23 au 25 mars, SciDev.Net a été témoin direct des ravages causés par les humains sur le lieu et dont les traces sont encore visibles.

D’une superficie originelle estimée à 2 300 ha dans les années 80, le domaine ne serait plus aujourd’hui que d’environ 1000 ha.

Le peu qui reste est à la merci de trafiquants locaux de bois, protégés voire complices avec certaines autorités de la zone, selon des sources variées.

Il y a donc urgence.

En effet, près d’un millier de bûcherons et de charbonniers illégaux supplémentaires ont cette année envahi les fragments de forêt de Vohibola, jadis intacts, aux abords de l’historique et touristique canal des Pangalanes (485 km), parallèle à l’océan Indien et plus long que le canal du Suez ou celui de Panama.

Selon des informations recueillies sur le vif, la plupart des contrebandiers, tous des sans-emplois, viennent de Toamasina, la capitale économique, à 60 km au nord du site affecté.

Dans cette première ville portuaire de la Grande île, la demande en produits forestiers est toujours en hausse.
Sanctuaire de faune et de flore endémiques, Vohibola s’avère être la zone boisée la plus prometteuse à proximité pour satisfaire les besoins locaux.

Opérant nuit et jour, les braconniers venus dans la forêt terrorisent les communautés riveraines et mettent en danger la survie de la riche biodiversité des localités adjacentes, a priori accessibles par voie fluviale.

Un campement clandestin de braconniers découvert dans la forêt, lors d'une descente - Crédit Photo : SDN/Rivonala Razafison.



En vue d’enrayer cette catastrophe écologique, des réunions en haut lieu se tiennent régulièrement depuis le 26 mars, où Valéry Ramonjavelo, secrétaire général de la présidence de la République de Madagascar, a enjoint au ministère de l’Environnement et du Développement durable l’ouverture d’une enquête.

Le nom de Vohibola, qui n’est pas une aire protégée reconnue comme telle après l’échec du processus engagé depuis 1998 à cette fin, n’est pas cité dans l’ouvrage scientifique de référence évoqué plus haut.

Son sort dépendra des mesures que feront éventuellement appliquer les autorités.